
Journal
Entre Nous, Novembre-Décembre 2006
Vivre avec une personne souffrant d'un TPL
Par
Michel Gagnon, M. Ps.
Quiconque
a côtoyé le moindrement une personne souffrant d'un
trouble de la personnalité borderline (TPB) peut
facilement comprendre à quel point la vie de ces
personnes est un "enfer", et à quel point ces
personnes font vivre un "enfer" à leur
entourage (conjoints, parents, amis). Et comme ces
personnes provoquent ce qu'elles craignent le plus, soit
le rejet ou l'abandon, elles se retrouvent
immanquablement dans un cercle vicieux
"infernal" ne faisant qu'accentuer leur
détresse et rendant la vie de leur entourage encore plus
"infernale". Il y a lieu de se demander ce
qu'on peut faire pour aider l'entourage à ne pas sombrer
dans le désespoir, le rejet et la culpabilité. Ces gens
ont besoin de soutien, mais aussi d'information adéquate
et de coaching pour mieux comprendre leur proche
souffrant d'un trouble de la personnalité borderline et
pour mieux interagir avec lui afin de réduire les
tensions au lieu de les accentuer.
Informer
et coacher
Autant
les personnes borderline elles-mêmes que leurs proches
ont très souvent une fausse conception d'un trouble de
la personnalité, accentuant inutilement la peur et le
découragement. Ainsi, le trouble de la personnalité,
particulièrement borderline, est souvent associé à la
folie (genre schizophrénie), à la personnalité
multiple (qui est plutôt un trouble dissociatif
sévère), à la psychopathie, à la délinquance, voire
à la "possession" diabolique, ou encore tout
simplement à de la mauvaise volonté et de la
méchanceté.
Il
est donc important d'expliquer, le plus simplement
possible, que la personnalité d'un individu regroupe
l'ensemble de ses façons de penser, de réagir
émotivement et de se comporter dans ses relations
interpersonnelles et vis-à-vis du défi de la vie. En
partie innés, avec des degrés de vulnérabilité
variables (prédispositions génétiques et biologiques),
ces traits de personnalité vont se développer et se
structurer selon les expériences psychosociales vécues
dès la naissance. Ainsi, plus un individu est fragile et
vulnérable et vit des expériences psychosociales
traumatisantes et néfastes, plus ses traits de
personnalité risquent de devenir excessifs et rigides,
développant ce qu'on appelle un trouble de la
personnalité pouvant nuire à ses relations
interpersonnelles et à sa capacité d'adaptation aux
situations de la vie. On peut donc situer l'individu sur
un continuum entre le fonctionnement optimal et le
trouble de la personnalité. L'objectif poursuivi sera
toujours de permettre à l'individu d'utiliser de la
façon la plus optimale possible les éléments positifs
de sa personnalité, quelle qu'elle soit. Ainsi, avoir
une personnalité borderline n'est pas pathologique en
soi. Au contraire, au degré optimal de
fonctionnement, la personnalité borderline peut
manifester les caractéristiques suivantes :
sensibilité, intuition, perspicacité, introspection,
honnêteté, authenticité, passion, créativité, sens
artistique, conscience sociale, sens de la justice,
humour, énergie, compassion, spontanéité, curiosité,
ouverture d'esprit, joie de vivre. Il est donc important
de reconnaître ce potentiel et de le transmettre autant
à la personne elle-même qu'à son entourage.
Caractéristiques
d'un TPB
et leur impact sur l'entourage
Voici
un échantillon des caractéristiques les plus souvent
rencontrées. Plus une personne se reconnaît dans ces
caractéristiques (en intensité et en quantité), plus
elle risque de manifester un trouble de la personnalité
borderline. L'impact possible de chacune de ces
caractéristiques sur l'entourage est aussi brièvement
décrit ainsi que les façons de réduire l'ampleur de
cet impact.
1.
Hypersensibilité à l'abandon, réelle ou
imaginée, reliée à une incapacité de vivre la
solitude, et efforts excessifs pour l'éviter (rage,
colère, menaces, supplications, etc.). L'entourage se
sentira facilement coupable dans de telles circonstances
et c'est normal. Qu'il s'agisse d'un abandon réel
(rupture définitive de la part du conjoint) ou imaginé
(absence temporaire pour une raison quelconque, que ce
soit le travail ou autre chose), il est préférable de
ne pas se soumettre au besoin de la personne borderline
d'éviter l'abandon, même si ça peut être efficace à
court terme (soulagement de sa détresse et de notre
culpabilité), car la situation deviendra de plus en plus
insoutenable et frustrante à plus long terme, avec un
désir de rejet encore plus pénible à vivre pour tout
le monde.
2.
Relations interpersonnelles intenses, très
chargées émotivement et instables, alternant entre des
sentiments extrêmes et opposés : l'idéalisation
lorsque l'autre semble combler le sentiment de vide et de
désespoir, et la dévaluation à la moindre déception
ou frustration; attitude fusionnelle insécure et
possessive; faible tolérance à une relation calme ou
neutre; besoins affectifs intenses vs peur d'être
profondément blessé. Il est très important de ne
pas se laisser prendre dans une situation fusionnelle,
même si ça peut être valorisant de se sentir admiré,
car personne ne peut être toujours à la hauteur et
disponible, et ainsi éviter de décevoir la personne
borderline. Il faut donc transmettre le plus rapidement
possible l'idée de limites et d'autonomie, qu'on ne peut
toujours être disponible et que la personne borderline
n'a pas toujours besoin de notre présence. Il est
important de garder le plus possible son calme en le
faisant, même si la personne borderline le tolère mal,
car c'est ce qui permettra, à la longue, de rassurer
véritablement cette personne.
3.
