

Journal
Entre Nous, Novembre - Décembre 2002
Vaincre la solitude
Nous sommes tous seuls à des degrés différents.
Cette solitude sera associée au plaisir ou à la
souffrance selon le sens qu'on lui donne, selon nos
attentes ainsi que selon la richesse des liens que nous
établissons avec les gens. Notre capacité de nous
relier à l'autre n'est pas une question de distance
physique ou de sexe. Il s'agit de notre capacité de
comprendre et de toucher le coeur et l'esprit de l'autre
et de nous laisser toucher par lui.
1 - Intéressez-vous à vous-même.
C'est en améliorant la relation que vous avez avec
vous-même que vous commencerez ce cheminement.
2 - Identifiez vos émotions, vos points forts et vos
points vulnérables.
Il y a bien des avantages à se connaître. Cela vous
permettra de mieux vous comprendre, de vous améliorer et
de développer votre propre identité.
3 - Reconnaissez l'existence de la solitude et
profitez de ses plaisirs.
Profitez de l'instant présent.
4 - Prenez le temps de vous informer.
Développez une perception juste et nuancée des
événements et des personnes. Donnez-vous le temps de
réfléchir, et de faire le ménage dans vos préjugés.
Identifiez les stratégies inefficaces et les attitudes
mentales nuisibles. Renoncez aux solutions inefficaces.
Faites des choix plus sains.
5- Faites le point quant aux personnes de votre
histoire.
Remettez en question vos habitudes et vos croyances.
Démasquez la nature de certains de vos rêves. Renoncez
à l'impossible pour mieux vivre. Identifiez ce qui est
vraiment essentiel et mettez de côté ce qui est
secondaire.
6 - Reconnaissez votre part de responsabilité.
Attribuez-vous une responsabilité partielle. Prenez
le temps de faire le point et de vous réorienter.
Respectez votre rythme.
7 - Faites de votre mieux pour vous rapprocher de vos
buts.
Fixez-vous des objectifs réalisables. Cherchez la
suite de votre vie. Recherchez la satisfaction de vos
besoins. Trouver votre propre voie.
8 - Profitez de ce que la société nous offre comme
occasion de contacts.
Affrontez progressivement vos peurs. Choisissez des
relations saines. Prenez soin de vous-même. Assurez-vous
d'être disponible.
9 - Motivez-vous en imaginant ce que vous souhaitez
obtenir, ainsi que ce que vous souhaitez éviter.
Utilisez les images, les paroles, et les sensations
associées à votre passé, à votre présent et à votre
avenir. Comparez-vous avec vous-même, et prenez
conscience du chemin parcouru. Reconnaissez ce qui vous
donne plus de plaisir ou vous procure moins de
souffrance.
10 - Vivez vos deuils.
Cherchez un sens à la perte. Cheminez par étapes
suite au choc, à la sensation d'abandon, aux
désillusions, à l'acceptation puis à la
réconciliation avec la vie. Acceptez les différences.
Laissez-vous vivre votre deuil à votre façon et à
votre rythme.
11 - Choisissez vos amis et vos groupes
d'appartenance.
Laissez évoluer vos relations. Soyez vous-même.
Respectez l'autre. Prenez votre temps. Soyez actif.
Explorez différents types d'activités. Respectez vos
valeurs et votre valeur. Présentez-vous à votre
meilleur. Laissez-vous connaître progressivement.
Demandez-vous: Est-ce que cette personne est capable
d'identifier et de partager ses sentiments? Est-elle
intéressée à développer ses capacités? Est-elle
honnête et digne de confiance? Est-elle autonome?
A-t-elle une attitude positive envers la vie?
Partage-t-elle mes valeurs? Est-elle disponible et prête
à s'engager?
Source :
Bruno Fortin, psychologue

Journal Entre Nous, Septembre-Octobre 2002
Surmonter l'anxiété
Jacques ne peut plus endurer ces étourdissements qui
s'accompagnent de battements cardiaques rapides, d'une
sensation d'étouffement et d'une crainte de perdre le
contrôle. Son médecin lui assure qu'il n'a aucun
problème physique. Il a tout de même peur de mourir.
Après tout, ce n'est pas normal d'avoir ces sensations
de faiblesse et d'engourdissement. Ses tremblements et
son malaise abdominal l'inquiètent. Et que dire de cette
transpiration abondante alors qu'il ne fait même pas
chaud!
