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Journal
Entre Nous, Novembre-Décembre 2005
Maladie mentale : le dernier tabouLes
maladies mentales ont beau être de plus en plus souvent
diagnostiquées, elles continuent de susciter nombre de
questions auxquelles se mêlent la honte et le secret.
Certes, on ne parle plus de «fous» ou de «déments»,
et on ne pense plus que les épileptiques sont possédés
par le malin, mais les préjugés ont la vie dure. Ceux
qui, à un moment ou à un autre de leur vie, se
retrouvent aux prises avec la dépression, la psychose
maniacodépressive ou tout autre trouble mental se
sentent encore trop souvent rejetés.
Michel
Gervais, directeur général du Centre hospitalier
Robert-Giffard et du Centre de recherche Université
Laval Robert-Giffard, à Québec, entend bien lutter
contre ces préjugés qui empoisonnent non seulement la
vie des malades, mais nuisent aussi au travail des
médecins.
Lors
du dernier congrès annuel de l’Ordre des
administrateurs agréés du Québec, ce diplomé en
philosophie et en théologie a donné une conférence sur
le sujet, dont nous publions un extrait ci-dessous.
Être
atteint de maladie mentale, c’était - et c’est
malheureusement encore trop souvent- être infériorisé
par le regard de l’autre et par son propre regard;
être frappé de honte, être marqué d’une tare,
être catégorisé, discriminé, ostracisé,
c’est-à-dire exclu
Je ne
vais pas vous faire ici une longue dissertation sur ce
phénomène si bien expliqué par Michel Foucault dans
son Histoire de la folie à l’âge classique1.
Il suffira de m’en référer à l’analogie
qu’il expose brillamment entre le traitement imposé
aux lépreux et celui qu’on réservait aux malades
mentaux. On les identifiait, on les écartait de la cité
et on les parquait dans un monde clos, les privant de
tout contact avec une communauté soucieuse de préserver
son propre bien-être et sa propre sécurité.
Les
hôpitaux psychiatriques ont été construits dans la
foulée. Regardez le Centre hospitalier Robert-Giffard.
Son apparence extérieure est celle d’une véritable
forteresse. À l’origine, il était situé en
banlieue de la ville et, jusqu’en 1976, il avait le
statut juridique d’une municipalité avec son maire,
son service de police et d’incendie, son aqueduc et
sa ferme. C’était un monde à part, vivant dans une
complète autosuffisance rendue nécessaire par la
volonté d’exclure des malades mentaux de la
société. Les temps ont bien changé, le Centre
hospitalier Robert-Giffard pouvant prétendre
aujourd’hui au statut d’institut universitaire
de psychiatrie et de santé mentale; mais le tabou
demeure. Pourquoi? Essentiellement, à cause de
l’ignorance.
Parce
qu’on a toujours pensé que la maladie mentale
était une maladie de l’âme alors qu’on sait
aujourd’hui qu’elle comporte le plus souvent un
dysfonctionnement du cerveau et que, si les facteurs
psychologiques et environnementaux y jouent un rôle plus
ou moins important selon les individus et selon le type
de maladie, le physique, le biologique et le génétique
y ont toujours une place.
Parce
qu’on a pensé et qu’on pense toujours que la
maladie mentale est incurable, qu’on ne peut la
traiter avec succès et qu’en être affecté
constitue un sort irrémédiable.
Mais
aussi, il est vrai, parce que la maladie mentale atteint
la personne dans son «moi» et dans ce qui lui confère
sa dignité d’être humain, et qui l’élève
au-dessus des animaux: sa raison, sa conscience, sa
maîtrise sur son environnement et sa relation
particulière avec l’autre. Elle l’atteint dans
son psychisme, c’est-à-dire dans «l’ensemble
des fonctions qui permettent à l’organisme à la
fois de maintenir la constance du moi et d’établir
avec le monde extérieur des échanges significatifs (sur
le plan émotionnel et comportemental)2 ».
Ce
n’est quand même pas banal! Avoir un problème
mental, ce n’est pas perçu, par soi et par les
autres, comme avoir un problème gastrique ou cardiaque.
J’ai deux bras, j’ai un coeur, j’ai un
foie, j’ai deux reins et j’ai, bien sûr, un
cerveau; mais je suis moi. Or, la maladie mentale est
perçue comme atteignant la personne non pas dans ce
qu’elle a, mais dans ce qu’elle est, si bien
qu’avoir une maladie cardiaque et avoir une maladie
mentale n’a pas du tout la même signification pour
soi-même et pour les autres. Ainsi, n’y a-t-il
qu’un petit pas, mais qui n’est petit
qu’en apparence, entre «avoir une maladie mentale»
et «être un malade mental». Et, paradoxalement, même
si, sur le plan du langage, on peut dire de
quelqu’un, «c’est un diabétique», et de
l’autre «il a une maladie mentale», sur le plan de
la perception, il y a, dans ce dernier cas, une
identification de la personne à sa maladie qui
n’existe pas vraiment dans le cas du diabétique ou
du cardiaque.
On
n’a pas honte de dire qu’on s’est fait
faire un pontage coronarien. Mais avouer qu’on est
maniacodépressif, qu’on souffre de troubles
d’anxiété ou d’une dépression majeure,
c’est autre chose! C’est pourtant, au moins en
partie, affaire de cerveau, de neurones, de niveau de
sérotonine, de neurotransmetteurs et de
neurorécepteurs; bref un problème physicochimique.
Quoiqu’il en soit, la honte, le silence et le tabou
sont là. Ils constituent le principal obstacle à la
solution des problèmes qui nous intéressent ici.