Instabilité affective reliée à une très grande
sensibilité et vulnérabilité aux événements, aux
situations ou aux remarques négatives des autres,
provoquant des réactions intenses d'irritabilité, de
dépression, d'anxiété, de rage et de désespoir;
amplification rapide des sentiments; fluctuations
d'humeur sans raison apparente. Ceci peut être vraiment
éprouvant, décourageant et insupportable pour
l'entourage. Il est donc important de ne pas se laisser
envahir par ces émotions qui appartiennent à la
personne borderline. C'est ainsi qu'on sera en mesure de
lui exprimer une certaine compréhension et de la
compassion tout en imposant nos limites claires et fermes
en exprimant nos propres sentiments plutôt que
d'accentuer l'intensité émotionnelle en étant
accusateur ou en jugeant cette personne. Il est important
de conserver son identité propre, ses émotions, et de
ne pas s'identifier à la détresse de la personne
borderline; il ne faut pas craindre d'affirmer sa
différence dans sa façon de voir les choses et de
réagir. La personne borderline en sera peut-être
frustrée sur le coup, mais elle sera probablement
rassurée par la suite de voir qu'elle n'arrive pas à
nous perturber et nous en sera reconnaissante. Si on se
sent envahi par les émotions de l'autre, il y a lieu de
se questionner sur sa propre dépendance vis-à-vis de
cette personne.
4.
Difficulté à contrôler la colère, qui est
exprimée souvent de façon intense, violente,
imprévisible et inappropriée, et qui peut disparaître
aussi rapidement; ou difficulté à exprimer de la
colère de peur de perdre le contrôle. L'entourage reste
souvent perturbé plus longtemps par les accès de
colère de la personne borderline, alors que pour
celle-ci, tout est, habituellement, oublié rapidement.
Il s'agit donc de ne pas dramatiser outre mesure ces
accès de colère, tout en affirmant quand même
certaines limites acceptables. Il ne faudrait pas
ridiculiser les accès de colère (ce qui ne ferait que
les accentuer), mais les prendre avec un certain
détachement et de l'humour (mais aussi de la
compréhension), ce qui dédramatiserait la situation,
car pour la personne borderline, ce n'est souvent pas
aussi dramatique qu'il n'y paraît (elle a simplement
besoin de laisser sortir de la vapeur).
5.
Difficulté à apaiser soi-même sa détresse en
pensant simplement à quelqu'un qui l'aime ou
l'apprécie; besoin de la présence physique de l'autre
pour y arriver; faible tolérance à la détresse reliée
à une carence d'expériences positives. Voir le point 2.
6.
Trouble de l'identité, avec une image de soi
instable, un sentiment d'être morcelé, de se donner
différentes identités selon l'interlocuteur, et un
sentiment chronique de vide intérieur. L'entourage se
sent souvent démuni devant ce genre d'attitude. Il est
important d'encourager la personne borderline à exprimer
ce qu'elle pense et ressent vraiment tout en validant ce
qu'elle exprime, et de lui faire part des qualités qu'on
reconnaît en elle (voir les caractéristiques positives
mentionnées plus haut), de ses bons côtés, de sa
valeur comme personne méritant d'être respectée et
aimée.
7.
Recherche de sensations fortes dans des
comportements impulsifs potentiellement dangereux ou
dommageables (abus de substances, boulimie, conduite
automobile téméraire, comportement sexuel à risque,
dépenses excessives, jeu, vol à l'étalage) dans le but
de combler le sentiment de vide, de se créer une
identité ou de soulager sa grande douleur. Ce type de
comportement devient facilement irritant ou troublant
pour l'entourage. Il est important alors d'être sensible
à la détresse sous-jacente à ces comportements
excessifs et de communiquer cette compréhension en
évitant de juger ou de condamner, mais en confrontant la
personne aux risques qu'elle prend tout en exprimant nos
préoccupations et notre attachement. D'un point de vue
plus positif, il peut être stimulant de se laisser
influencer par ces personnes en s'ouvrant aux
découvertes, aux nouveautés, aux fantaisies, tout en
étant bien en contact avec soi-même et attentif à ses
limites personnelles.
8.
Menaces ou gestes suicidaires et d'automutilation
dans le but de crier ou de soulager sa détresse
insoutenable. Voir le point 7. Il ne faut surtout pas
jouer au thérapeute mais plutôt exprimer à cette
personne notre attachement, notre inquiétude et nos
limites, et l'inciter à se procurer de l'aide
professionnelle.
9.
Pauvre estime de soi, sentiment de honte, image
négative de soi (impression d'être sans valeur, d'être
un monstre, d'être méchant et démoniaque), provoquant
parfois un besoin de se considérer comme un être
meilleur ou supérieur aux autres, s'imposant des
standards perfectionnistes, ayant une perception de soi
irréaliste et une difficulté à accepter l'échec;
besoin d'être valorisé, de recevoir l'approbation et la
reconnaissance des autres. Voir le point 6.
10.
Moments passagers d'idées paranoïdes ou de
symptômes de dissociation (impression de ne pas être
là, de perdre contact avec soi-même, de se sentir
étranger, irréel, engourdi) en réaction à un stress
intense. Il est très compréhensible que de telles
situations soient inquiétantes pour l'entourage. Il ne
faut pas perdre de vue que ce sont des réactions
temporaires à une situation de stress (et non une
maladie chronique) et que la personne retrouve
généralement son état normal assez rapidement. Il faut
donc rassurer la personne borderline à ce sujet, mais si
ces réactions sont fréquentes et excessives, on peut
aussi lui suggérer d'aller chercher de l'aide
professionnelle et souligner qu'il existe des
médicaments pouvant réduire l'intensité de ces
réactions et donc lui être utiles.
11.