Jacques souffre d'anxiété. Ce n'est pas une maladie
imaginaire. Sa souffrance est réelle. D'où provient
cette anxiété? Certaines personnes naissent avec une
plus grande sensibilité. Elles réagissent plus
fortement que la moyenne aux situations menaçantes.
Certains médicaments diminuent l'ampleur des symptômes
anxieux. Concentrons-nous pour l'instant sur l'aspect
psychologique de l'anxiété.
Certaines croyances nous rendent plus vulnérables aux
effets de l'anxiété. Jacques est plus vulnérable aux
symptômes de l'anxiété parce qu'il a un besoin
excessif d'approbation. Il a été bouleversé pendant
trois jours lorsque sa présentation au bureau a été
critiquée par un des employés présents, même si les
11 autres l'ont félicité pour son travail. Il a
également un besoin excessif de contrôle. Cela l'a
amené à reprendre le travail de ses subalternes plutôt
que de leur faire confiance. A la maison, cela l'amène
à faire des rénovations lui-même plutôt que de
tolérer que cela soit moins bien fait que ce qu'il
souhaite. Il a finalement un besoin excessif d'être le
meilleur, ce qui le met constamment en compétition avec
tous les spécialistes de domaines qu'il n'a jamais
étudiés.
L'anxiété est associée à un point de vue
particulier qui nous porte à surestimer le danger et à
sous-estimer nos capacités. Jacques s'imagine
quotidiennement sur le point d'être congédié. Les gens
anxieux brûlent ainsi beaucoup d'énergie à s'imaginer
toutes sortes de choses catastrophiques en réagissant
comme si elles étaient déjà en train de se produire.
Que faire? Vous pouvez combattre l'anxiété en
remettant en question le point de vue qui y est associé.
Voici quelques conseils.
- Observez vos pensées et vos images internes.
- Considérez vos pensées effrayantes comme de
simples hypothèses.
- Semez le doute dans vos inquiétudes en adoptant
un point de vue plus réaliste.
- Entrez en contact avec vos ressources internes et
externes.
- Faites des hypothèses réalistes et positives
comprenant la possibilité de réussite.
- Regardez avec vos yeux et écoutez avec vos
oreilles plutôt qu'avec vos souvenirs ou votre
imagination.
- Affrontez ce que vous craignez par petites
étapes.
- Concentrez-vous sur la tâche que vous êtes en
train d'exécuter. Évitez de vous demander
l'impossible.
Jacques a repris le contrôle sur ses symptômes
anxieux en constatant que ses malaises étaient
désagréables mais inoffensifs. Ils s'atténuent
lorsqu'il évite de leur accorder trop d'importance. Son
médecin lui a prescrit une médication qui a ramené son
anxiété à un niveau qu'il pouvait apprendre à
contrôler. La médication a été par la suite diminuée
progressivement. Il a eu recours à un intervenant en
santé mentale afin de remettre en question certaines de
ses exigences trop rigides. Il prend maintenant le temps
de pratiquer régulièrement une technique de relaxation.
Jacques ressort de son traitement plus solide. Bien qu'il
sache qu'il y aura toujours des événements
inquiétants, il peut maintenant mieux gérer son
anxiété.
Source :
Bruno Fortin, psychologue

Journal
Entre Nous, Juillet-Août 2002
Le bonheur : la quête de toute une vie
Le bonheur est le
degré selon lequel une personne évalue positivement la
qualité de sa vie dans son ensemble. Lazarus et Lazarus
(1994) suggèrent que nous cheminons vers le bonheur
lorsque nous croyons faire suffisamment de progrès vers
la réalisation de ce qui nous tient à cœur.
J’aime bien cette suggestion qui inclut une
évaluation subjective de ce qui peut être suffisant, la
notion de mouvement, et implicitement la constatation
qu’il nous faudra une direction, un but, un
engagement vers quelque chose qui nous permettra
d’évaluer la direction que prend notre vie. Les
mêmes auteurs suggèrent que nous ne puissions faire du
bonheur le but de notre vie: il est un effet secondaire
d'une bonne utilisation de nos capacités naturelles et
de tendre vers autre chose que notre simple bien-être.
