

Journal Entre Nous, Novembre-Décembre 2004
Abus de substances et psychoses : Consommer,
c'est être perdant !
Des travaux récents portant sur l’analyse de cas
de personnes souffrant de schizophrénie ont tenté de
cerner l’impact que peut avoir l’abus de
substances comorbides et les conséquences que cette
pratique entraîne, tant sur le rétablissement des
fonctions psychosociales d’un patient que sur
l’évolution de sa maladie. Les études ont
démontré que le risque de consommer ces substances est
trois fois plus grand chez les personnes ayant reçu un
diagnostic de schizophrénie. Ce taux est même encore
plus élevé si de la nicotine et de la caféine sont
également consommées.
Les impacts de la consommation
L’abus de substances chez les personnes souffrant
de schizophrénie constitue un sérieux problème qui a
comme conséquences d’engendrer une perturbation du
fonctionnement général de la personne, de fausser la
perception qu’elle a de sa maladie et de
l’évolution de celle-ci, en plus de nuire à sa
capacité d’adhérer au traitement et d’en
comprendre les effets.
L’abus de substances est spécifiquement lié à
l’apparition précoce de la maladie: des études
récentes ont démontré que la consommation de marijuana
dès l’âge de 15 ans comporte un risque six fois
plus grand de développer une psychose. Une étude
réalisée en Suède a fait état d’un historique
d’abus de substances ayant débuté avant
l’apparition de la maladie chez 48% des personnes
souffrant de schizophrénie. Les trois substances les
plus répandues qui ont été étudiées sont toutes
facilement et immédiatement accessibles: l’alcool,
le cannabis et les psychostimulants. Ces substances ont
un impact significatif tant sur l’évolution de la
maladie que sur le taux de rechutes et génèrent une
faible réponse au traitement.
L’abus de substances constitue un facteur de
risques biologiques parce que cela perturbe la chimie du
cerveau et affecte la circulation de la dopamine et de la
sérotonine. L’abus de substance cause des
changements permanents dans la partie du cerveau où est
situé le «centre du plaisir». Les études ont
démontré que les personnes souffrant de schizophrénie
qui font un abus de drogues présentent un risque six
fois plus grand d’abandonner leur médication et, en
conséquence, de vivre un plus grand nombre
d’hospitalisations, d’être plus sujettes à
tenter de se suicider et d’avoir un pronostic de
guérison plus faible.
La consommation de substances illicites amène de plus
une cascade de complications médicales qui ont un impact
sur les soins cliniques et sont la cause de problèmes de
santé importants. La consommation d’alcool est
souvent à l’origine de dommages à divers organes,
entre autres de gastrites, d’hypertrophie du coeur,
d’atteintes du système nerveux central,
d’intoxication du foie. Les problèmes reliés à
l’usage de la marijuana comprennent de plus des
troubles respiratoires (bronchites et cancers), des
malaises cardiaques (accélération des battements du
coeur) et des problèmes de fertilité.
On est porté à sous-estimer le fait que le milieu
des drogues illicites a beaucoup changé. La plus grande
partie de la marijuana offerte aujourd’hui est bien
différente de «l’herbe» de l’époque des
hippies! La marijuana d’aujourd’hui contient
une myriade d’additifs synthétiques, des
fertilisants, des traces de métaux, des pesticides et
des hormones végétales qui sont inhalés et absorbés
par l’organisme. Les effets à long terme de
l’usage de ces produits très concentrés n’ont
pas été suffisamment étudiés.
Bien que la relation entre l’apparition de la
schizophrénie et l’abus de substances est complexe,
il est évident que l’usage précoce de drogues
illicites peut précipiter l’apparition d’un
épisode de psychose comportant des symptômes positifs
et des symptômes négatifs.
Les opinions sont partagées quant à savoir si
l’apparition de la maladie est l’aboutissement
d’une préalable vulnérabilité biologique ou si
les personnes s’automédicamentent pour masquer les
premières manifestations d’un trouble psychotique.
Chez les spécialistes, l’automédication est
toutefois majoritairement perçue comme étant une vaine
tentative pour soulager les pénibles symptômes qui
accompagnent l’apparition de la maladie, tant les
symptômes cognitifs, positifs et négatifs que les
symptômes de retrait social et de repliement sur soi.
Plusieurs personnes ont affirmé avoir fait usage de
drogues pour soulager les sentiments de dépression, le
traumatisme psychologique et le découragement associés
au fait de devenir malade.