Le
dernier rapport de Santé Canada sur la maladie mentale
résume bien la situation: «Les niveaux élevés de
stigmatisation et de discrimination [subis par les
malades] représentent une des réalités les plus
tragiques des maladies mentales au Canada. Découlant de
la superstition, du manque de connaissance et
d’empathie, ainsi que d’une tendance à
craindre et à exclure les personnes qui sont perçues
[comme étant différentes], la stigmatisation et la
discrimination existent depuis toujours. Il en résulte
les stéréotypes, la peur, l’embarras, la colère
et un comportement d’évitement. [Cette attitude
incite] les gens à garder le silence sur leur maladie
mentale, les amenant souvent à différer une demande de
soins [...], à [négliger] le traitement recommandé et
à éviter de partager leurs préoccupations avec leur
famille, leurs amis, leurs collègues, leur employeur,
les dispensateurs de services de santé et d’autres
dans la collectivité. L’une des priorités les plus
pressantes de la Canadian Alliance for Mental Illness and
Mental Health pour améliorer la santé mentale des
Canadiens et des Canadiennes, est la lutte contre la
stigmatisation et la prévention de la discrimination
envers les malades mentaux [...]3.»
Mais,
fort heureusement, les choses changent.
Une des
raisons de cette évolution tient sans doute au fait que
de plus en plus de gens vivent des problèmes de santé
mentale et qu’un nombre croissant de familles sont
affectées par leurs souffrances.
Source:
Michel Gervais, Québec Science, Octobre 2004.
1FOUCAULT,
M. Histoire de la folie à l’âge classique,
Paris, Gallimard, 1972.
2SWADON, P., art. «Malades mentaux», Encyclopoedia
Universalis, vol.10, Paris, 1971.
3Santé Canada, Rapport sur les maladies
mentales au Canada, Ottawa, octobre 2002.
4MURRAY, C.J.L. et A.D. LOPEZ. The Global
Burden of Disease, Cambridge, Mass., Harvard School
of Public Health, 1996.

Journal
Entre Nous, Septembre-Octobre 2005
Le mal de vivre - Quand la raison fait naufrage
Je me suis retrouvée malgré moi
dans l’univers de la maladie mentale en décembre
2002. À quelques semaines d’intervalle, mon frère
et mon beau-père ont sombré dans une grave dépression.
Mon frère menaçait de se suicider. Mon beau-père, aux
prises avec des troubles obsessionnels-compulsifs, est
tombé en état de psychose catatonique - le nom savant
pour décrire un état de stupeur avec délire. Dans les
deux cas, c’est arrivé rapidement, sans que
l’on ait le temps de comprendre ce qui se passait.
Mon mari
et moi avons ainsi découvert que notre métier de
journalistes, qui nous prépare à trouver vite des
réponses à des questions complexes, ne nous procure
aucun avantage quand il s’agit de composer avec un
proche qui perd soudainement pied. Quand survient la
crise, avec tout ce que cela suppose: cortège
d’insomnies, interminables conseils de famille,
discussions sans queue ni tête avec le malade pour
l’amener à se faire soigner, continuelles remises
en question où l’on se demande si on fait partie du
problème ou de la solution - et ça, c’est lorsque
tout va bien!
Mes
lectures m’ont permis de me consoler un peu:
j’étais loin d’être la seule dans mon cas.
Selon l’Organisation mondiale de la santé, 20% de
la population nord-américaine souffrira d’une
maladie mentale au cours de sa vie - anxiété,
dépression, schizophrénie, bipolarité, troubles
obsessionnels-compulsifs, désordres de la personnalité,
alouette!
Vingt
pour cent de la population. Ce qui veut dire que chacun
de nous sera touché par la folie d’un proche au
moins une fois dans sa vie. Au Québec, la moitié des
malades vivent dans leur famille et les trois quart sont
sans emploi. Parents, soeurs, frères, enfants et amis se
rongeront les sangs, parfois au point de devenir
eux-mêmes malades. Dans une étude publiée en 1999,
Hélène Provencher, infirmière spécialisée en
psychiatrie et chercheuse à l’Université Laval,
concluait que 60% des proches éprouvent un niveau
élevé de détresse émotionnelle au moment des crises -
dont certaines durent toute la vie!
«Composer
avec la maladie mentale d’un proche, c’est
comme arriver sans valises dans un pays étranger où tu
ne connais ni la langue ni le plan des rues!» dit Nicole
Thauvette, 51 ans, secrétaire médicale. Son fils de 24
ans est maniacodépressif depuis huit ans.
Les
images du voyage, du deuil, du naufrage reviennent
constamment dans les témoignages des proches
interviewés. Mon voyage à moi ressemblait à celui de
Sancho Pança et de Don Quichotte, ce fou sublime qui
prenait des moulins à vent pour des géants, qui voyait
un château là où il n’y avait qu’une
auberge, qui imaginait sa vieille carne de Rossinante en
blanc destrier. Les dépressifs, les schizophrènes, les
obsessifs, les anxieux vivent dans un monde inaccessible
mais atrocement réel pour eux. Bien qu’ils
reviennent parfois dans le vrai monde, il faut
s’attendre à ce qu’ils repartent dans le leur
de temps en temps. Et moi, Sancho sur ma mule,
j’était sensée protéger mon Don Quichotte de
frère des menaces du monde, le sien comme le vrai. Et
réunir les conditions nécessaires pour sa guérison,
tout en sachant que je ne guérirais pas à sa place.
C’est un périple rempli de frustrations et de
peines, mais aussi d’aventures et de surprises...
dont on ne sort pas indemne sans information ni appui.
L’angoisse
des familles commence des mois, voire des années, avant
que le malade fasse une crise. Gilles H. Dupont,
administrateur retraité de l’Université Laval, a
vécu plus de 10 ans avec les signes annonciateurs de la
schizophrénie de sa femme, sans comprendre ce qui se
tramait. Tout a commencé après la naissance de leur
troisième enfant, alors que sa femme était dans la
trentaine. «Elle se levait la nuit et donnait des coups
aux enfants. Elle a engueulé une de ses tantes sans
explication. Un jour, elle s’est assise par terre et
ne voulait plus entrer dans la maison.» Gilles H. Dupont
«vivait ça comme [il] pouvait», en guettant une
amélioration. «Je savais qu’il y avait un
problème, mais je ne savais pas quoi faire.»