Blondin (1983) cite un pharaon égyptien qui définit
le secret du bonheur sous forme d’une métaphore:
marcher dans la nature à la rencontre de nos tendresses.
Ici encore, cette notion de mouvement, dans un contexte
naturel, vers ce qui nous tient à cœur.
Les gens heureux se caractérisent par leur estime
d'eux-mêmes, leur croyance au contrôle sur leur vie,
leur optimisme, leur foi religieuse et leur engagement.
Les individus appartenant à des groupes désavantagés
maintiennent leur estime d'eux-mêmes en valorisant les
choses dans lesquelles ils excellent, en faisant des
comparaisons à l'intérieur de leur propre groupe et en
attribuant leurs problèmes à des causes externes ou aux
préjugés.
La richesse est comme la santé: son absence engendre
la misère; sa possession ne garantit pas le bonheur. Le
bonheur est subjectif. Les facteurs objectifs ou les
indices sociaux du bonheur, dont l'âge, le sexe,
l'ethnie, la religion, l'éducation, le revenu et
l'emploi n'expliquent que 3% à 5% de la variance des
mesures de bonheur. Cet énoncé est exact en ce qui a
trait au revenu pourvu qu'il permette de combler les
besoins de subsistance. En effet, point de bonheur
possible quand les besoins primaires de subsistance ne
sont pas comblés.
Même les gens heureux se plaignent. La moitié des
sujets qui disent qu'ils sont satisfaits de leur vie dans
son ensemble déclarent également des inquiétudes
variées. Bonheur et plaintes ne s'excluent pas
mutuellement. On peut être conscient de manques
sérieux. Les deux découlent d'une réflexion sur la
vie. C'est seulement à travers la prise de conscience
réaliste des douleurs et des dangers que l'on fait face
efficacement aux problèmes de la vie. Les personnes qui
souffrent de difficultés récurrentes ou chroniques ont
besoin qu'on les aide à composer avec ce qu'elles sont,
et à faire le deuil d'un certain type de bonheur et d'un
certain type de cheminement.
Nous nous inspirerons de Fordyce (1997) pour réviser
14 points importants à cultiver dans notre éducation
continue au bonheur. Rappelons-nous que nous sommes tous
des étudiants à l’école du bonheur.
1. Soyez plus actif et demeurez
occupé
Les activités les plus efficaces dans la quête du
bonheur sont celles qui permettent de s’y absorber,
qui sont agréables, significatives, sociales, variées
et/ou nouvelles et valorisantes. Cela vaut la peine
d’explorer plusieurs activités afin d’en avoir
un éventail à choisir une fois rendu à un âge
avancé.
2. Passez plus de temps à socialiser.
La télévision ne peut pas satisfaire notre besoin de
contacts avec un autre humain. Nous avons besoin de voir
un visage d’être humain qui nous regarde, nous
donne toute son attention et reconnaît notre présence.
Cela vaut la peine de se faire un réseau d’amis qui
seront encore là au moment où on en aura besoin.
3. Soyez productif dans une activité
significative.
Produire quelque chose de significatif ne signifie pas
nécessairement qu’il faille le faire dans le cadre
d’un travail. Pensons à toutes les formes de
bénévolat, de services que l’on rend aux gens
importants de son entourage. C’est là que prend
toute son importance, la qualité du lien avec les petits
enfants à qui on peut faire du bien.
4. Organisez-vous.
Que d’énergie de perdue dans le chaos ! Et il
faut mettre une quantité phénoménale d’énergie
pour s’y retrouver avant même de se mettre en
mouvement. En planifiant à l’avance, en conservant
un certain ordre dans notre vie, il est plus facile de
prioriser et de fragmenter.
5. Arrêtez de vous tracasser.
Facile à dire. On peut constater qu’il nous
arrive de perdre notre temps à nous torturer en
remâchant des événements du passé sur lesquels nous
n’avons aucun pouvoir ou à anticiper des
catastrophes qui ont peu de chances de se produire, même
si on se forçait à les vivre 50 fois en imagination.
Que d’énergie de perdue ! Lorsqu’on est jeune
et débordant d’énergie, c’est sans grande
importance. Lorsque l’énergie se fait plus rare, on
peut renoncer à se tracasser pour conserver notre
énergie pour ce qui est prioritaire et efficace.