L’abus de substances comporte de nombreux
facteurs de risques qui sont particuliers à cette
catégorie de patients. Mentionnons entre autres des
comportements de désinhibition, le retrait social, un
manque de jugement et une vulnérabilité génétique à
l’égard de l’abus de substances. Des études
récentes ont démontré que l’abus de cannabis
augmente non seulement les risques de développer une
psychose mais aussi les symptômes de dépression et
d’anxiété. La présence de ces derniers symptômes
peut rendre le traitement plus difficile et nécessiter
des médications additionnelles comme des
antidépresseurs. De la même manière, les personnes qui
font une consommation excessive d’alcool doivent
être hospitalisées plus souvent et pour des périodes
plus longues, et, à long terme, elles ont un pronostic
général moins bon.
Pourquoi consommer de telles substances?
Les patients mentionnent plusieurs raisons pour
expliquer pourquoi ils consomment ou abusent de drogues
illicites. Une justification fréquemment invoquée est
qu’ils considèrent socialement plus acceptable
d’être classé comme un utilisateur de drogues ou
même carrément un «drogué», que d’être
identifié comme une personne atteinte de maladie
mentale. Certains expliquent que la consommation de
drogues illicites les aide à se sentir «normal» et à
fonctionner en société. D’autres justifient leur
consommation de drogues en affirmant qu’ils en ont
besoin pour atténuer les symptômes négatifs de la
maladie dont ils souffrent ou pour contrer les effets
secondaires de leur médication. Des études ont
démontré que les patients qui souffrent de dysphorie
(le contraire de l’euphorie, donc des tendances et
des attitudes dépressives) ou d’agitation suite à
la prise d’antipsychotiques sont quatre fois plus
portés à abuser de substances. De la même manière,
des patients affirment qu’ils consomment de
l’alcool et des stimulants comme le Ritalin pour
lutter contre les symptômes négatifs et la dépression.
Il a récemment été démontré que la consommation
de cannabis peut non seulement être à l’origine de
l’apparition de psychoses, mais également causer de
la dépression et de l’anxiété. En conséquence,
le diagnostic peut alors être retardé ou manquer de
clarté, une situation qui entraîne des complications
dans la gestion du cas et diminue d’autant
l’efficacité des traitements. On sait également
que l’usage de cannabis est souvent la porte ouverte
vers la consommation d’autres drogues qui
éventuellement compliqueront le portrait clinique du
patient.
Plusieurs éléments entrent en ligne de compte face
aux problèmes d’un individu qui défend sa
consommation de drogues notamment, un manque
d’insight et de jugement, le déni de sa maladie et
le poids des stigmates associés à la maladie mentale.
Tout cela mis ensemble fait que ces individus sont à
risques élevés et vont non seulement souffrir
d’une profonde détresse personnelle, mais vont
aussi bouleverser leur famille et mettre les membres de
leur équipe soignante devant d’énormes
difficultés à surmonter.
Comment traiter l’abus de substances?
Les médecins sont toujours à la recherche d’un
juste équilibre entre, d’une part, la promotion de
soins de qualité et d’un style de vie sain et,
d’autre part, le risque de paraître trop
autoritaire et ainsi faire fuir le patient. Confrontés
à l’importance de prendre leurs médicaments
conformément à l’ordonnance qui leur a été
remise et de s’abstenir de consommer des substances
illicites, les patients vont faire le mauvais choix et
cesser de prendre leurs médicaments.
Le développement d’une forme de partenariat et
de responsabilités partagées doit s’établir entre
le patient et l’équipe de traitement pour que
celui-ci soit efficace. Au fur et à mesure que la
relation évolue, il devient souvent plus facile de
tenter de diminuer les dommages causés par la
consommation de drogues, notamment en proposant de
réduire la fréquence d’usage de la substance, une
autre qui serait moins dommageable, tout en cherchant à
renforcer les motivations personnelles du patient pour
qu’il en vienne à abandonner la consommation.
L’abstinence est l’idéal à atteindre et pour
y arriver, il faut de la patience, du support ainsi
qu’une éducation appropriée portant sur les
dangers que comporte un usage continu et sur les
conséquences potentielles que peut avoir un usage
prolongé sur les plans médical et psychiatrique.