Peur de la folie (que les émotions intenses et
les comportements excessifs hors contrôle soient des
signes de folie). Il est souvent dramatique que
l'entourage développe cette perception de folie et la
transmette à la personne borderline par manque
d'information. Il est donc important de bien s'informer
sur ce qu'est un trouble de la personnalité borderline
et d'en faire part à la personne concernée, afin d'en
avoir une perception plus réaliste qui sera aussi
transmise à cette personne.
12.
Besoin de compenser un manque de contrôle sur
soi-même et sur sa vie en contrôlant et en manipulant*
les autres. Ce genre de comportement est irritant pour
l'entourage. Il est faux de prétendre qu'il ne faut
jamais se laisser manipuler par une personne borderline
en craignant qu'elle en abuse. On se retrouve alors dans
une guerre de pouvoir qui n'en finit plus. Comme avec un
enfant, il est préférable de tolérer un certain degré
de manipulation. Il devient alors plus facile pour cette
personne d'accepter éventuellement des limites, si elle
se sent comprise et si elle sent qu'il y a une certaine
tolérance.
13.
Révolte contre l'autorité, les règles, les
injustices; ressentiment, insatisfaction, envie;
impression de ne pas avoir droit au bonheur; sentiment
d'avoir subi des injustices et qu'alors quelque chose lui
est dû. Un tel comportement devient rapidement
insupportable et décourageant pour l'entourage. Il est
important de reconnaître et de valider les sentiments de
cette personne, de lui apporter un soutien, mais en même
temps de la confronter aux réalités de la vie, au fait
qu'il est impossible d'éviter ou de réparer toutes les
injustices même s'il est important de les dénoncer, et
que vivre implique aussi une capacité à faire des
concessions.
14.
Très grande sensibilité aux autres; capacité à
percevoir les points sensibles et vulnérables des
autres, à comprendre ce qu'ils ressentent tout en ayant
parfois de la difficulté à en tenir compte ou en s'en
servant pour blesser les autres. Ceci peut être très
troublant pour l'entourage. Il faut donc être prêt à
être confronté à sa propre détresse, à être touché
à ses points sensibles et vulnérables afin de se sentir
moins fragile à ces attitudes. Sinon, il y a peut-être
lieu d'aller chercher de l'aide pour soi-même.
15.
Bonnes compétences et capacités de performance,
malgré de grandes carences, dans certaines situations ou
certains domaines (artistique, sportif, etc.) et perte de
moyens dans d'autres situations, ce qui est souvent
difficile à comprendre pour l'entourage. Il est
important de bien reconnaître et valoriser les
compétences tout en évitant de juger négativement les
carences. Il faut encourager alors cette personne à
persister pour améliorer ses carences en lui rappelant
les compétences qu'elle a par ailleurs et ses
caractéristiques positives.
Outil
d'information et de coaching
Différents
moyens peuvent être utilisés pour transmettre cette
information et apporter de l'aide aux familles des
personnes souffrant d'un trouble de la personnalité
borderline. Personnellement, j'ai trouvé fort utile de
condenser l'information décrite plus haut en un
dépliant qui peut être facilement distribué dans
différentes cliniques ou ressources communautaires. J'ai
aussi pris l'habitude de donner ce dépliant à chaque
client borderline que je rencontre, autant pour son
intérêt que pour celui de ses proches, avec lesquels le
client peut discuter le contenu.
Un
tel dépliant peut donc servir de base de discussion, de
soutien et d'aide auprès des proches des personnes
borderline. Plusieurs formules peuvent alors être
envisagées : rencontre du client accompagné de ses
proches en entrevue, rencontre des proches sans le
client, rencontre de groupe avec les proches en milieu
clinique ou dans les ressources communautaires, etc.
Michel
Gagnon est psychologue aux services externes de
psychiatrie à l'Hôpital du Haut-Richelieu.
Source :
Psychologie Québec - Le magazine de l'Ordre des
psychologues du Québec, Volume 22 - Numéro 3 - Mai
2005, www.ordrepsy.qc.ca

Journal
Entre Nous, Septembre-Octobre 2006
Quand la créativité frise l'obsession
Avez-vous vu le film «L’Aviateur» de Martin
Scorsese mettant en vedette Leonardo DiCaprio? Ce drame
biographique raconte la vie d’Howard Hughes, chef
d’entreprise américain qui est devenu un leader de
l’industrie aéronautique dans les années 1930-40.
Certains le qualifient de milliardaire excentrique qui a
terminé sa vie en reclus, complètement isolé du monde
extérieur, d’autres le voient comme un génie
devenu complètement fou au fil des années.
«Ses
comportements sont exagérés!» me direz-vous. Pourtant,
cet homme considéré comme un pionnier de
l’aviation a souffert d’un trouble
d’anxiété bien connu de nos jours: le trouble
obsessionnel-compulsif (TOC). Est-il devenu complètement
fou? Loin de là! Posez-vous la question: «Aurait-il
été capable de mettre sur pied des entreprises qui ont
généré des milliards de dollars et d’établir le
record du monde de la traversée des États-Unis en avion
(1937), s’il avait été complètement fou?» Les
individus qui souffrent de cette maladie demeurent
habituellement fonctionnels. Howard Hughes a su tirer
profit de son imagination en créant des avions
révolutionnaires. Par contre, en période de stress
intense, sa créativité frisait l’obsession. Il
devenait complètement coupé du monde extérieur en
s’enfermant dans une pièce!
Qu’est-ce
que le trouble obsessionnel-compulsif (TOC)? Cette
maladie se caractérise par la présence
d’obsessions et de compulsions. L’obsession est
une pensée intrusive qui prend la forme d’un doute
et qui provoque de l’anxiété. Par exemple, tout
comme Howard Hughes, l’individu aux prises avec des
obsessions de contamination a peur d’être
contaminé par des microbes. Le doute apparaît sous la
forme suivante: peut-être que mes mains sont
contaminées? En réaction au doute et pour réduire
l’anxiété ou prévenir les dangers,
l’individu prend plusieurs précautions en faisant
des rituels ou des compulsions. Il peut, par exemple, se
laver les mains plusieurs fois par jour ou éviter de
toucher à certains objets. Les compulsions sont donc des
comportements répétitifs utilisés pour réduire
l’inconfort causé par les obsessions. Évidemment,
cette maladie cause énormément de souffrance. D’un
côté, l’individu réalise la plupart du temps que
ses rituels n’ont aucun sens, mais de l’autre
côté, il se sent obligé de les exécuter.
