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Le détachement


Journal Entre Nous, Novembre-Décembre 2008
Témoignage : Garder l'équilibre dans le déséquilibre

« Je croyais que je venais de gagner un billet pour une descente aux enfers. J’étais bouleversée de voir mon frère dans cet état. À vrai dire, je ne le reconnaissais même plus… »

J’ai 24 ans, je suis une jeune femme pleine d’énergie qui mord dans la vie. Je travaille comme éducatrice à la petite enfance et j’ai des projets plein la tête. Il s’agit d’une réalité partagée par la majorité des jeunes de mon âge. Pourtant, il y a un aspect de ma vie que j’ai eu de la difficulté à verbaliser, j’ai grandi dans un univers bien particulier, celui de la maladie mentale.

Mes parents ont vécu des périodes que je qualifierais de très difficiles. Déjà, toute petite,  je devais composer avec MA normalité, une réalité qui était bien loin de celle de mes amis. La maladie mentale de mes parents ne leur était pas exclusive. Leurs problèmes avaient de lourdes conséquences sur mon jeune frère et moi. Gamine, j’assumais des responsabilités parentales qui sont normalement dévolues aux adultes. J’aurais dû être protégée par ma famille, mais c’est moi qui la protégeais. Nous vivions dans un équilibre fragile.

Mon petit frère et moi faisions équipe. Un tandem où la confiance et la complicité étaient au rendez-vous. Nous nous sommes écorché les genoux en tombant, ce n’était pas grave, nous avons appris à nous relever. Nous avons joué ensemble, pleuré à deux et rêvé d’une vie meilleure. Depuis mon enfance, il était mon camarade de jeux, mon complice, mon confident, celui sur qui je pouvais compter… mon petit frère!

Jusqu’au jour où le sol s’effondre

Dans la vie, il y a des tremblements de terre qui apeurent la population, des catastrophes naturelles sur lesquelles nous n’avons aucun contrôle. C’est ce que j’ai vécu avec mon frère, car bien malgré lui, il m’a fait vivre un séisme psychologique.

À l’école secondaire, je savais qu’il consommait de la drogue comme plusieurs de son âge. J’ai cru remarquer certains changements dans son comportement, mais rien de catastrophique. À son entrée au CÉGEP, ses bizarreries prenaient de plus en plus de place dans notre quotidien. La drogue ne pouvait plus servir d’excuse. Notre ciel s’est assombri totalement le jour où j’ai retrouvé ses écrits dans une poubelle. Il y avait là des idées incohérentes, un discours complètement désorganisé. Pour moi, c’était comme si les histoires du passé revenaient me hanter. J’ai dû prendre mon courage à deux mains pour faire hospitaliser mon frère.  Comme dit l'expression : « ça m'a pognée au coeur et jusqu'au fond de mes trippes..

La famille a éclaté et les amis se sont éloignés. Je croyais que je venais de gagner un billet pour une descente aux enfers. J’étais bouleversée de voir mon frère dans cet état. À vrai dire, je ne le reconnaissais même plus. Le voir ainsi, le savoir dans un autre monde m’était insoutenable. J’aurais aimé pouvoir le rejoindre dans son monde pour qu’il soit moins seul…

Des questions plein la tête

À ce moment-là, plusieurs questions me sont venues en tête. Pourquoi lui? Où est rendu mon petit frère, mon complice? Qu’est-ce qui se passe dans sa tête? Comment puis-je faire pour l’aider? Qu’est-ce qui va lui arriver? Qu’est-ce qui va NOUS arriver? Qu’est-ce que les gens vont penser?

Ce n’était pas comme si mon frère avait eu un cancer. La maladie mentale n’attire pas la sympathie ou la compassion, mais plutôt la crainte et la curiosité. Mon frère était ridiculisé et des remarques désobligeantes nous étaient dirigées: « Il est rendu fou! »,
« C'est toi la prochaine! », « Une famille de fous! ».  Les tabous entourant les maladies mentales ont tellement de répercussions, je les ai vécues à la puissance dix, une expérience peu enviable.