Le traitement de l’abus de substances repose sur
une approche intégrée qui doit être à la fois
flexible et faite de collaboration. Les patients doivent
être informés des risques auxquels ils s’exposent
s’ils ne changent pas leur mode de vie ainsi que des
conséquences à long terme qui s’en suivent, versus
les avantages qu’ils auraient à cesser toute
consommation de substances. Les personnes souffrant de
schizophrénie s’exposent, entre autres, à de
graves problèmes financiers et risquent de perdre leur
logement si elles persistent à consommer.
On doit expliquer aux patients que l’usage de
l’alcool, ou d’autres substances, stimule les
enzymes du foie qui sont des protéines qui décomposent
l’alcool mais qui, lorsqu’elles augmentent,
peuvent aussi détruire la médication dont ils ont
besoin pour se sentir bien. Cet effet pervers peut durer
plusieurs jours et provoquer le retour des symptômes
psychotiques. De plus, la consommation de substances
combinée à la médication peut avoir des effets
toxiques qui nécessiteront souvent une intervention
médicale. Le métabolisme des médicaments est
également augmenté chez les fumeurs qui peuvent alors
avoir besoin d’une plus forte dose de médicaments.
L’optimisme face au rétablissement d’un
patient implique qu’il pourra bénéficier de
mesures de soutien incluant de l’aide pour surmonter
ses problèmes de perception et ses difficultés
cognitives. Certains patients auront aussi souvent besoin
d’aide pour résoudre leurs difficultés de
relations interpersonnelles. Le plan de traitement doit
également inclure l’établissement d’un
régime de vie plus structuré et des rencontres de
groupe. L’opportunité d’avoir une certaine vie
sociale, des endroits où aller et un plan prévoyant le
déroulement de sa routine journalière offrent des
alternatives qui contribuent au rétablissement. Cela
aide à vaincre l’impression d’être toujours
seul et de s’ennuyer, diminue les risques que le
patient devienne une victime pour les autres et lui
apporte un sentiment de dignité personnelle.
La capacité d’accepter le traitement peut
prendre des mois, sinon des années. Toutefois, un nombre
important de patients entreprennent le traitement. Il y a
constamment des études en cours afin de trouver des
façons d’améliorer notre taux de succès et de
raffiner nos approches.
Source: Tiré de Défi
schizophrénie, vol. 8, no 2, mars-avril 2003. Les sous-titres ont été ajoutés par
l’APPAMM-ESTRIE.

Journal Entre Nous, Septembre-Octobre 2004
Troubles de l'humeur : de l'aide pour les partenaires
et les familles
Tout le monde a des hauts et des bas. Les troubles de
l'humeur, dont font partie la dépression et le trouble
bipolaire, sont bien plus que le fait d'avoir des hauts
et des bas. Ils constituent un état pathologique grave
qui affecte la pensée, le comportement et le
fonctionnement d'une personne.
Dans le cas du trouble bipolaire, les personnes
présentent des sautes d'humeur extrêmes ou qui n'ont
rien à voir avec les événements qui se produisent dans
leur vie. Elles se traduisent par un état de dépression
et de manie (euphorie). Les états dépressifs
s'apparentent à ceux d'un épisode de dépression
majeure.
Dans le cas de dépression majeure, l'état
émotionnel révèle une tristesse anormalement profonde,
de laquelle la personne est incapable de se sortir toute
seule.
Que faire lorsqu'un être cher est atteint d'un
trouble de l'humeur?
Lorsqu'un membre de la famille est malade -qu'il soit
diabétique ou atteint d'un trouble de l'humeur - tous
les autres s'en ressentent. Une maladie mentale est
source de nouvelles tensions. Souvent, les familles
souffrent pendant des années avant que les symptômes ne
soient enfin diagnostiqués. Les membres de la famille
réagissent parfois en refusant de croire à la réalité
ou en la niant. Redoutant les préjugés, ils peuvent se
retrouver isolés. Il est naturel que les familles éprouvent du
ressentiment ou une déception lorsque des troubles de
l'humeur entravent le cours normal de leur vie familiale.
Reconnaître la maladie peut vous aider à réduire la
sensation d'isolement et de culpabilité que vous
ressentez et vous donner l'énergie nécessaire pour vous
occuper de votre parent malade et de vous-même. Le trouble bipolaire influe sur l'humeur et le
comportement de la personne malade. De temps à autre, il
lui est plus difficile de gérer sa maladie et de
collaborer avec vous pour résoudre les problèmes qui se
présentent.
Comment se comporter avec une personne en état
maniaque?
- Réduisez les stimulations et le niveau de bruit.
- Ayez des conversations brèves.