Il a
compris qu’il fallait agir lorsqu’une grève,
à l’université, l’a forcé à passer quelques
semaines à la maison auprès de sa femme. Celle-ci a
accepté de se faire examiner. Diagnostic:
schizophrénie. Elle est restée deux mois à
l’hôpital. «Moi, avoir quelqu’un qui
souffrait d’une maladie mentale dans ma famille?
J’en pleurais», dit-il.
Rien ne
nous prépare au moment où l’on se retrouve face à
l’ennemi invisible - certains diront: au monstre -
qu’est la maladie mentale. Un jour de juillet, alors
que Nicole Thauvette se préparait à partir en vacances
à Morin-Heights, son fils Marc, alors âgé de 18 ans,
s’est mis à délirer. «Il disait qu’il y
avait “trop de policiers” dans les Laurentides
et qu’il ne voulait pas y aller.» Elle a décidé
de laisser l’ado chez elle et de partir seule. «Ça
faisait quelque temps qu’il dormait moins. Il était
devenu un peu parano. Je pensais que c’était
peut-être l’effet de la drogue, puisque Marc avait
commencé à consommer depuis peu.
Le
lendemain matin, Marc a appelé sa mère au chalet:
«Maman, allume la télé. On parle de moi!» Nicole a
essayé de le raisonner. En vain. Elle a composer le
9-1-1. Les ambulanciers ont amené son fils à
l’hôpital de Salaberry-de-Valleyfield. Une semaine
plus tard, il est rentré chez sa mère avec une
ordonnance de médicaments antipsychotiques. Sans plus
d’explications. «Les psychiatres ne courent pas
après les familles pour leur donner un diagnostic, dit
Nicole Thauvette. J’étais totalement
désemparée.»
Lorsque
mon frère s’est séparé, [...] par grandeur
d’âme (croyais-je), je l’ai invité à venir
vivre chez nous quelques mois. Ma tante Louisette,
travailleuse sociale, m’a conseillé d’éviter
ce piège: je risquais de détruire ma relation avec lui
- après tout, la dépression avait déjà eu raison de
sa relation amoureuse!- sans possibilité réelle
d’aider à le guérir. J’ai donc décidé, au
terme d’une longue nuit d’insomnie, de rappeler
mon frère pour le désinviter. Heureusement, il a
compris qu’il serait mieux en appartement: comme
bien des gens en dépression, il était capable de
subvenir à ses besoins. Le temps a montré que ça lui
faisait même du bien de faire son épicerie, son
ménage, sa popote.
Nicole
Thauvette a décidé que son fils serait mieux chez lui.
Elle l’a aidé à trouver un petit logement près
d’où elle habite. Elle lui rend visite tous les
jours, fait sa lessive, regarde des vidéos avec lui,
s’assure qu’il a de quoi se nourrir. «Vivre
chez lui, ça le responsabilise, dit-elle.
J’ai appris à reconnaître mes limites, à ne pas
les voir comme un refus d’aide.»
Gilles H.
Dupont, lui, a décidé de se séparer de sa femme au
moment de sa retraite, en 1990. Il lui a trouvé un
appartement, puis un foyer spécialisé par la suite.
«L’une des décisions les plus difficiles de ma
vie, dit-il, mais j’avais l’impression
d’avoir fait mon bout de chemin. J’étais
devenu plus infirmier que mari.»
Et moi?
Grâce aux conseils reçus, je me suis rendu compte que
je ne pouvais porter le sort de mon frère sur mes
épaules. J’ai demandé à tous les membres de ma
famille de consulter un organisme d’aide pour
comprendre comment se comporter avec un fils ou un frère
qui ne guérira peut-être jamais. Depuis, une fois par
mois, mes parents viennent de Hamilton, en Ontario, pour
le visiter à Montréal, et ma soeur cadette
l’appelle tous les dimanches.
Je ne
sais pas à quel point tout cela aura aidé mon frère,
et je ne le saurai jamais. En dépit de l’assistance
qu’ils offrent, les proches doivent accepter que
seul le malade peut saisir les perches qu’on lui
tend et se hisser hors de l’abîme. Il lui
appartient de contrôler et de gérer sa maladie. Et
personne ne peut le faire à sa place. S’il
réussit, c’est grâce à sa détermination et à sa
force intérieure, même si celles des autres ont été
aussi mises à rude épreuve.
Mon
frère se remet de sa dépression et soutiendra cet
automne sa thèse doctorale - en psychologie. Mon
beau-père, lui, a repris le travail après cinq mois
d’arrêt. Moi? Je ne dirai jamais que toutes ces
histoires ont amélioré ma vie; j’en ai récolté
quelques cheveux blancs et bien des nuits
d’insomnie. Par contre, si j’entre de nouveau
de force dans l’univers de la maladie mentale, je
saurai un peu mieux parler la langue, lire la carte et
retrouver mes valises.
Et qui
sait si ce ne sera pas moi, le prochain Don Quichotte?
Source:
Extrait de l’article «Le mal de vivre: Quand la
raison fait naufrage», écrit par Julie
Barlow et paru dans L’Actualité, le 1er
novembre 2003.

Journal
Entre Nous, Juillet-Août 2005
Parents vieillissants, stratégie pour l'avenir
Encourager
un enfant devenu adulte à vivre à l’extérieur du
foyer familial est un geste positif d’amour et non
un rejet. Pour une personne atteinte de schizophrénie,
cela peut signifier un premier pas vers
l’autonomie...
Le fait
de vivre chacun de son côté peut signifier également
que le temps passé en famille sera plus bénéfique -
diminuant ainsi le niveau de stress pour tout le monde.
Personne ne peut être de garde 24 heures par jour (ce
qui représente trois quarts de travail à
l’hôpital) tout en étant interpellé émotivement,
sans subir de séquelles physiques et psychologiques.
Rappelez-vous
que la schizophrénie N’A AUCUNE incidence sur
l’intelligence de la personne qui en est atteinte.