La maladie mentale de mon frère a provoqué le recul et les indélicatesses. Le regard des gens est devenu inquisiteur. On veut savoir, mais aussi voir à quoi ressemble une famille de fous. En fait, on se demande ce qui a rendu la personne malade, mais encore parfois pire, qui l’a rendue malade. Comme si l’apparition de la maladie mentale était la faute de quelqu’un…

Une lueur d’espoir

À l’âge de 15 ans, j’ai eu la chance de rencontrer une travailleuse sociale. Elle m’a fait prendre conscience de ma marginalité en m’annonçant que mes parents étaient atteints de maladie mentale. Ce fut grâce à cette intervenante que j’ai pris contact avec l’association de familles et amis de la personne atteinte de maladie mentale de mon territoire. Cet organisme m’a énormément aidée. J’avais un endroit où me confier, j’ai été soutenue par des intervenants compétents et par les membres de l’association.

J’ai pu ainsi apaiser ma colère, mes sentiments de culpabilité, ma honte et mon amertume. Cette démarche m’a permis de comprendre les problèmes psychiatriques vécus dans ma famille. Une ressource qui a fait toute la différence dans mon cheminement. Heureusement car quelques années plus tard, j’ai dû affronter l’inévitable: mon frère était malade, sa souffrance m’affectait et j’avais à nouveau besoin d’aide.

Prendre le contrôle de ma vie

Lorsque mon frère a vécu sa première crise psychotique, je ne savais plus où aller et à quelle porte frapper. J’ai donc pris le téléphone et j’ai rejoint l’association. Tout comme la première fois, j’ai obtenu des services qui ont répondu à mes besoins. Dans mon cheminement, j’ai compris que je devais établir mes limites dans mon rôle d’accompagnatrice.

Aujourd’hui, je peux témoigner que ma relation avec mes parents et mon frère s’est grandement améliorée. Ils savent que je les aime et qu’ils peuvent compter sur moi. Ils comprennent cependant que j’ai récupéré ma vie et ils acceptent de composer avec mes limites. C’est ainsi que je contribue à leur rétablissement.

J’ai découvert mes forces, je suis bien entourée et j’ai retrouvé mon petit frère. Notre ciel a repris toutes ses couleurs. Nous avons appris à marcher ensemble et à cheminer dans un nouveau sentier, celui de sa maladie mentale. Le lien qui nous unit aujourd’hui est pour mon frère et moi une grande source d’espoir. Nous pouvons compter l’un sur l’autre, et ce, quoiqu’il advienne. Moi, je l’aime… et encore plus fort!


Maryse Guillemette

Ambassadrice de la campagne de sensibilisation 2008 de la FFAPAMM

 

Le détachement


Journal Entre Nous, Septembre-Octobre 2008
Le détachement

Il vous est peut-être arrivé d’être obsédé par une personne ou un problème quelconque, à la suite d’une phrase, d’un événement récent, d’une réminiscence, d’une prémonition vague ou d’une préoccupation précise : il ne m’appelle pas – alors que c’est son heure. Il ne répond pas au téléphone alors qu’il devrait être là. C’est le jour de la paye, le jour où, avant, il se saoulait. Il y a seulement trois mois qu’il a cessé de boire. Est-ce que ça va recommencer aujourd’hui? Vous ignorez peut-être quoi, pourquoi et quand, mais vous savez que quelque chose de négatif – quelque chose de terrible – est arrivé, ou est en train d’arriver.

Cela vous frappe de plein fouet. Vous vous sentez littéralement envahi par cette angoisse si familière aux codépendants. Vous en avez mal au ventre, vous vous en tordez les mains. Cette angoisse, c’est ce qui nous conduit à accomplir toutes ces choses qui nous font du mal; c’est elle qui alimente l’inquiétude et l’obsession. C’est la peur à son comble. La peur va et vient, elle nous fait fuir, nous prépare à nous battre ou nous effraie momentanément. Mais l’angoisse, elle, rôde. Elle emprisonne l’esprit, le paralyse et le soumet, l’entraîne dans un interminable rabâchage de pensées vaines et toujours identiques. C’est elle qui nous pousse à contrôler toutes sortes de comportements chez les autres. On ne sait plus que refouler, contrôler le problème et l’évacuer; voilà de quoi est faite la codépendance.

Quand on a une obsession, on ne peut plus détacher ses pensées de la personne ou du problème en question. On ne sait pas ce qu’on ressent soi-même. On ne sait pas ce qu’on pensait avant. On ne sait même pas très bien ce qu’il faut faire, mais, bon sang, il faut faire quelque chose, et vite!