6. Ajustez bien vos attentes et vos
préoccupations.
Je ne serai jamais danseur de ballet ou chanteur
d’opéra. Même si je le voulais beaucoup. Ce
n’est pas vrai que si on veut, on peut. Il faut donc
réviser ses attentes et cesser de se demander
l’impossible. Désirons l’accessible. Nous
serons plus efficaces et plus souvent satisfaits.
7. Développez une pensée positive et optimiste.
Cela ne veut pas dire excessivement optimiste. La
souffrance et l’injustice existent. Il s’agit
plutôt de se concentrer sur le mode de pensée qui a le
plus de chance d’être efficace. L’anticipation
du chemin qui peut nous amener vers notre but est plus
féconde que l’anticipation paralysante de toutes
les catastrophes qui peuvent se produire. Évitons
d’obséder sur le verre d’eau à moitié vide.
L’important, c’est qu’il y a de l’eau
et que j’ai soif. Je peux donc satisfaire mon besoin
sans perdre d’énergie à ruminer sur ce qui me
manque.
8. Soyez orienté vers le présent.
Une bonne façon de s’entraîner à sortir des
ruminations du passé ou de l’anticipation craintive
: se concentrer sur la satisfaction présente de nos
besoins. Le plaisir d’une chaise confortable. Le
bruit des oiseaux par la fenêtre. Les sensations de la
marche en plein air. Le vent sur la peau. Les sensations
de la nourriture que l’on aime. Le sourire de notre
voisin de chambre. La lumière dans l’œil de la
personne qui nous compte une histoire intéressante.
Soyez là. Habitez votre vie. Maintenant.
9. Développez une relation positive avec
vous-même.
Certaines personnes se traitent comme si elles
étaient leur pire ennemi. Elles se disent des
cochonneries. Traitez-vous comme un bon ami.
Intéressez-vous à vos goûts, à vos intérêts, à vos
besoins. Amenez-vous à des endroits agréables.
Dites-vous des choses encourageantes. Vous êtes la seule
personne avec qui vous êtes certain de passer le reste
de votre vie.
10.Développez une personnalité engageante.
La meilleure façon d’avoir des amis, c’est
d’en être un soi-même. Développez vos habiletés
amicales. Développez l’art de commencer et de
maintenir des conversations. Prenez des petits risques.
Saluez les gens. Regardez-les. Intéressez-vous aux
autres. Ils vous le rendront.
11. Soyez vous-même.
La séduction ne mène pas au bonheur. Présenter une
image fausse de vous-même parce que vous vous imaginez
que c’est ce que les autres désirent vous piège.
Vous serez obligé de fuir avant qu’ils découvrent
qui vous êtes vraiment. Il vaut mieux mettre en
évidence le meilleur de soi.
12. Allez chercher de l'aide au besoin.
Il faut parfois avoir l'humilité de consulter des
professionnels. Quand consulter? Votre processus de
changement personnel est inefficace. Vous êtes aux
prises avec un problème à long terme. Vous êtes aux
prises avec des problèmes qui reviennent sans cesse.
Vous avez fait de votre mieux pour changer. Vous avez
essayé d'apprendre de vos efforts. Vous considérez le
problème comme assez important pour rechercher de
l'aide. Vous utilisez des stratégies inefficaces, telles
que la pensée magique ou l'auto-accusation. Vous n'avez
pas dans votre entourage de relations aidantes.
La lecture de ce texte ne devrait-elle pas suffire à
régler tous vos problèmes? Instantanément? Pour
l'éternité? Eh non... Les lectures ne suffisent pas
parce que le lecteur ne réussit pas toujours à les
comprendre, à les appliquer ou à persévérer dans leur
application.
13. Développez vos relations intimes.
Les relations intimes
sont la première source de bonheur. Sur son lit de mort,
qui demande une dernière fois à voir son compte en
banque? La maladie et la mort nous confrontent aux
valeurs essentielles de la vie, qui sont souvent les
valeurs du cœur. Cultiver ses relations intimes nous
aide à mieux affronter les grands changements de la vie,
les pertes et les maladies. La plupart des gens
recherchent des interactions fréquentes et non
conflictuelles dans un contexte relationnel marqué par
l’échange et le support mutuel.