- Ne traitez que des questions d'intérêt
immédiat. N'essayez pas de raisonner, ni de
discuter.
- Évitez de parler d'émotions.
- Soyez ferme, pratique et réaliste, sans
toutefois être autoritaire.
- Ne faites pas systématiquement tout ce qu'elle
vous demande.
- Ne vous laissez pas emporter par son euphorie ou
ses attentes irréalistes.
- N'essayez pas de la convaincre que ses projets
sont irréalistes. Assurez-vous qu'elle est bien
en sécurité (p. ex., prenez ses clés de
voiture, ses cartes de crédit).
Comment se comporter avec une personne déprimée?
- Parlez d'une voix douce et calme.
- Concentrez-vous sur un seul sujet à la fois.
- Soyez patient et attendez.
- Évitez de la questionner sur ce qui la déprime.
- Ne lui faites pas de reproches sur ses
sentiments.
- Ne lui dites pas de «se secouer».
- N'en faites pas trop.
Prendre soin de soi
Avec tout le souci qu'ils se font pour la personne
malade et les soins qu'ils lui prodiguent, il arrive que
les membres de la famille négligent leurs propres
besoins. Ils abandonnent parfois leurs activités et
s'éloignent de leurs amis et de leurs collègues. Cette
situation peut persister quelque temps avant qu'ils
s'aperçoivent qu'ils sont vidés physiquement et
émotivement. Le stress ainsi causé peut entraîner des
problèmes de sommeil, de l'épuisement et une
irritabilité constante.
- Entretenez votre propre réseau de soutien.
- Évitez de vous isoler.
- Apprenez à reconnaître vos propres signes de
stress.
- Déterminez les situations qui empêchent le plus
les membres de votre famille de composer avec les
troubles de l'humeur.
- N'abandonnez pas vos activités en dehors du
milieu familial.
- Songez à obtenir vous-même de l'aide
professionnelle.
- Consacrez-vous chaque jour un peu de temps.
Se préparer à une rechute ou à une crise
Les familles évitent souvent de parler à la personne
malade des possibilités de rechute ou de crise. Le
meilleur moyen de faire face à une crise, ou même de
l'éviter, est de s'y préparer.
Lorsque la personne malade se sent bien, prévoyez les
mesures à prendre en cas de rechute :
- Irez-vous ensemble chez le médecin pour discuter
de la maladie et de la façon de faire face à
une crise éventuelle ?
- Si la maladie réapparaît, avez-vous obtenu à
l'avance l'autorisation de communiquer avec le
médecin de la personne?
- Avez-vous le consentement nécessaire pour
emmener la personne à l'hôpital?
- Si la personne n'est plus en mesure de prendre
des décisions concernant son traitement,
accepte-t-elle de s'en remettre à vous ?
Le rétablissement
Les patients, leur famille et leurs amis doivent bien
comprendre en quoi consistent les troubles de l'humeur et
se préparer à les maîtriser. Dans ce processus, les
membres de la famille peuvent jouer un rôle
déterminant.
- Informez-vous le plus possible sur les troubles
de l'humeur: leurs causes, leurs signes
avant-coureurs, leurs symptômes et leur
traitement.
- Encouragez votre proche à suivre le traitement
prescrit par son équipe de traitement.
- Apprenez quels sont les signes avant-coureurs du
suicide. Prenez les menaces de suicide très au
sérieux et demandez immédiatement de l'aide.
- Aidez votre proche à se rétablir après un
épisode, en comprenant qu'il s'agit d'un
processus lent et progressif.
- Le trouble de l'humeur est une maladie, pas un
problème de personnalité.
- Apprenez, avec votre proche, comment distinguer
une bonne journée d'un épisode hypomaniaque et
une mauvaise journée d'un épisode dépressif.
- Comme tout le monde, les personnes atteintes de
troubles de l'humeur ont de bonnes et de
mauvaises journées qui n'ont rien à voir avec
leur maladie.
Source: Centre de toxicomanie et de santé mentale,
Toronto, 2003.

Journal
Entre Nous, Juillet-Août 2004
Les TOC, une maladie que l'on peut soigner
Les troubles obsessionnels-compulsifs sont
terriblement invalidants pour ceux qui en souffrent.
Ainsi que pour leur entourage.
Le trouble obsessionnel-compulsif est une maladie
anxieuse assez sévère. Le patient souffre d’idées
fixes, qui deviennent envahissantes, angoissantes et
tyranniques.