Les gens
qui souffrent d’un TOC ont tendance à grossir les
dangers. Imaginez que vous essayez une nouvelle paire de
lunettes avec des verres qui grossissent et déforment
les objets. Comment vous sentiriez-vous? Sûrement
inconfortable! Une petite mouche considérée
habituellement inoffensive deviendrait subitement grosse,
répugnante et menaçante. L’individu aux prises
avec des obsessions surestime donc la probabilité que
survienne le danger parce qu’il voit ce danger à
travers des lunettes grossissantes. Par exemple, Howard
Hughes voyait des dangers un peu partout. Il avait
l’impression que son monde était contaminé.
L’objectif de la thérapie cognitive est
d’aider l’individu à enlever ses lunettes
grossissantes pour les remplacer par des lunettes qui ne
déforment plus l’environnement. Quand à elle, la
thérapie comportementale permet à l’individu
d’affronter ses peurs et de briser le cercle vicieux
qui maintient le problème. Il a été démontré que si
l’individu s’expose assez fréquemment à la
situation qu’il redoute et ce, en s’empêchant
de faire des rituels, l’anxiété finit par diminuer
avec le simple passage du temps. Par exemple, la peur des
microbes peut éventuellement disparaître si la personne
ne se lave pas les mains aussi fréquemment. Elle vivra
de l’anxiété dans le moment présent, mais en
vivra beaucoup moins à long terme.
Revenons à Howard Hughes et à
son esprit créateur. On pourrait dire que le TOC prend
racine dans l’imagination. Pour bien comprendre
cette maladie, imaginez qu’il s’agit d’un
petit diable, assis sur votre épaule, qui vous suit 24
heures sur 24, 365 jours par année. Vous pensez
qu’il s’agit d’une comparaison douteuse?
Attendez un peu, vous allez comprendre. Ce petit diable
carbure au doute, c’est-à-dire qu’il doit vous
faire douter pour rester en vie. C’est sa seule
façon d’exister. Il prend un malin plaisir à semer
le doute et ainsi vous obliger à faire des rituels. Par
exemple, en quittant votre domicile, il vous murmure à
l’oreille les questions suivantes: «Es-tu certain
que la porte et bien barrée? As-tu bien vu?» Vous devez
alors faire une deuxième vérification, puis une
troisième et ainsi de suite... Il peut également, tout
comme chez Howard Hughes, vous poser les questions
suivantes mille fois par jour: «Es-tu certain que tes
mains sont bien lavées? Peut-être qu’il y a
toujours des microbes sur tes mains et que tu pourrais
attraper une maladie?» On pourrait dire que le petit
diable vous incite à imaginer le pire (ex.: contracter
une maladie incurable) pour vous embarquer dans son jeu
et ainsi vous obliger à faire des rituels. Il utilise
donc votre imagination contre vous. C’est sa seule
façon d’exercer un contrôle et d’arriver à
ses fins. Par exemple, il dictait à Howard Hughes de se
laver les mains plusieurs fois par jour en utilisant le
même savon qu’utilisait sa mère lorsqu’il
était jeune. C’est en suivant méticuleusement ces
règles qu’il pouvait prévenir le pire à ses yeux,
c’est-à-dire la contamination ou la maladie. Vous
comprenez maintenant en quoi le TOC se compare à un
petit diable et comment l’imagination peut jouer des
tours. On dit alors que la créativité frise
l’obsession!
Source:
Sébastien Grenier, M.Ps., Ph.D. (Candidat), Psychologue,
Centre de recherche Fernand-Seguin, Hôpital Louis-H.
Lafontaine, Montréal.

Journal
Entre Nous, Juillet-Août 2006
Diminuer la culpabilité
Les
êtres humains sont ainsi faits qu’ils éprouvent
des émotions; certaines sont agréables comme
l’amour que nous éprouvons pour quelqu’un ou
encore, la joie immense que nous ressentons à
l’annonce d’une bonne nouvelle, etc.
D’autres sont désagréables, telles la colère, la
culpabilité, etc. Ces dernières suscitent en nous un
malaise (pour ne pas dire un «mal être») qui, bien
qu’il soit parfois difficile à identifier,
n’en est pas moins présent. La culpabilité est
ressentie par rapport à différentes situations. Par
exemple, vous pouvez l’éprouver lorsque vous
refusez de recevoir votre proche à souper parce que vous
aviez déjà d’autres projets: vous pourriez alors
être partagé entre la conviction «rationnelle» que
vous avez fait ce que vous devriez faire pour votre
propre bien-être, tout en ayant en tête cette petite
voix vous disant que vous auriez peut-être pu annuler ou
reporter vos projets... Comment peut-on se sortir de ce
dilemme intérieur?
Dans un
premier temps, il ne faut pas nier qu’on ressent de
la culpabilité. Certains espèrent qu’elle
disparaisse toute seule; même si vous essayez de
l’oublier, vous serez tôt ou tard forcé de
l’affronter. D’autre part, il est vrai que nous
pouvons exprimer nos émotions négatives (comme la
culpabilité) avec force, pour ne pas dire avec fracas.
Par exemple, en rapport avec la situation mentionnée
plus haut, vous pourriez vous mettre en colère et dire
à votre proche qu’il exagère, qu’il vous en
demande trop, que vous aussi vous avez une vie, etc.