Si les parents continuent à «tout donner» et
qu’ils finissent par s’épuiser complètement,
ils ne sont plus utiles à personne. De plus, le fardeau
de la culpabilité face à de tels sacrifices aboutit
injustement sur les épaules de la personne aux prises
avec la maladie.
- Les familles doivent satisfaire leurs besoins
maintenant, afin d’assurer le bien-être à
long terme de la personne malade. Tous les
membres de la famille gagnent à organiser leur
propre vie sociale - même si elle est restreinte
- à l’extérieur du cercle familial.
- Il est toujours difficile de «laisser partir»
quelqu’un, mais en le faisant graduellement,
on peut envisager positivement le passage vers
l’autonomie d’un adulte.
- Quitter le foyer familial est, en bout de ligne,
nécessaire pour tous les êtres humains. Même
s’ils donnent beaucoup d’amour et
qu’ils sont à la hauteur de la situation,
les parents vont être de moins en moins aptes à
fournir le soutien nécessaire en vieillissant -
et personne n’est immortel. C’est
pourquoi il est préférable de déterminer les
conditions de logement sur une base autonome
avant d’avoir atteint un âge trop avancé.
- Dans le cas d’une personne malade, faire en
sorte qu’elle quitte le foyer familial
d’abord sur une base expérimentale
constitue une bonne idée. Si ça ne fonctionne
pas, elle peut retourner à la maison pour une
période plus courte, puis réessayer. Tout le
monde devrait s’entendre sur le fait
qu’il ne s’agisse que d’un début.
De cette façon, si les choses ne
s’arrangent pas tout de suite, personne
n’a l’impression d’avoir échoué.
Source:
Société canadienne de schizophrénie, «Les familles
s’entraident», 2002.

Journal
Entre Nous, Mai-Juin 2005
Le stress
Nous parlons tous du stress mais
nous ne connaissons pas toujours sa signification. Ceci
est dû au fait que le stress provient à la fois des
bonnes et des mauvaises choses qui nous arrivent. Si nous
ne ressentions aucun stress, nous ne serions pas vivants!
Le stress devient un problème lorsque nous ne savons pas
comment aborder un événement ou une situation. C'est
alors que l'inquiétude entre en jeu et que nous nous
sentons "stressés".
Les choses qui vous causent du
stress ne sont peut-être pas un problème pour votre
voisin, et celles qui lui causent du stress ne vous
inquiètent peut-être pas du tout. C'est la façon dont
vous considérez certains événements et la manière
dont vous y réagissez qui déterminent si vous les
trouvez stressants ou relativement faciles à aborder.
Votre réaction au stress peut avoir un effet sur votre
santé mentale et physique. Il est donc important que
vous appreniez à faire face efficacement au stress
lorsqu'il apparaît.
Comprendre le stress
Vos
sentiments envers les événements de votre vie sont
très importants. En venant à mieux vous connaître et
à comprendre vos réactions face aux événements
stressants, vous pouvez apprendre à faire face au stress
de façon efficace. Le meilleur point de départ est de
déterminer ce qui est une cause de stress pour vous:
- événements marquants de votre vie: le mariage,
un changement d'emploi, un déménagement, le
divorce ou le décès d'un être cher;
- soucis à long terme : inquiétudes au sujet de
l'avenir de vos enfants, problèmes économiques
ou financiers ou une maladie chronique;
- contrariétés quotidiennes: embouteillages,
personnes insolentes ou appareils qui ne
fonctionnent pas lorsque vous voulez vous en
servir.
La réaction de stress
Lorsque vous vivez un événement
stressant, votre corps éprouve une série de changements
appelée la réaction de stress. Cette réaction comprend
trois étapes :
Étape
1 - La mobilisation de l'énergie
Au début, votre corps
sécrète de l'adrénaline, votre cœeur bat plus
vite et vous commencez à respirer plus rapidement. Les
bons comme les mauvais événements peuvent provoquer
cette réaction : la nuit précédant votre mariage ou la
journée où vous perdez votre emploi.
Étape
2 - La consommation des réserves d'énergie
Si,
pour une raison ou pour une autre, vous continuez à
éprouver les symptômes de la première étape, votre
corps commence à libérer ses réserves de sucre et de
gras. À ce stade, vous vous sentirez à bout, sous
pression et fatigué. Il est possible que vous consommiez
alors trop de café, de cigarettes ou d'alcool. Vous
pourriez éprouver de l'anxiété ou des pertes de
mémoire, attraper des rhumes et avoir la grippe plus
souvent que d'habitude.
Étape
3 - L'épuisement des réserves d'énergie
Si
vous ne résolvez pas vos problèmes de stress, les
besoins énergétiques de votre corps dépasseront sa
capacité de production et vous serez alors stressé de
façon chronique. À ce stade, vous pourriez éprouver de
l'insomnie, des changements de personnalité ou faire des
erreurs de jugement. Vous pourriez aussi développer une
maladie grave comme une maladie du cœeur, des
ulcères ou une maladie mentale.
Faire
face au stress
Étant
donné que chaque personne est différente, il n'existe
pas qu'une seule "bonne" manière de faire face
au stress. Cependant, il y a plusieurs choses
différentes que l'on peut faire pour réduire le stress
et il serait utile de considérer les solutions à court
et à long terme.
- Cernez vos problèmes. Votre travail,
votre relation avec une autre personne ou vos
soucis d'argent sont-ils une source de stress?
Est-ce que les problèmes superficiels ou peu
importants masquent des problèmes réels et plus
profonds? Lorsque vous avez une assez bonne idée
du problème, vous pouvez faire quelque chose.
- Résolvez vos problèmes. Trouvez des
solutions. Que pouvez-vous faire, et quelles
seront les conséquences? Devez-vous chercher un
travail moins stressant? Avez-vous besoin d'un
conseiller matrimonial? Devriez-vous consulter un
expert en gestion financière? Qu'arrivera-t-il
si vous ne faites rien? Si vous appliquez cette
stratégie de résolution de problèmes, vous
devriez être en mesure d'apporter certains
changements pour vous libérer de la pression.