On répertorie aujourd’hui différentes familles
de TOC: lavage (toilette à l’excès, désinfection,
obsession de la propreté...), vérification (des portes,
des lumières, de tout...), comptage et calculs mentaux
(les patients comptent ou calculent sans arrêt de
longues séries de chiffres...), accumulation
(impossibilité de se débarrasser des objets inutiles),
ordre et symétrie, toucher certains objets de manière
répétitive, formules ou gestes conjuratoires...
Le mode opératoire de ces troubles est toujours le
même: une idée intrusive (ai-je bien éteint la
lumière?), qui déclenche une très forte angoisse. Il
devient impératif d’aller vérifier. Chaque fois
que cette interrogation obsédante ressurgit, le malade
va se rassurer avec ce rituel de vérification. Mais ce
mécanisme va rapidement tourner à l’obsession, les
gestes rituels ne parviendront dès lors à baisser le
niveau d’angoisse que de courts instants seulement.
C’est ainsi que la personne ira vérifier 10 fois,
20 fois ou 30 fois et que sa conduite va peu à peu être
dominée et dirigée par son TOC.
Les guérisons totales et complètes sont très rares,
il est préférable de parler de rémission partielle.
Rémission, car un TOC peut toujours ressurgir chez un
patient qui a été traité. Partielle, car on ne peut
jamais éradiquer totalement les symptômes.
On obtient aujourd’hui de très bons résultats
grâce à une prise en charge thérapeutique et
médicamenteuse. On arrive ainsi à limiter les rituels
à une heure, par exemple, au lieu de plusieurs, et à
permettre aux patients de reprendre une vie normale. Il
est en effet difficile d’imaginer à quel point ces
troubles peuvent dévorer votre vie: certaines personnes
arrivent à prendre plus d’une vingtaine de douches
par jour, chacune durant une heure. Le calcul est rapide
à faire...
Il est donc primordial de consulter un spécialiste et
de se faire soigner. D’autant
qu’aujourd’hui, de très nombreux travaux de
recherche sont en cours afin de mieux comprendre les TOC,
qui ont des origines psychologiques mais également des
origines biologiques indiscutables.
- Quels conseils
offrir à l’entourage?
Lorsqu'un membre de la famille est malade, qu'il soit
diabétique ou atteint d'un trouble
obsessionnel-compulsif, tout le monde s'en ressent. Toute
maladie mentale est source de nouvelles tensions.
Souvent, les familles souffrent pendant des années avant
que les symptômes ne soient enfin diagnostiqués. Les
personnes atteintes d'un trouble obsessionnel-compulsif
essaient souvent de faire participer des membres de la
famille à leurs rituels compulsifs. Pour préserver
l'harmonie, les membres de la famille peuvent entrer dans
leur jeu ou contribuer à des comportements tels que
l'accumulation, les vérifications et le nettoyage. Ou
bien, ils réagissent parfois en refusant de croire à la
réalité ou en la niant. Redoutant les préjugés, ils
peuvent se retrouver isolés. Si les TOC s’avèrent
usants et épuisants pour ceux qui en sont victimes, il
en est de même pour la famille.
Les malades souffrent terriblement car ils se rendent
parfaitement compte de l’absurdité de leurs gestes,
mais ils sont démunis et impuissants. Ils peuvent même
se montrer très colériques et agressifs s’ils sont
bousculés dans leurs rituels.
Le premier conseil que je donnerai à
l’entourage, c’est de ne jamais entrer dans le
jeu du TOC. Sinon, tout le monde en devient l’otage.
Cela requiert beaucoup de ténacité et de
persévérance, car il est parfois plus facile de céder,
d’annuler par exemple ses sorties, vacances ou
dîners entre amis, devant l’angoisse ressentie par
le malade. Il ne faut donc rien changer à la vie
familiale, et rappeler au patient que ce TOC est son
problème, pas le vôtre. Cela ne signifie pas, bien
sûr, que vous êtes indifférent ou rancunier, mais il
faut lui montrer quels sont les gestes normaux: se laver
les mains en cinq minutes et non pas les désinfecter
pendant une heure.
Il est également très important de convaincre la
personne atteinte d’un TOC, qu’elle souffre
d’une maladie et non d’une tare. Car tous se
montrent très honteux et se cachent. Et il faut
l’inciter à tout prix à se faire soigner.