Cette «sortie» pourrait vous soulager pour un moment,
mais il y a fort à parier que la culpabilité refera
surface, insidieusement, tôt ou tard. Pour arriver à
faire diminuer le sentiment de culpabilité, il apparaît
préférable de remonter à la source de l’émotion.
Pourquoi éprouvez-vous de la culpabilité? Parce que
votre proche vous a demandé s’il pouvait aller
prendre un repas chez vous et que vous avez refusé,
alors que vous croyiez que vous n’auriez pas dû le
faire? Vous avez pu refuser pour plusieurs raisons; vous
aviez déjà des projets, vous n’aviez pas fait
l’épicerie ou tout simplement, vous n’en aviez
pas envie. Si vous vous sentez coupable parce que vous
n’aviez pas envie de recevoir votre proche,
dites-vous que vous avez le droit de refuser et que cela
ne fait pas de vous une mauvaise personne.
De plus,
ne pensez-vous pas que vous étiez mieux de refuser
plutôt que de l’accueillir avec un «air bête»?
Ceci n’est qu’un exemple parmi tant
d’autres. La même logique s’applique à de
nombreuses autres situations. Le sentiment de
culpabilité risque de surgir lorsque vous choisissez vos
désirs plutôt que ceux des autres. Il est cependant
important que vous preniez conscience que même si la
décision de vous consacrer du temps suscite chez vous de
la culpabilité, ces émotions sont particulièrement
utiles pour vous permettre de refaire le plein
d’énergie. C’est d’abord en étant
disponible pour vous-même que vous pourrez plus
facilement être disponible aux autres. Et qui a dit que
les demandes d’autrui devaient primer sur vos
désirs?
En
conclusion, ne pensez pas que vous pourrez changer vos
attitudes ou vous défaire du sentiment de culpabilité
du jour au lendemain. C’est un travail de longue
haleine, mais à mesure que vous cheminerez dans cette
démarche, il vous sera toujours un peu plus facile de
vous affirmer et de respecter vos désirs sans vous
sentir coupable.
Source:
Bulletin L’Étincelle, vol. 12, no 3.

Journal
Entre Nous, Mai-Juin 2006
Prendre le bon virage
La conscience de la maladie et la fidélité au
traitement
Les effets dévastateurs de la
schizophrénie peuvent être grandement atténués et
même éliminés par la prise régulière d’une
médication appropriée, mais environ la moitié des
patients cessent de prendre leurs médicaments après les
huit premiers mois de traitement.
Qu’arrive-t-il
alors à la plupart d’entre eux? Un tragique retour
des idées délirantes et d’inévitables
hospitalisations. Les raisons pour lesquelles les
patients refusent la médication sont complexes mais
fondamentalement, la résistance d’un individu à
accepter de prendre «des pilules» n’est pas
uniquement le fait des personnes souffrant de troubles
psychotiques.
«Nous
sommes tous de mauvais patients» affirme Dona Wirshing,
professeur associée à l’Université de Californie.
Elle estime que la fidélité au traitement des personnes
souffrant de schizophrénie est probablement la même que
celle de ses collègues enseignants universitaires qui
doivent prendre une médication pour traiter leur
hypertension.
Un chef
de file dans la recherche sur la médication est
d’avis que le principal obstacle à la fidélité au
traitement chez les personnes souffrant de schizophrénie
est relié à lnous sommes ’évolution de la
maladie. Au début de la maladie, dit-il, confrontés à
tout un lot de dynamiques diverses. Un patient qui vient
de recevoir un diagnostic de schizophrénie nconscience
de ce ’a souvent absolument aucune qui lui arrive.
«Pourquoi devrai-je prendre des pilules alors que ne je
suis pas malade?» affirme-t-il.
Il est
difficile de contrer cet argument au début de la
maladie, mais d’éventuelles rechutes et des
hospitalisations subséquentes peuvent amener le patient
à prendre conscience de la dure réalité de la
schizophrénie. Malheureusement, il faut souvent
jusqu’à six hospitalisations avant que la personne
accepte de prendre sa médication de façon régulière.
Kim
Barrett, une patiente demeurant au Vermont, a vécu le
circuit allant du refus à l’acceptation finale du
traitement. Cela lui a toutefois pris presque 15 ans pour
arriver à la fin du voyage. Elle est maintenant autonome
et a intégré à sa routine quotidienne la prise
régulière de ses médicaments trois fois par jour. Elle
reconnaît aujourd’hui que son refus de prendre des
médicaments au début de sa maladie, d’accepter
qu’elle en ait besoin, était directement relié au
déni de sa maladie.
D’un
bout à l’autre du pays, elle est entrée et sortie
de multiples hôpitaux et cliniques psychiatriques,
publics ou privés. Elle a dangereusement été
suicidaire avant de finalement prendre conscience de sa
maladie. Elle réalise pleinement aujourd’hui
pourquoi elle a besoin de prendre des médicaments. «Je
comprends que je dois faire absorber quelque chose par
mon organisme pour l’aider à fonctionner
normalement».
Kim prend
une combinaison de deux médicaments qui contrôlent 90%
de ses symptômes. Composer avec le résiduel 10% qui
reste demande surtout du courage et de la persévérance,
dit-elle.
Les
chercheurs se penchent maintenant sur des moyens qui
pourraient permettre de diminuer la longueur de la
période au cours de laquelle le patient ne reconnaît
pas qu’il est malade, qu’il manque
d’insight. Xavier Amador, psychologue clinicien et
co-auteur du livre I am not sick, I don’t need
help! utilise ce qu’il appelle des «entrevues
de motivation» pour aider les patients à réaliser les
avantages que comporte la prise de médicaments.