Chacun doit tôt ou tard adopter cette méthode
pour réduire le stress à long terme dans sa
vie.
- Parlez de vos problèmes. Vous trouverez
peut-être très utile de parler de votre stress.
Vos amis et les membres de votre famille ne
réalisent peut-être pas que vous éprouvez des
difficultés. Lorsqu'ils auront compris, ils
peuvent vous aider de deux façons:
premièrement, juste en vous écoutant exprimer
vos sentiments et, deuxièmement, en suggérant
des solutions à vos problèmes. Si vous avez
besoin de parler à quelqu'un autre que votre
propre cercle d'amis et personnes apparentées,
votre médecin de famille pourra sans doute vous
référer à un conseiller en santé mentale.
- Apprenez à gérer votre stress. Un grand
nombre de bons livres, films, vidéos et cours
sont disponibles pour vous aider à faire face au
stress. Il existe aussi des conseillers
spécialisés dans ce domaine. Demandez à votre
médecin de famille de vous en recommander un. Le
collège communautaire dans votre quartier offre
peut-être des cours ou des ateliers sur la
gestion du stress.
- Libérez votre esprit de vos problèmes.
Vous arriverez peut-être à vous débarrasser
temporairement des sentiments stressants en vous
tenant occupé. Le fait de se livrer à une
occupation légère et agréable comme un
passe-temps, les sports ou autre activité peut
vous donner une "vacance mentale". Le
fait de ne pas penser à vos problèmes pour un
petit bout de temps peut vous permettre de vous
en distancer mentalement et en faciliter la
résolution plus tard.
- Diminuez la tension. L'activité physique
peut s'avérer un excellent réducteur de stress.
Prenez une marche, faites du sport, travaillez
dans votre jardin ou nettoyez la maison.
Apprendre quelques exercices de relaxation
pourrait s'avérer bénéfique. Ces exercices
peuvent tout simplement être de respirer
profondément : inspirez lentement par le nez
jusqu'à ce que vous ne puissiez plus inspirer,
et expirez ensuite par la bouche. Les étirements
sont un autre exercice facile à faire : étirez
et relaxez chaque partie de votre corps, en
commençant par le cou et ainsi de suite. Expirez
pendant l'étirement et inspirez pendant le
relâchement. Si vous prenez l'habitude de
soulager la pression que vous ressentez en vous
débarrassant de votre tension, vous serez alors
moins stressé et plus apte à résoudre les
problèmes qui ont suscité votre stress.
La
prévention du stress
Une
fois que vous aurez abaissé votre niveau de stress, il
est sage de trouver des moyens de prévenir
l'accumulation excessive de stress à l'avenir. La
meilleure façon de faire face au stress est de
l'éviter. Voici quelques bons moyens de le faire :
- Prenez des décisions. Ne pas en
prendre cause des inquiétudes et, en retour, du
stress.
- Évitez l'incertitude. Établissez
une routine hebdomadaire qui inclut les loisirs
et les tâches ménagères.
- Déléguez. Demandez aux autres
d'effectuer des tâches dont ils peuvent
s'acquitter, ce qui vous évite d'avoir à faire
tout vous-même.
Rappelez-vous
qu'il est impossible d'avoir une vie sans aucun stress.
Votre but devrait être d'éviter d'atteindre la
troisième étape du stress, c'est-à-dire l'épuisement
des réserves d'énergie. Pourvu que vous ne vous
retrouviez pas coincer dans la troisième étape de la
réaction de stress, vous éviterez le stress chronique.
Source:
Association canadienne pour la santé mentale, Bureau
national, 1993.

Journal
Entre Nous, Mars-Avril 2005
Les enfants de parents atteints d'une maladie mentale
Comme
l’indique le commentaire suivant d’une femme
souffrant de maladie mentale, les troubles mentaux
d’un parent ont un impact profond sur ses enfants.
«Tous les membres de la famille sont affectés par la
maladie mentale d’un être aimé. C’est
pourquoi il faut soigner l’ensemble de la famille.
D’une part, pour nous rassurer que nous ne sommes
pas à blâmer et que la situation n’est pas sans
espoir, et d’autre part, pour nous orienter vers des
personnes et des endroits qui peuvent aider l’être
aimé. Malgré tout, des séquelles persistent.»
En me fondant sur des études menées auprès des enfants
et d’autres membres de la famille, j’examinerai
la charge familiale commune, la vulnérabilité
particulière des enfants et l’impact de la maladie
mentale du parent sur leurs premières années, les
conséquences pour l’âge adulte et la possibilité
de rebondir d’un tel événement familial
catastrophique. J’explorerai également les besoins
et inquiétudes des enfants, ainsi que les ressources et
services offerts pour les aider à s’adapter. En
guise de conclusion, je ferai quelques suggestions.
Charge familiale commune
On
utilise souvent le terme «charge familiale» pour
décrire la force perturbatrice de la maladie mentale.
Cette charge comporte un aspect subjectif (conséquences
affectives de la maladie pour les autres membres de la
famille) et un aspect objectif (tracas quotidiens). Au
cœur de la charge subjective, on retrouve un
puissant processus de deuil. Les membres de la famille
peuvent pleurer la perte du parent qu’ils ont connu
et aimé avant le début de la maladie, la souffrance de
la famille ou encore leur propre perte. L’un des
enfants devenus adultes écrit à propos «de la perte
d’une mère en santé, d’une enfance normale et
d’un foyer stable». Un autre nous explique des
privations différentes: «J’ai perdu ma confiance
en moi, le sentiment de savoir qui je suis et ce que je
voulais accomplir. J’ai perdu l’aptitude
d’établir mes propres valeurs et objectifs, de
contrôler ma vie. J’ai perdu de vue mes propres
besoins. J’ai perdu enfin la capacité de bien
prendre soin de moi. Je ne me sens pas en harmonie avec
mes rythmes de développement normaux. Je suis devenu un
attristé chronique».