Avec tout le souci qu'ils se font pour la personne
malade et les soins qu'ils lui prodiguent, il arrive que
les membres de la famille négligent leurs propres
besoins. Ils abandonnent parfois leurs activités et
s'éloignent de leurs amis et de leurs collègues. Cette
situation peut persister pendant quelque temps avant
qu'ils s'aperçoivent qu'ils sont vidés physiquement et
émotivement. Le stress ainsi causé peut entraîner des
problèmes de sommeil, de l'épuisement et une
irritabilité constante.
- Entretenez votre propre réseau de soutien.
- Évitez de vous isoler.
- Apprenez à reconnaître vos propres signes de
stress.
- Déterminez les situations qui empêchent le plus
les membres de votre famille de composer avec le
trouble obsessionnel-compulsif.
- N'abandonnez pas vos activités en dehors du
milieu familial.
- Songez à obtenir vous-même de l'aide
professionnelle.
- Consacrez-vous chaque jour un peu de temps.
- Comment expliquer
le trouble obsessionnel-compulsif aux enfants
Il est parfois délicat et difficile d'expliquer le
trouble obsessionnel-compulsif aux enfants. Beaucoup de
parents essaient de poursuivre leurs activités
familiales comme si de rien n'était.
Mais, les enfants sont des êtres sensibles et
intuitifs. Lorsqu'un changement se produit chez un membre
de leur famille ou que de la tension fait surface, ils le
remarquent. Si l'atmosphère familiale n'est pas propice
à des discussions sur le sujet, les enfants tirent leurs
propres conclusions qui sont souvent fausses.
Il faut expliquer les maladies aux enfants. Le mieux
est de leur donner autant de renseignements qu'ils sont
en mesure de comprendre. Les tout-petits et les enfants
d'âge préscolaire comprennent les phrases simples et
courtes. Il faut leur donner des renseignements concrets
et pas trop d'information technique. Par exemple: «Quand
papa est malade, parfois il se fâche»; «Quand maman
est malade, il lui suffit de toucher à l'évier pour
qu'elle se fâche».
Les enfants d'âge scolaire peuvent assimiler plus
d'information. Ils arrivent à comprendre que le trouble
obsessionnel-compulsif est une maladie, mais ils peuvent
être dépassés par les détails concernant les
thérapies et les médicaments. On pourrait expliquer le
trouble obsessionnel-compulsif aux enfants de ce groupe
d'âge de la façon suivante: «Le trouble
obsessionnel-compulsif est une maladie qui pousse les
gens à craindre d'attraper des microbes et de tomber
malades; ils s'inquiètent à un tel point qu'ils refont
sans relâche les mêmes choses».
Les adolescents peuvent généralement assimiler
beaucoup plus d'information. Ils ont souvent besoin de
parler de ce qu'ils voient et ressentent. Il leur arrive
de se poser des questions sur le caractère héréditaire
de cette maladie ou de s'inquiéter des préjugés que
suscitent les maladies mentales.
Voici trois points
principaux à considérer en s'adressant
aux enfants:
- l'être cher agit ainsi parce qu'il est malade ;
- ce n'est pas de leur faute si cette personne est
malade ;
- réconfortez-les en leur disant que les adultes
dans la famille et d'autres personnes, comme des
médecins, tentent d'aider la personne malade.
Sources :
Centre de toxicomanie et de santé mentale, 2003.
Christophe André, médecin psychiatre, Hôpital
Sainte- Anne, Paris. Propos recueillis par Laurence
Ravier, 2003.

Journal
Entre Nous, Mai-Juin 2004
Comment intervenir avec une personne qui délire
Les délires sont des idées fausses ou des
interprétations erronées des événements et de leurs
significations. Une personne peut, par exemple, se faire
accidentellement bousculer et conclure qu’il
s’agit là d’un complot pour la harceler. Elle
peut être réveillée par le bruit que fait son voisin
et penser que c’est une tentative délibérée pour
perturber son sommeil. Chacun a tendance à interpréter
les événements en fonction de lui-même et à se
tromper sur leur sens, particulièrement pendant les
moments de stress et de fatigue. Les tentatives faites
pour raisonner la personne ou pour l’amener à
donner d’autres significations aux événements
n’ont habituellement pour résultat que de renforcer
sa conviction que vous faites aussi partie du complot.
Essayer de raisonner une personne en état de délire ne
fait qu’accroître sa méfiance ou sa colère. Elle
tient tenacement et contre toute raison à des idées que
généralement, personne d’autre ne partage.