14. Valorisez le bonheur.
Vous n’aurez pas instantanément et sans effort
la satisfaction complète de tous vos besoins. Mais vous
pouvez, à chaque fois que l’occasion se présente,
choisir l’option qui a le plus de chance de vous
apporter une plus grande satisfaction dans la vie. Vous
le méritez ...
Source :
Bruno Fortin, psychologue

Journal
Entre Nous, Mai-Juin 2002
Vivre à plein malgré ses limites
Chacun de nous a des limites qui lui sont propres et
dont il doit tenir compte. Elles influencent notre vie et
méritent notre attention si l'on veut favoriser le plein
développement de notre potentiel. Chacun de nous est un
projet unique en voie de réalisation. Nous sommes tous
différents, et ces différences nous exposent aux
préjugés et à la marginalisation. Malgré ces
différences, nous sommes aussi tous semblables, dignes
d'aimer et d'être aimés, à la recherche du chemin qui
nous permettra de vivre pleinement.
Que signifie vivre à plein? Chaque personne a sa
définition, en fonction de son plan de vie et des
ressources à sa disposition. A plein ne signifie pas
sans limites et sans contrainte. Au contraire: il s'agit
de faire de notre mieux compte tenu des ressources
disponibles et du contexte de notre vie. Cette
définition évoluera au cours de notre vie, selon les
difficultés et les occasions qui se présentent à nous.
Il s'agit aussi d'éviter de rajouter inutilement des
limites à celles qui sont déjà dans notre vie.
En effet, certains pièges risquent de vous
désavantager et de vous amener vers un état de
détresse psychologique.
Quels sont ces pièges?
1) Cesser ses efforts de façon prématurée;
2) Se croire impuissant devant une situation sans
que cela soit le cas;
3) Exiger que tout se déroule constamment selon
ses désirs;
4) Choisir la solitude d'une façon absolue;
5) Renoncer pour toujours à tous ses intérêts
et à tous ses espoirs.
Heureusement, il y a aussi des attitudes positives qui
vous seront utiles pour éviter ces pièges, diminuer
l'intensité de la détresse et améliorer la qualité de
votre vie.
Il s'agit globalement :
1) d'entretenir une relation amicale avec
soi-même;
2) de cultiver son jardin relationnel;
3) d'utiliser sa raison et de percevoir les
situations d'une façon nuancée.
Voyons d'abord comment avoir une relation
amicale avec soi-même. Nous pouvons trouver
notre façon de nous faire du bien, entre autres en nous
reposant lorsque nous en avons besoin. Cherchons
activement à satisfaire nos besoins et à atteindre nos
buts. Nous pouvons également accepter de partir d'où
nous sommes, sans nous résigner à y demeurer pour le
reste de notre vie. Cela nous demandera de faire le deuil
de ce qui est impossible ou de ce qui n'est plus là.
Nous pouvons nous faire notre propre idée de ce que nous
souhaitons vivre, et assumer nos choix. Soyons notre
propre avocat et notre propre juge. La vie peut être
difficile, mais elle contient aussi de bonnes choses.
Choisissons de croire et d'espérer.
Voyons maintenant comment cultiver notre jardin
relationnel. Il s'agit bien sûr de cultiver
toutes sortes d'amitiés. Donnons-nous l'occasion d'aimer
et d'être aimé et acceptons l'aide d'autrui. Permettons
aux gens qui nous entourent de réagir à ce qui nous
arrive. Entrons en contact avec des gens qui vivent les
mêmes désavantages que nous. Confions-nous à des gens
de confiance. Méfions-nous des personnes ou des
situations qui empoisonnent notre existence et
revendiquons notre place.
Voyons finalement comment utiliser sa raison et
percevoir les situations d'une façon nuancée.
Cherchons d'abord de l'information de qualité.
Recherchons les nuances et l'équilibre de la pensée.
Recherchons activement le chemin qui nous permettra de
continuer notre vie. Évitons de nous servir de nos
limites comme excuses. N'exagérons rien. Recherchons à
influencer positivement notre vie et notre entourage
plutôt que de vouloir tout contrôler. Mettons de côté
les questions inutiles ou sans réponse. Concentrons-nous
sur ce que l'on peut faire à partir de maintenant et
pour l'avenir. N'accordons notre attention qu'à ce qui
le mérite.