Outre
la charge subjective, les membres de la famille doivent
aussi assumer une charge objective, soit les difficultés
quotidiennes qui accompagnent la maladie mentale. Les
membres de la famille doivent apprendre à vivre avec les
symptômes de la maladie, avec la responsabilité de
prodiguer des soins, avec les contraintes du système de
santé mentale et avec la stigmatisation sociale.
Un homme décrit l’impact que la maladie mentale de
son père a eu sur sa propre vie: «Mon père était un
schizophrène paranoïaque, ce qui signifie que nous
devions souvent déménager parce qu’il était
convaincu d’être la cible d’une conspiration
dont l’étau était sur le point de se refermer sur
lui. Il battait ma mère parce qu’il croyait
qu’elle en faisait partie. Je ne pouvais venir à sa
rescousse car j’étais terrifié. Je ne pouvais non
plus développer des amitiés avec des jeunes de mon âge
car mon père estimait qu’ils empoisonneraient mon
esprit contre lui.»
Vulnérabilité
particulière des enfants
Les
jeunes enfants sont particulièrement vulnérables aux
événements perturbateurs ou traumatiques tels que la
maladie d’un proche parent. Comparés aux adultes,
les enfants ont moins d’aptitudes et de stratégies
d’adaptation, sont plus dépendants des personnes de
leur entourage et ont moins de défenses psychologiques.
En outre, compte tenu que les premières étapes du
développement sont la base des progrès ultérieurs,
tout retard ou perturbation du développement de
l’enfant peut avoir des conséquences à long terme,
y compris les séquelles de problèmes non résolus dont
les répercussions se feront sentir tout au long de sa
vie.
Notre recherche sur les enfants et les enfants devenus
adultes indique la possibilité d’un lien important
entre l’âge que l’on a au moment où
apparaissent les troubles mentaux du parent et leur
impact. Autrement dit, plus on est jeune, plus
l’impact potentiel sera grand. Voici à ce propos le
récit d’un enfant: «Je suis devenu l’enfant
modèle pour éviter à mes parents toute peine
supplémentaire. J’ai été obligé de devenir
responsable. De bien des façons, cela m’a forcé à
accomplir dans ma vie des choses que je n’aurais
peut-être pas faites autrement. J’ai passé ma vie
à fuir ce problème, me sentant coupable et impuissant,
habité de la tristesse sans fin de n’avoir pu venir
en aide. Pendant la plus grande partie de ma vie adulte,
je n’ai jamais eu le sentiment que j’avais
aussi droit au bonheur.»
Répercussions
sur l’enfance et l’adolescence
La
maladie mentale a des répercussions profondes sur les
premières années de l’enfance. Ainsi, les jeunes
enfants peuvent devenir empêtrés dans le système
psychotique de leur parent, ce qui peut avoir des
conséquences durables sur leur propre vie: «Ma mère a
été malade durant pratiquement toute ma vie. C’est
difficile pour moi de discerner lesquelles de mes
expériences sont "normales" et lesquelles ne
le sont pas. J’ai eu bien des périodes difficiles
dans ma vie et j’éprouve souvent beaucoup
d’anxiété.»
Au fur et à mesure que la maladie accapare les énergies
de leur famille, les enfants peuvent avoir le sentiment
que leurs propres besoins ont été négligés ou
qu’ils ont grandi trop rapidement. Leurs rapports
familiaux sont également affectés, et il se peut
qu’ils doivent assumer un rôle parental qui place
de lourdes responsabilités sur leurs jeunes épaules
immatures. Un enfant adulte écrit à ce propos:
«J’ai l’impression d’avoir raté le
plaisir d’être un gosse.»
Les enfants peuvent souffrir du «syndrome du
survivant», ce qui les expose à se sentir coupables
d’avoir été épargnés. La maladie du parent
pourra aussi avoir des effets néfastes sur leur vie
scolaire et leurs rapports avec des camarades. En effet,
il se peut qu’ils éprouvent un sentiment de
déviance sociale et de la difficulté à chevaucher des
mondes fort différents, à l’intérieur et à
l’extérieur de leur famille. Il se peut qu’ils
soient peu enclins à inviter leurs amis ou la jeune
personne qu’ils courtisent chez eux, dans
l’environnement imprévisible de leur famille. Voici
comment l’un d’entre eux décrit ces
appréhensions: «Une grande partie de ma jeunesse
en a été affectée. J’avais de la difficulté à
me concentrer à l’école. J’avais peur que mon
père apparaisse sur le terrain de l’école au cours
de l’une de ses crises. Je ne pouvais pas inviter à
la maison des amis de l’école de peur qu’ils
ne puissent comprendre. Ma mère était très occupée et
travaillait à temps plein pour joindre les deux bouts.
Elle n’avait donc pas tellement le temps de
m’aider à me préparer pour l’école.»
Héritage
à l’âge adulte
Même
après avoir quitté la maison, les enfants portent avec
eux un bagage d’éléments personnels,
interpersonnels, professionnels et familiaux qui
affecteront tous les aspects de leur vie adulte. Cet
héritage influencera leur perception d’eux-mêmes,
et il se peut qu’ils éprouvent des problèmes
d’identité et de respect de soi qui les laissent
sans grande confiance en eux-mêmes et avec une
dépendance malaisée de l’approbation
d’autrui. Il se peut aussi qu’ils développent
un besoin excessif de perfectionnisme et de contrôle
afin de contrebalancer leur situation familiale chaotique
et imprévisible. Souvent, ils s’inquiètent de leur
propre santé mentale:
«Alors que j’étais enfant, je me suis efforcé
désespérément de ne jamais avoir de problèmes parce
que ma famille en avait tant. Je suis devenu
perfectionniste et j’ai caché mes craintes, mes
soucis et mes besoins des autres. Du dehors, je
paraissais toujours fort, sûr de moi et capable
d’affronter quoi que ce soit. Mais en réalité,
j’avais un énorme sentiment de honte et
l’impression que je sombrais aussi dans la folie.
J’avais la hantise qu’un jour quelqu’un
découvre mon imposture.»