La famille et les proches de la personne doivent avant
tout se rendre compte que le délire est causé par son
problème de santé mentale et qu’il ne s’agit
pas d’entêtement. Bien que les délires obsédants
soient énervants, il faut éviter les réactions
émotives ainsi que les sarcasmes et les menaces. Il y a
aussi une approche qui consiste à éviter le stimulus
déclenchant les idées délirantes. Par exemple, si
l’usage des transports en commun donne lieu à des
expériences suscitant des délires, il est possible de
l’éviter. L’apparition d’idées
délirantes, qu’elles soient des idées de
persécution ou de grandeur, indique habituellement
qu’il y a une activité trop intense, des émotions
trop fortes ou encore, qu’il y a trop de monde
autour de la personne malade. Si votre proche vous parle
de ses idées, n’argumentez pas avec lui. Dites-lui
simplement que vous n’êtes pas d’accord avec
ses propos. S’il persiste à parler d’idées
délirantes déjà survenues, même s’il répond
bien à ses médicaments, la réponse suivante pourrait
alors aider: «C’est ta façon de voir les choses.
Je t’ai expliqué que je n’étais pas
d’accord. Entendons-nous pour dire que nous ne
sommes pas d’accord». C’est une réponse qui
reconnaît son point de vue tout en mettant fin à une
discussion inutile.
Il est donc important de se rappeler qu’il ne
sert à rien de tenter de convaincre la personne de
l’invraisemblance de ses idées. Il faut écouter,
évaluer et rejeter fermement et sans émotivité les
affirmations délirantes.
Source :
Journal de la Lueur du phare de Lanaudière, vol.3, no.3,
hiver 98

Journal
Entre Nous, Mars-Avril 2004
Le trouble de personnalité limite
Le trouble de personnalité limite est de plus en plus
fréquent dans la population en général et il est
souvent mal identifié, ce qui a un impact important chez
les gens qui en sont affectés. La détresse
émotionnelle et les difficultés comportementales
associées à ce trouble ont, de plus, des répercussions
importantes sur les proches et les amènent à vivre une
variété d'émotions souvent intenses: découragement,
impuissance, colère, angoisse, peur, etc.
- Qu'est-ce que le
trouble de personnalité limite?
Le trouble de personnalité limite se caractérise par
une instabilité des émotions, du comportement, de
l'image de soi et par des difficultés majeures dans les
relations avec l'entourage. Le trouble apparaît à
l'adolescence ou au début de l'âge adulte et il peut
persister au-delà de la quarantaine. Les personnes
atteintes sont moralement souffrantes, elles ont souvent
peu d'espoir de s'en sortir, ce qui se reflète par des
préoccupations suicidaires fréquentes. Le trouble de
personnalité limite affecte 1 à 2 % de la population
générale.
On reconnaît le trouble de personnalité limite par
une humeur qui peut changer très rapidement et de façon
imprévisible, en lien avec des stresseurs mineurs;
l'état émotionnel peut alors passer d'une bonne humeur
à une humeur irritable ou triste.Les personnes ont du
mal à supporter la solitude. Elles ressentent
fréquemment de l'ennui ainsi qu'un grand vide
intérieur.
On peut également noter chez elles un manque de
contrôle de la colère. Ce manque de contrôle peut
s'exprimer par de l'irritabilité, des accès de colère
ou de la rage.
L'intolérance à la douleur émotionnelle amène ces
personnes à adopter des comportements destructeurs.
Elles peuvent consommer de l'alcool, des drogues ou des
médicaments de façon excessive, s'engager dans des
dépenses majeures et inconsidérées, consommer des
aliments de façon excessive, commettre des vols, avoir
des comportements sexuels à risque ou conduire une
automobile de façon dangereuse. Elles peuvent aussi
s'infliger des blessures, exprimer des idées suicidaires
ou faire des tentatives de suicide. Malheureusement,
plusieurs de ces personnes se suicident.
Les personnes qui ont un trouble de personnalité limite
éprouvent une grande difficulté à se décrire. L'image
qu'elles ont d'elles-même est fluctuante et il leur est
difficile de se projeter dans le futur. Leurs relations
interpersonnelles sont souvent intenses, chaotiques et
marquées par des conflits importants, ce qui entraîne
souvent des sentiments de rejet et d'abandon. Elles
réagissent à ces conflits par du retrait, des
revendications, des comportements destructeurs ou de la
rage. Certaines peuvent parfois présenter des pertes
brèves de contact avec elles-mêmes ou avec la
réalité.