Vous
posez toutes sortes de questions, dit-il, et
éventuellement, le patient va vous demander votre
opinion. Cette pratique s’inspire d’une
approche utilisée dans le traitement des consommateurs
de substances qui n’ont que très rarement
conscience qu’ils ont un problème. Cette méthode
est toute centrée sur la compréhension du point de vue
du patient et évite toute forme de jugement. «Vous
devez rejoindre les personnes là où elles sont
rendues» dit Amador, «Il est tellement important
d’écouter la personne et de reconnaître ce
qu’elle vit».
L’objectif
de conscience de la maladie n’est pas
l’objectif premier. D’abord et avant tout, il
faut instaurer un climat de confiance. Une fois
qu’une relation de qualité est instaurée, la clé
est d’amener le patient à établir un lien entre ce
qu’il souhaite et ce que le traitement peut lui
apporter.
Le chemin
de la médication n’est pas toujours facile. Les
médicaments de nouvelle génération dits atypiques qui
sont apparus au début des années ‘90 ont
considérablement moins d’effets secondaires
indésirables que leurs prédécesseurs qui remontent
aussi loin que dans les années ‘50. Ils présentent
tout de même des défis. Un gain de poids, de la
somnolence, une diminution des capacités sexuelles,
entre autres, sont des problèmes relativement fréquents
et peuvent être suffisants pour décourager une personne
de consommer des médicaments pour une longue période.
Ceux qui prennent fidèlement leurs médicaments savent
cependant que cesser de le faire comporte des
conséquences bien pires qu’un plus fort tour de
taille ou quelques frustrations au lit. Loren Booda, un
spécialiste des communications souffrant d’un
trouble schizo-affectif prend religieusement ses
médicaments depuis 20 ans. Je suis heureux de prendre
mes médicaments, dit-il, parce qu’ils me permettent
de penser plus clairement.
Les
experts sont d’avis qu’il est très important
que les membres des familles reçoivent une bonne
information sur les médicaments, afin qu’ils
puissent mieux comprendre la différence entre les effets
secondaires des médicaments et les manifestations de la
maladie elle-même. La confusion qui existe parfois entre
les deux peut avoir comme effet de compliquer le
traitement et affecter le moral du patient.
La
médication agit parfois si bien que la personne saute à
la conclusion qu’elle est guérie. La nature humaine
est ainsi faite que des personnes souffrant d’une
variété de maladies, incluant le diabète et des
problèmes cardiaques, peuvent décider de cesser de
prendre leurs médicaments lorsqu’elles se sentent
mieux. «Si vous ne ressentez pas de douleurs, c’est
facile d’oublier de prendre vos médicaments» dit
le Dr Marl Vanelli, professeur à la Harvard
Medical School. Les recherches qu’il a menées sur
le renouvellement des ordonnances pour des médicaments
antipsychotiques ont fait ressortir que 30% des patients
cessent de prendre leur médication au cours du premier
mois. Ce résultat grimpe à 44% au bout de 8 mois.
Dans les
rares occasions où Kim a oublié une dose, elle a
d’abord ressenti plus d’énergie. Elle a
cependant vécu assez longtemps avec la maladie pour
savoir que des symptômes de faiblesse se cachent dans
l’ombre de ces avantages apparents. «Je n’aime
pas me sentir malade» dit-elle.
Loren
peut ressentir immédiatement les effets de
l’absence de ses médicaments s’il ne les prend
pas. Il y a quelques années, il a souffert d’une
intoxication alimentaire qui l’a forcé à se priver
de ses médicaments pendant 24 heures. «Ce fut
l’enfer!» dit-il, tant pour son estomac que pour
son état mental.
Les
professionnels de la santé affirment sans réserve que
l’éducation est essentielle pour permettre aux
patients et aux membres de leur famille de naviguer à
travers les défis que comporte l’adhésion au
traitement. Un engagement actif de la famille dans la
gestion de la prise des médicaments est crucial.
Selon les
experts et les connaissances cliniques actuelles, la
plupart des patients qui ont eu plus d’un épisode
psychotique devront prendre des médicaments pendant au
moins 5 ans et plus possiblement pour toute une vie.
Source:
Traduction libre d’un article de Randy Barrett,
Schizophrenia Digest, Spring 2004. Tiré de Défi
schizophrénie, vol. 10, no. 6, p.5-6.

Journal
Entre Nous, Mars-Avril 2006
Tout dire mais sans violence
Quel sont les principes de la
communication efficace, celle qui fait passer le message
sans aliéner son destinataire, celle qui, au contraire,
lui inspire du respect et lui donne envie de nous aider?
La
carte à six points
La carte dont je me sers et que je donne aux jeunes
médecins comporte l’inscription suivante: «
S.P.A.-C.E.E » Ces initiales résument les six points
clés d’une approche non violente qui vous donne les
meilleurs chances d’obtenir ce que vous souhaitez.
Voyons ce que signifient ces initiales.
S pour
SOURCE. Il faut d’abord s’assurer que l’on
s’adresse bien à la personne qui est la source du
problème et qu’elle a les moyens de le résoudre.
Cela a beau paraître évident, en général, ce
n’est pourtant pas notre premier réflexe. Si un
collègue me fait une réflexion désagréable devant
toute l’équipe au sujet de mon travail (ou ma
compagne devant mes amis à propos du saumon que
j’ai trop cuit), cela ne sert absolument à rien de
m’en plaindre ensuite auprès de mes autres
collègues ou de ma mère au téléphone - alors que
c’est ce que j’aurai le plus envie de faire. Au
mieux, mon offenseur n’en entendra jamais parler; au
pis, on lui rapportera ce que j’aurai dit (avec les
déformations et exagérations de rigueur) et je passerai
pour un lâche. Pour gagner son respect et changer son
comportement, c’est à mon collègue lui-même, à
ma compagne elle-même, que je dois parler. Et je suis la
seule personne à pouvoir le faire. Bien sûr, c’est
beaucoup plus difficile et je n’en ai pas envie;
mais c’est la seule façon d’être efficace. Il
faut s’adresser à la source du problème.