Cet héritage interpersonnel laissera une marque durable
sur leurs rapports d’adultes. Il est possible
qu’ils développent une variété de problèmes tels
que le sentiment d’aliénation sociale et
d’isolement, une grande difficulté à faire
confiance, une méfiance de l’intimité, une
tendance déplacée à continuer de jouer le rôle du
soignant dans leurs rapports intimes et une répugnance
à s’engager à long terme.
Presque universellement, les enfants s’inquiètent
de leurs responsabilités de soignant à l’égard de
leur parent. Voici le témoignage d’une
femme: «À partir de l’âge de 18 ans,
j’ai pris soin de ma mère qui a vécu avec moi
jusqu’à sa mort. Je me suis mariée, j’ai eu
des enfants et je me suis occupée de ma mère durant ma
vie entière. Cette situation a causé beaucoup de stress
émotionnel à notre famille. Chaque expérience
stressante de la vie provoquait une crise dans laquelle
les hallucinations et les illusions de ma mère étaient
exacerbées.»
Risques
et résilience
Les
troubles mentaux d’un parent sont certes un
événement catastrophique pour leurs enfants. Outre la
charge familiale qu’ils assument, ces derniers
risquent de souffrir d’une réaction traumatique qui
leur cause une détresse émotive et physique profonde,
voire d’une réaction post-traumatique qui persiste
pendant des mois et même des années.
Cela dit, il est clair que les enfants ont aussi en eux
la résilience nécessaire pour résister au malheureux
événement qui afflige leur famille. La résilience est
la capacité de rebondir de l’adversité et de
surmonter les épreuves de la vie. Comme l’affirme
un membre de famille: «Je peux maintenant dire, comme
dans cette vieille publicité de papier aluminium, que
j’ai été "trempé au fourneau" pour plus
de résistance et de souplesse».
Nos travaux de recherche nous ont permis de déceler les
indices de cette résilience. Une grande majorité (86 %)
des participants ont répondu que les troubles mentaux de
leurs familles avaient tout de même eu des conséquences
positives. Ils nous ont dit qu’ils étaient devenus
des personnes plus fortes et meilleures, et qu’ils
étaient capables de faire preuve de plus
d’empathie, de compassion, de tolérance et de
compréhension. Ils nous ont aussi dit avoir des
attitudes et des priorités plus saines et mieux
apprécier la vie.
Le
prix à payer pour cette résilience est cependant
élevé, car elle s’accompagne souvent de sentiments
intenses d’angoisse et de perte, comme en atteste le
témoignage suivant: «Mes années d’adolescence ont
été remplies d’une peur irrationnelle.
J’avais le sentiment d’être d’une
certaine façon responsable. J’éprouvais aussi
beaucoup de ressentiment envers ma mère. J’étais
à la fois incapable de fuir et rongé de culpabilité.
Progressivement cependant, j’ai compris que la
maladie mentale de ma mère ne constituait qu’une
partie de ma vie. J’ai en plus une vie, des rêves
et des projets d’avenir. En raison de sa maladie,
j’ai développé une grande force, de la discipline
et une stabilité personnelle.»
Besoins
et préoccupations des enfants
Dans
notre étude, nous avons demandé aux jeunes enfants et
aux enfants adultes d’évaluer l’importance
relative de divers besoins au cours de l’enfance, de
l’adolescence et de l’âge adulte. À chaque
étape du développement, nos travaux ont indiqué que
les enfants partagent trois besoins fondamentaux avec les
autres membres de leur famille. Premièrement, ils ont
besoin d’information sur la maladie mentale et ses
conséquences pour leur famille. Ainsi que l’affirme
l’un des enfants adultes: «C’est le fait
d’être bien informé qui m’a empêché de
sombrer dans le désespoir.» C’est en effet ce qui
permet de nommer et d’apprivoiser des troubles
souvent incompréhensibles et terrifiants pour les
membres de la famille.
Deuxièmement, les enfants ont besoin d’acquérir
des compétences qui les aideront à faire face à la
maladie mentale et à son impact sur leur vie. Ils
doivent savoir comment réagir aux symptômes de la
maladie, à leurs inquiétudes et à leur stress.
Troisièmement, ils ont besoin qu’on les épaule et
les appuie. Comme l’un d’eux l’explique:
«Le sentiment d’isolement est profond.» Il leur
est possible d’obtenir un certain appui de leur
famille et d’amis, de professionnels et
d’autres fournisseurs de services et enfin de la
NAMI (anciennement, la National Alliance for the Mentally
Ill). Voici quelques suggestions d’un enfant adulte
pour combler ces besoins:
«Assurez-vous
que les enfants savent qu’il s’agit d’une
maladie, qu’elle a un nom et que beaucoup de
personnes en souffrent. Cette maladie ne résulte
aucunement de leurs actions ni d’un mécontentement
de leurs parents à leur égard. Il existe des
traitements et des médicaments pour la soigner, tout
comme pour une maladie cardiaque. Expliquez-leur les
comportements auxquels ils doivent s’attendre et que
faire et dire si ceux-ci se manifestent. Encouragez-les
enfin à en parler.»
En plus de leur besoin d’information, de
compétences et d’aide, bon nombre d’enfants
doivent également apprendre à reconnaître que leurs
besoins et désirs sont également importants. Il arrive
trop souvent qu’ils nient ou minimisent leurs
propres besoins dans leurs efforts pour subvenir à ceux
de leur famille:
«J’ai
49 ans et c’est seulement maintenant que
j’apprends à être moi. Je commence à savoir ce
que je veux et qui je suis en réalité. À la maison,
j’avais entièrement subordonné mon comportement à
la nécessité de maintenir l’équilibre familial.
Je me sentais responsable du bonheur de chacun. Je
croyais qu’il m’incombait personnellement de
guérir les malaises émotionnels d’autrui.
J’ai développé ainsi l’habitude de faire
passer les autres en premier, et j’ai perdu mon
identité dans mes rapports avec eux.»