Certaines personnes de notre entourage tiendront des
propos désagréables. Avant de réagir à leurs propos,
nous pouvons nous éviter bien des frustrations en nous
posant les questions suivantes.
- Cette personne est-elle bien informée?
- Est-elle volontairement méchante?
- Occupe-t-elle une place importante dans
notre vie?
- Qu'est-ce que nous voulons?
- Avons-nous l'énergie nécessaire pour
influencer cette personne?
- Est-ce que nous pouvons déléguer une
partie du travail d'éducation?
Chaque fois que quelqu'un témoigne de sa
détermination à profiter de la vie, malgré les
difficultés et les limites, en utilisant pleinement ses
ressources et celles de son entourage, il éveille chez
les gens avec qui il entre en contact le goût
irrépressible de faire de même, de vivre à plein, dans
la direction qu'ils ont choisie pour eux-mêmes. Il
transforme alors le monde en un lieu un peu plus
agréable à vivre. C'est ce que nous pouvons tous faire
en commençant à vivre à plein.
Source :
Bruno Fortin, psychologue


Journal Entre Nous, Mars-Avril 2002
Les chemins du bonheur
Il était une fois un génie de la lampe peu commun.
On le sait tous, les génies offrent de réaliser trois
voeux à celui ou celle qui les libère de la lampe
d’où ils sont prisonniers.
Or, le génie de cette histoire est différent, il
n’exauce qu’un seul voeu et celui qui le
formule doit absolument contribuer à sa réalisation!
C’est ainsi qu’un jour, par le plus grand
des hasards, mais au moment où il en avait le plus
besoin, un génie apparut à un explorateur qui venait de
faire briller une vieille lampe qu’il avait acquise
lors d’une de ses expéditions. Le génie dit alors:
- Pour m’avoir libéré de la lampe, je
t’offre d’exaucer un voeu.
- Ne suis-je pas supposé avoir droit à trois?,
rétorqua l’explorateur un peu déçu.
- Tu as raison, normalement tu aurais droit à trois
souhaits, mais toi je t’aime bien alors tu
n’auras qu’un seul souhait.
Devant l’air perplexe de l’explorateur, le
génie ajouta:
- Vois-tu, j’ai constaté que les humains
réfléchissaient davantage et prenaient de meilleures
décisions lorsqu’ils n’avaient droit
qu’à un seul souhait et j’aimerais que tu
prennes le temps de savoir ce qu’il te faut vraiment
pour être heureux.
D’abord très déçu de n’avoir droit
qu’à un seul souhait, l’explorateur se mit à
réfléchir. Il réfléchit longuement à ce qui le
rendrait heureux. Il rêva de trésors inestimables, de
voyages, de découvertes, de notoriété, de paix
intérieure, de grandes passions,
d’accomplissements, etc. mais il n’avait droit
qu’à un seul souhait et se voyait incapable
d’arrêter son choix sur une seule chose. Les jours
passèrent et chaque fois la liste de ses désirs
s’allongeait alors qu’il devait la restreindre
à un seul souhait ...
Puis l’explorateur se rappela le proverbe
oriental suivant: Donner un poisson à quelqu’un,
c’est le nourrir pour un jour, lui apprendre à
pêcher, c’est le nourrir pour la vie.
Il savait maintenant ce qu’il demanderait au
génie de la lampe!
Excité par sa trouvaille, il courut trouver le génie
et commença par le remercier de ne lui avoir accordé
qu’un seul voeu. «Jamais je n’aurais pensé au
souhait que j’ai en tête maintenant si plusieurs
souhaits m’avaient été offerts», expliqua-t-il au
génie.
- Je suis content que tu apprécies mon geste,
retourna le génie. Puis-je maintenant connaître ton
souhait?
- Oui, lança l’explorateur avec enthousiasme.
J’aimerais connaître le chemin du bonheur.
Le génie dut réfléchir, ce genre de souhait
n’était pas habituel... Il demanda à
l’explorateur de bien vouloir patienter quelques
jours afin qu’il puisse rassembler le nécessaire.
Encore une fois un peu déçu, l’explorateur
accepta, que pouvait-il faire d’autre?
Un premier jour passa, l’explorateur avait été
excité toute la journée à l’idée d’enfin
connaître le chemin du bonheur. Deux, trois puis quatre
jours passèrent sans que le génie ne se manifeste.