P pour
PLACE ET MOMENT. Il faut toujours veiller à ce que la
discussion se déroule à un endroit (une «place»)
protégé et privé, et à un moment propice. Ce
n’est généralement pas une bonne idée
d’affronter notre agresseur, même si notre
doléance est non violente, en public ni dans un couloir.
Il ne faut pas non plus engager cette conversation
immédiatement, « à chaud », ni lorsqu’il est
dans une situation de stress. Il est toujours
préférable de choisir un endroit où l’on peut
parler tranquillement et de s’assurer de la
disponibilité de celui et celle à qui je
m’adresse.
A pour
APPROCHE AMICALE. Pour se faire entendre, il faut
d’abord s’assurer que l’on va être
écouté. Y a-t-il meilleur moyen d’échouer dans
votre démarche que d’arborer une attitude agressive
ou un ton de voix trop péremptoire? Comme l’a
démontré Gottman, si l’un des protagonistes se
sent agressé, il a tendance à être «noyé» par ses
émotions avant même que la conversation ait pu
commencer. Suite à quoi, plus rien ne sera du moindre
secours. Il faut donc, au contraire, veiller à mettre
son interlocuteur à l’aise dès les premiers mots;
lui ouvrir les oreilles plutôt que de les lui fermer. Or
savez-vous quel est le mot le plus agréable de toute la
langue française pour entamer une conversation?
C’est le nom de la personne à qui vous vous
adressez! Nous sommes plus réceptif à notre nom
qu’à n’importe quel autre mot. Donc, quoi que
vous ayez à dire à votre offenseur, commencez par
l’appeler par son nom, puis dites quelque chose
d’aimable, à condition que ce soit vrai. Ce ne sera
pas toujours facile à trouver, mais c’est très
important. Si, par exemple, il s’agit de vous
plaindre d’avoir été critiqué en public par votre
patron, vous pourriez dire: «Bertrand, j’apprécie
toutes les opportunités de recevoir du feedback de votre
part. Cela me permet d’avancer, de progresser dans
mon travail.» Ce n’est pas toujours aisé. Les
premières fois, cela vous écorchera même un peu la
bouche. Pourtant, ça en vaut la peine. La porte de la
communication est maintenant ouverte.
C pour
COMPORTEMENT OBJECTIF. Ensuite, il faut entrer dans le
vif du sujet: faire état du comportement qui motive
notre doléance, tout en nous limitant à une description
de ce qui s’est passé et rien d’autre, sans la
moindre allusion à un jugement moral que l’on
pourrait porter. Il faut donc dire: « Lorsque vous avez
fait cela », et c’est tout. Il ne faut pas dire:
«Lorsque vous vous êtes comporté comme un pervers»,
mais «Lorsque vous avez fait allusion à ma petite
culotte».
E pour
ÉMOTION. La description des faits doit être
immédiatement suivie par l’émotion que l’on a
ressentie. Là, il ne faut pas tomber dans le piège de
parler de sa colère, qui est souvent l’émotion la
plus manifeste. Il ne faut donc pas dire: «Quand vous
avez lancé devant tout le monde que ma robe était
ridicule (comportement objectif), vous m’avez mise
en colère», car la colère, c’est déjà une
émotion tournée vers l’autre, pas
l’expression d’une blessure intime. Il est bien
plus fort et efficace de parler de soi-même: «Je me
suis sentie blessée», ou «J’ai trouvé cela
humiliant pour moi».
E pour
ESPOIR DÉÇU. On pourrait s’en tenir à
l’expression d’une émotion, mais il est encore
plus bénéfique de poursuivre en mentionnant
l’espoir déçu, ou le besoin que l’on ressent
et qui n’a pas été satisfait. «J’ai besoin
de me sentir en sécurité au bureau, de savoir que je ne
serai ni humiliée ni blessée par des remarques
caustiques, surtout venant de quelqu’un d’aussi
important que vous.» Ou, s’il s’agit de
notre conjoint(e) qui nous a superbement ignoré(e) au
cours d’un dîner mondain: «J’ai besoin de me
sentir en contact avec toi, de sentir que je compte pour
toi, même quand nous sommes avec des amis.»
Je sais
parfaitement que cette démarche a quelque chose de
surréaliste, surtout quand il existe si peu de modèles
dans notre entourage dont nous inspirer. Le problème est
pourtant simple: il n’y a que trois manières de
réagir dans une situation de conflit: la passivité (ou
la passivité-agressivité), la réaction la plus
courante et la moins satisfaisante; l’agressivité,
pas vraiment plus efficace et bien plus dangereuse; ou
bien l’«assertivité», c’est-à-dire la
communication émotionnelle non violente.
Il existe
tout de même des circonstances où il vaut mieux être
passif ou agressif que se lancer dans le processus
complexe de la communication assertive. Lorsque
l’enjeu est tellement mineur, par exemple,
qu’il ne mérite ni notre temps ni notre attention,
il est parfaitement légitime d’être «passif» et
d’accepter une insulte, ou de se faire manipuler
sans réagir. C’est souvent plus économique. À
l’inverse, dans les situations d’urgence ou de
danger, il est normal d’être «agressif» et de
donner des ordres sans explication. C’est le mode
sur lequel fonctionne l’armée, justement parce que
sa raison d’être est de faire face au danger. Mais,
quelle que soit la situation, il n’y a que trois
façons de réagir. Et c’est à nous, chaque fois,
de choisir. À nous de relever, ou non, le défi
émotionnel.
Source:
SERVAN-SCHREIBER, David. Guérir. Éditions
Robert Laffont, Paris, p. 211-218.

Journal
Entre Nous, Janvier-Février 2006
Quoi faire en situation de crise ?