Les jeunes enfants et les enfants adultes de parents qui
souffrent de troubles mentaux partagent beaucoup
d’autres inquiétudes. Les préoccupations suivantes
sont celles que nous mentionnons le plus souvent dans nos
travaux de recherche: l’inquiétude à propos des
soins à prodiguer à leur parent, la perturbation de la
famille, la difficulté d’équilibrer les besoins
personnels et ceux de la famille, le sentiment que leurs
propres besoins n’ont pas été satisfaits, le
sentiment d’impuissance et de désespoir, une faible
estime de soi, le sentiment de culpabilité,
l’émoussement psychique, des difficultés par
rapport à l’intimité, le sentiment de n’avoir
pas eu d’enfance, la dépression personnelle.
Source: Diane T. Marsh, PhD, professeure de psychologie
à l’Université de Pittsburgh. Extrait d’un
article paru dans Family Connections, printemps
2000.

Journal
Entre Nous, Janvier-Février 2005
Le curateur public
Le 16 novembre dernier, avait lieu la dix-huitième
clinique offerte aux membres de l’APPAMM-ESTRIE.
Onze (11) personnes ont assisté à cette soirée,
en compagnie de Mme Claire Loubier, coordonnatrice pour
le point de service de Sherbrooke et Victoriaville, au
Curateur public du Québec .
Nous présentons ici un résumé du contenu abordé
lors de cette rencontre.
Un régime de protection doit être ouvert au
bénéfice d’une personne majeure lorsque trois
conditions fondamentales sont réunies:
Besoin ou non d’un régime de protection?
L’ouverture d’un régime de protection
permet d’assurer la protection de la personne
inapte, l’administration de ses biens et
l’exercice des ses droits civils. Il existe
cependant des situations où une personne inapte n’a
aucun besoin de protection, parce qu’elle est bien
entourée par son conjoint ou un membre de sa famille, ou
que ses biens sont administrés de façon efficace.
Si un régime de protection est nécessaire, celui-ci
peut être privé ou public.
Dans le cas d’un régime privé, le représentant
légal de la personne est une personne de la famille ou
un proche, plutôt que l’État.
Si la personne est isolée, n’a pas de famille ou
lorsque les membres de sa famille ou ses proches ne
peuvent ou ne veulent assurer cette fonction, c’est
le Curateur public qui est nommé représentant légal,
par le tribunal. On fait alors référence à un régime
public.
Les régimes de protection
Les régimes de protection visent:
- à assurer la protection de la personne,
- à assurer l’administration de ses
biens,
- à assurer l’exercice de ses droits,
selon le besoin de protection de la personne et son
degré d’inaptitude.
Ainsi, si une personne majeure devient inapte à
prendre soin d’elle-même ou à administrer ses
biens, suite à une maladie, une déficience, un
affaiblissement dû à l’âge qui altère ses
facultés mentales ou son aptitude physique à exprimer
sa volonté, il est possible de demander l’ouverture
d’un régime de protection pour elle. Le régime de
protection sera choisi en tenant compte des capacités de
la personne. Ce sont les évaluations médicale et
psychosociale qui détermineront le degré
d’inaptitude de la personne.
Le tuteur au majeur est nommé par le tribunal sur la
recommandation d’une assemblée de parents,
d’alliés ou d’amis. Il est le représentant
légal d’une personne qui est inapte, de façon
partielle ou temporaire, à prendre soin
d’elle-même ou à administrer ses biens.
L’étendue des responsabilités du tuteur est
déterminée par le jugement de tutelle qui l’a
nommé et par le Code civil du Québec. Ainsi, la
personne inapte peut faire certains actes seule ou avec
l’assistance de son tuteur et celui-ci devra la
représenter pour certains autres.
Le tuteur peut être nommé à la personne et aux
biens, à la personne seulement ou encore aux biens
seulement. Ces responsabilités peuvent aussi être
partagées entre deux personnes.
Le curateur au majeur est nommé par le tribunal sur
la recommandation d’une assemblée de parents,
d’alliés ou d’amis. Il est le représentant
légal d’une personne qui est inapte, de façon
totale et permanente, à prendre soin d’elle-même
et à administrer ses biens. Il représente la personne inapte dans tous les actes
civils. À noter cependant que, tant en ce qui concerne la
tutelle que la curatelle, la personne représentée
conserve notamment le droit de refuser un traitement,
malgré son inaptitude. Si le Curateur public n’est pas le représentant
légal de la personne inapte, son rôle consiste alors à
informer le tuteur ou le curateur privé sur la façon de
remplir leurs obligations, de même qu’à surveiller
leur gestion, afin qu’elle soit faite dans
l’intérêt de la personne inapte.
Le mandat en cas d’inaptitude
Le mandat en prévision de l’inaptitude est
également reconnu comme mesure de protection d’un
majeur inapte.
Avec ce mandat, une personne majeure qui est apte,
c’est-à-dire qui est en pleine possession de ses
facultés et capable d’exercer ses droits, peut
confier à une personne en qui elle a confiance, la
responsabilité de prendre soin d’elle et/ou
d’administrer ses biens si elle devenait incapable
de le faire elle-même.
Le mandat en cas d’inaptitude permet à la
personne majeure d’exprimer ses volontés, alors
qu’elle est apte à le faire et, lorsqu’il est
complet, de lui assurer une protection suffisante, sans
qu’il soit nécessaire d’ouvrir un régime de
protection, advenant son inaptitude.
Tout comme pour l’ouverture d’un régime de
protection, la condition essentielle pour rendre valide
un mandat est que la personne qui en fait l’objet
soit déclarée inapte à prendre soin d’elle-même
et à gérer ses biens. De plus, il faut adresser une
demande d’homologation du mandat à un notaire. Il
effectuera les opérations nécessaires afin de rendre
exécutoire le mandat et de vous autoriser ainsi à
remplir vos fonctions. Le processus permettant de rendre
exécutoire le mandat est plus simple et plus rapide, que
celui menant à l’ouverture d’un régime de
protection.
Rédaction:
Annie Goudreau

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