- Peut-on espérer
une amélioration chez ces personnes ?
Des études cliniques démontrent une amélioration
significative de l'état des personnes qui ont un trouble
de personnalité limite après 15 à 20 ans
d'instabilité mais, bien avant, si ces dernières ont
bénéficié d'une thérapie active; d'où l'importance
d'un dépistage précoce et d'un traitement adéquat. Cependant,
il peut arriver que certains symptômes réapparaissent
temporairement si la personne vit des événements
difficiles tels une rupture, un deuil, un échec
important, etc.
- Est-ce qu'il y a un
traitement?
Il y a différents types de psychothérapies dont
certaines ont démontré une bonne efficacité. Dans
certains cas, un traitement médicamenteux sera utile
pour contrôler certains symptômes, améliorer les
capacités fonctionnelles et optimiser les effets de la
psychothérapie.
On peut aussi envisager l'hospitalisation lors d'une
période de crise suicidaire intense. Toutefois,
l'expérience démontre qu'une hospitalisation brève est
préférable, alors qu'une hospitalisation plus longue
renforce le sentiment d'incompétence à surmonter les
difficultés.
- Quelles sont les
attitudes à privilégier pour la famille de ces
personnes qui ont un trouble de personnalité
limite?
En tout temps, il est conseillé de maintenir une
attitude d'adulte à adulte avec elles. Il est important
que les attentes et les limites soient claires,
constantes, prévisibles et justifiables. (Prévisibilité et constance)
De plus, il est essentiel de responsabiliser ces
personnes, en les laissant prendre leurs décisions et
entreprendre elles-mêmes leurs démarches. On doit
également les encourager à persister dans la poursuite
de leurs buts et de leurs objectifs. (Responsabilisation)
De la même façon, il est important de reconnaître les
compétences et les efforts de ces personnes et de les
soutenir de façon constante dans leurs actions. (Validation, support)
- Comment les proches
peuvent-ils mieux composer avec le stress
engendré par les situations de crise des
personnes ayant un trouble de personnalité
limite?
En identifiant leurs limites personnelles, en
établissant certaines règles et en acceptant leur
impuissance à régler certains problèmes de l'autre.
Les méthodes de détente et de relaxation, la
participation à des activités ou à des loisirs peuvent
également être utiles pour gérer le stress.
Malgré cela, le recours à une aide professionnelle peut
parfois s'avérer nécessaire.
Source :
Extrait du fascicule élaboré par Mme France Boucher,
infirmière bachelière, Mme Suzanne Drolet, travailleuse
sociale et le Dr Evens Villeneuve, psychiatre et
directeur médical de la Clinique «Le Faubourg
Saint-Jean», un centre de traitement du Centre
hospitalier Robert-Giffard.

Journal
Entre Nous, Janvier-Février 2004
Est-ce que vouloir s'occuper de soi est une preuve
d'égoïsme?
Et pourquoi pas? Une bonne dose d’égoïsme
n’a jamais nui à personne, au contraire. Penser à
soi, s’occuper de soi, se faire plaisir, reste
encore entaché d’une connotation négative, alors
que c’est vital pour notre équilibre. Sans aller
jusqu’à se regarder le nombril 24/24 heures, il
existe un bon usage du narcissisme.
Dans l’esprit des gens, se recentrer sur soi et
sur son désir implique forcément que cela se fasse au
détriment des autres. Or, c’est tout le contraire: pour
être bien avec les autres, il est indispensable de
savoir préserver son espace personnel et de faire
respecter son intimité. Malheureusement, cette
«égo-attitude» entraîne encore une forte
culpabilité. On se réfère inconsciemment aux modèles
parentaux et sociaux. Ces modèles nous viennent de notre
enfance, de nos mères, de nos grands-mères, qui ont
«sacrifié» leur temps et leur énergie à élever leur
progéniture, et du corps social qui véhicule encore
l’idée qu’il faut beaucoup d’abnégation
de soi pour être une mère parfaite!
Votre motivation, votre envie de vous occuper de vous
ne feront pas de vous une «mauvaise mère», au
contraire. Concrètement, cela signifie qu’avoir des
temps à vous, des hobbies, des intérêts, une vie
sociale et amicale en dehors de vos enfants et de la
sphère familiale vous permettra d’être plus
disponible et plus à l’écoute dans les moments
passés ensemble.
Source :
Catherine Marchi, psychologue clinicienne, Psychologies.com
2003.

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