N’en pouvant plus d’attendre,
l’explorateur commença à réfléchir sur son
souhait et se demanda ce qui lui était essentiel pour
être heureux. Il se demanda quels étaient les moments
de sa vie où il avait été le plus heureux. Il en
trouva un, deux, trois, plusieurs. Il découvrit ensuite
que ces moments, pourtant différents, avaient en commun
le fait de lui avoir fait vivre des émotions semblables.
Voilà les ingrédients de mon bonheur, se dit-il
enthousiasmé par sa découverte. D’autres questions
lui vinrent à l’esprit. Quelles seraient les trois
plus petites choses que je pourrais faire dès maintenant
ou d’ici à la tombée du jour, pour revivre, ne
serait-ce qu’en partie, ces émotions qui m’ont
rendu si heureux dans le passé? Plus il
s’interrogeait, plus les idées se bousculaient!
Voyant le pouvoir des questions qu’il s’était
posées, il prit un crayon et écrivit toutes les
questions utiles qui lui passèrent par la tête.
Si j’apprenais qu’il ne me restait que très
peu de temps à vivre, où investirais-je davantage de ce
temps précieux? Où investirais-je moins de ce temps
précieux?
Que pourrais-je pardonner et ainsi me soulager
d’un poids devenu inutile?
Que pourrais-je me pardonner et ainsi me soulager
d’un poids devenu inutile?
Que pourrais-je faire pour rire de bon coeur
aujourd’hui? Quelle(s) activité(s), passe-temps,
etc. auxquels je prenais beaucoup de plaisir à
pratiquer, pourrais-je reprendre?
Puis, un matin, l’explorateur se leva, regarda sa
liste de questions - il avait pris l’habitude de se
concentrer sur une question aidante par jour - et
remarqua une note manuscrite au bas de la page, une note
signée par le génie de la lampe!
On pouvait y lire: Le chemin du bonheur: Prendre le
temps de s’y arrêter régulièrement.
Source:
Daniel Lambert, psychologue

Journal
Entre Nous, Janvier-Février 2002
Le respect de soi, ça s'impose
«Se faire respecter, c'est refuser de faire ce qui ne
nous convient pas».
Pour certaines personnes, le besoin d'être aimées
surpasse toute considération d'amour-propre et de
dignité. Il y a un prix à payer pour vivre selon les
désirs des autres, de même que lorsque l'on sacrifie
ses propres désirs, ses rêves les plus chers, ses
aspirations les plus secrètes et ses besoins les plus
légitimes. Par conséquent, l'oubli de soi mène tout
droit au manque d'estime de soi. On se croit indigne de
respect. De là, il n'y a qu'un pas à franchir pour que
l'autre le croit également.
Alors, pourqoi se laisse-t-on exploiter? En échange
de leur docilité et de leur soumission, les gens
trouvent une certaine sécurité. Nous craignons de
perdre notre poste. Nous ne voulons pas renoncer à
l'estime dont nous croyons jouir. Les louanges nous
flattent. Nous adorons entendre: «Je sais que je peux
toujours compter sur toi».
Est-il si difficile de renoncer à ces plaisirs
éphémères et de dire non? Oui, si la peur du rejet
nous paralyse. Évidemment, le fait d'établir des
limites que personne n'a le droit de franchir et de faire
valoir son opinion peut provoquer une réaction négative
et même un abandon de la part des autres. Mais il faut
être capable de supporter l'effet négatif du «non»
pour être en mesure de prendre la place qui nous
revient. D'autant plus que la peur du rejet n'est pas
toujours fondée sur une menace réelle, car une personne
qui sait dire non avec tact et fermeté est davantage
respectée que celle qui acquiesce toujours aux propos
des autres.
Les règles du jeu consistent donc à accorder à sa
propre opinion autant d'importance qu'à celle des
autres, à défendre son point de vue, à s'affirmer, à
ne jamais se laisser rabaisser ou humilier par les
autres, à développer sa confiance en soi, à ne pas
abandonner ses rêves. Ces règles sont nombreuses mais
le jeu en vaut la chandelle, puiqu'il s'agit de se faire
respecter.
Source :
L'humain face à la vie, Volet 3: La dépendance
afective, A.P.A.M.M. Bas-Richelieu, 1997

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