Le
24 novembre dernier, avait lieu la vingtième clinique
offerte aux membres de l’APPAMM-ESTRIE.
Vingt-trois
(23) personnes ont assisté à cette soirée, en
compagnie du Dr
William Semaan, psychiatre au sous- programme soins
intensifs du département de psychiatrie du CHUS .
Nous
présentons ici un résumé du contenu abordé lors de
cette rencontre.
A)
L’agitation
1-
Définition :
- C’est un phénomène adaptatif qui est
non adapté;
- Face à une rupture de l’équilibre
psychique;
- Due à un état de stress.
2-
Types :
- Agressivité verbale et physique à
l’égard d’autrui;
- Agressivité tournée vers le patient
lui-même.
B)
Le déroulement d’une crise
1-
L’éclatement
La
personne en crise :
- Vit une émotion douloureuse;
- N’a plus ses retenues ou inhibition sociale;
- S’exprime ou agit avec une grande
agressivité. Elle crie, elle s’agite.
Attitudes
aidantes du parent :
- Assurer sa sécurité;
- Se montrer disponible;
- Formuler de petites phrases;
- Laisser l’autre s’exprimer. Éviter de
l’interrompre.
2-
Le cycle de communication et d’éclatement
La
personne en crise :
- Plusieurs cycles d’émotions intenses;
- Le problèmes devient un peu plus spécifique;
- Contenu de plus en plus personnel;
- Épisode d’émotions de moins en moins aigus
et longs.
Attitudes
aidantes du parent :
- Continuer l’écoute empathique;
- Refléter l’émotion de la personne;
- Persévérer dans l’accompagnement sur un
ton très calme;
- FAIRE PASSER LA CRISE EN MOTS. Laisser la
personne parler et n’intervenir que pour
refléter ses émotions.
3- La
méta communication
La
personne en crise :
- Parle de la relation entre elle et ses parents;
- Reconnaît la disponibilité de ses parents.
Attitudes
aidantes du parent :
- Continuer l’écoute empathique.
4-
La résolution
La
personne en crise :
- Communique que sa crise est terminée;
- Est calme;
- Demande de se reposer.
Attitudes
aidantes du parent :
- C’est le bon moment pour faire des
suggestions (prendre un médicament, lui offrir
votre disponibilité à l’aider, lui offrir
de contacter le médecin pour devancer un
rendez-vous, etc.).
C)
La pacification
Devant
une personne en crise :
- Utiliser des phrases simples;
- Faire parler, s’exprimer la personne en
crise;
- Utiliser de petites reformulations,
s’occuper des émotions et des sentiments,
ne pas intervenir au sujet des comportements;
- Ne pas faire de demandes à la personne en crise;
- Garder un ton calme;
- Permettre l’expression de l’autre sans
censure;
- Prendre le temps qu’il faut;
- Manifestation de pouvoir diminué.
D)
Les limites de la pacification
- Le patient est sous l’influence de drogues;
- Le patient a un déficit majeur de
l’audition ou du langage. Ce n’est pas
facile de communiquer dans un tel contexte, car
le patient peut trouver provoquant le fait de
devoir répéter ce qu’il vient de vous
dire;
- Déficience intellectuelle;
- La personne qui agit comme pacificateur est le
déclencheur de l’éclatement;
- Ressent des émotions entraînant des réactions
incontrôlables.
E) Réactions
qu’un parent peut vivre
- Peur pour sa propre sécurité;
- Peur pour la sécurité des autres. S’il y a
plusieurs personnes dans la maison, il est
préférable qu’une seule personne vienne
parler à la personne en crise;
- Peur d’être agressé physiquement;
- Peur de faire mal au patient;
- Peur de perdre le contrôle de lui-même.
F)
Ce que la famille devrait savoir
- La famille n’est pas la cause de la maladie;
- La famille influence l’évolution de
certains symptômes;
- Les patients sont très vulnérables AU STRESS;
- Il faut du temps et beaucoup de repos après un
épisode psychotique;
- La participation du patient atteint de
schizophrénie à la vie sociale sera limitée;
- Les rechutes psychotiques avec hospitalisation
font partie de la réalité;
- Beaucoup de hauts et de bas chez les personnes
schizophrènes.
G)
Ce que peut faire la famille
- Au début : on ne sait pas quoi faire pour
bien faire;
- Des meilleures solutions apparaissent après un
certain temps;
- Garder une certaine distance affective;
- Ne pas trop se mêler des affaires du patient;
- Garder votre calme;
- Les membres de la famille doivent
s’encourager et être solidaires;
- Un problème après l’autre;
- Ne pas prêter attention aux problèmes sans
solution;
- Donner beaucoup d’énergie à ceux qui
peuvent se solutionner;
- Ne pas essayer de détourner le patient de ses
idées délirantes, ni le confronter en lui
disant qu’elles ne sont pas vraies. On peut
lui dire que l’on n’est pas
d’accord avec cette idée, sans chercher à
le convaincre de sa fausseté;
- Rester simple;
- Utiliser un vocabulaire court et précis;
- Proposer des choix moins nombreux;
- Mettre des limites;
- Respecter la prescription médicamenteuse;
- Surveillance discrète;
- Relations sociales, loisirs, s’occuper des
autres enfants… Garder vos habitudes;
- Être réaliste;
- Fréquemment, les patients doivent
s’orienter vers des carrières non
exigeantes;
- À force de vouloir l’impossible, on
s’expose à des déceptions cuisantes. Il
vaut mieux avoir de petites réussites que des
échecs répétitifs.
H) Ce
que ne doit pas faire la famille
- Les critiques de la famille;
- Ingérence des autres dans ses affaires;
- Ne faites pas de leçon;
- Ne pas le réprimander;
- Pas de drogue;
- Ne changez pas vos habitudes;
- N’insistez pas.
Rédaction
: Annie Goudreau

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