S’inquiéter, s’obséder, contrôler… ce sont des illusions, des tours que l’on se joue à soi-même. On a l’impression d’aller vers la résolution de ses problèmes, mais c’est faux. Nous sommes nombreux à avoir réagi ainsi, avec des motifs valables et justifiables. Nous avons vécu des situations graves et complexes qui nous ont perturbés. Elles auraient troublé, inquiété, obsédé tout être normal. Peut-être aimons-nous une personne en difficulté – quelqu’un qui a perdu pied, qu’il soit alcoolique, joueur invétéré, boulimique, anorexique, mentalement ou affectivement perturbé.

Même lorsque les problèmes sont moins graves, ils n’en restent pas moins préoccupants. Ceux que nous aimons ont des sautes d’humeur, des agissements que nous déplorons.  Nous trouvons qu’ils devraient s’y prendre autrement, adopter une meilleure façon de vivre qui poserait moins de problèmes.

À la longue, on finit par présenter un comportement d’attachement – on s’inquiète, on réagit au lieu d’agir, on s’efforce opiniâtrement de contrôler tout et tout le monde. Peut-être avions-nous auparavant côtoyé des gens ou connu des situations impossibles à contrôler. Peut-être l’obsession et la volonté de contrôler sont-elles le moyen que nous avons trouvé pour maintenir un certain équilibre autour de nous et empêcher temporairement la situation de s’aggraver. Ensuite, on prend le pli. On a peur de relâcher son emprise, parce que, par le passé, cela a entraîné des conséquences atroces.

Il se peut que nous soyons attachés aux autres (au point de vivre leur vie à leur place) depuis si longtemps que nous n’avons plus de vie à nous. Être attaché à quelqu’un, c’est rassurant. On réagit, donc on est vivant. Quand on se fait du souci pour les autres ou qu’on s’efforce de les contrôler, on a l’impression d’avoir quelque chose à faire dans la vie. […]

Parfois même, on ne se rend pas compte de la force avec laquelle on s’accroche. On se persuade que c’est nécessaire. On ne voit pas d’autre solution que de réagir de manière obsessionnelle. Lorsque je conseille aux gens de se détacher, ils sont souvent horrifiés : « Oh, non! disent-ils. Comment pourrais-je faire une chose pareille? Ce problème, cette personne, sont trop importants pour moi. Il faut que je reste attaché! »

À quoi je réponds : « MAIS POURQUOI DONC? »

J’ai des nouvelles pour vous, de bonnes nouvelles. Non, il ne faut pas. Il y a une meilleure solution. Cela s’appelle le «détachement». Au début on a peur, mais en fin de compte, tout le monde ne s’en porte que mieux.

Une meilleure solution

Qu’est-ce que le détachement? […]

Tout d’abord, voyons ce que le détachement n’est pas. Ce n’est pas le repli froid et hostile, ni l’acceptation résignée, désespérée, de tous les bâtons que la vie et les gens nous mettent dans les roues. Se détacher, ce n’est pas avancer dans la vie en écrasant les autres, en ignorant les autres et en piétinant leurs sentiments. Ce n’est pas vivre dans la béatitude aveugle […], ni éviter de faire face à nos authentiques responsabilités envers nous-mêmes et envers les autres. Cela n’entraîne pas non plus la disparition pure et simple de l’amour et de la sollicitude, même s’il arrive que ces formes de détachement représentent provisoirement la meilleure solution.

Dans l’idéal, il s’agit de lâcher prise par amour, de se désinvestir mentalement, affectivement, voire physiquement de la relation inextricable, malsaine et parfois pénible qu’on entretient avec la vie et les responsabilités d’autrui, et des problèmes qu’on ne saurait résoudre. […]

Le détachement est fondé sur les principes suivants : chaque personne est responsable d’elle-même. Il est impossible de résoudre les problèmes d’autrui. Se tourmenter ne sert à rien! Il suffit d’adopter une politique de distance par rapport aux problèmes des autres afin de s’occuper des siens. Si les gens se sont mis dans le pétrin, on doit les laisser affronter seuls la tempête, leur permettre d’être ce qu’ils sont, les laisser libres de prendre leurs responsabilités et d’en sortir grandis. Et cette liberté, nous nous la donnons aussi à nous-mêmes. Nous devons vivre notre vie du mieux que nous pouvons, nous efforcer de définir ce qui peut et ce qui ne peut pas être changé. Alors on cesse de vouloir changer l’inchangeable. On s’applique à résoudre les problèmes, et on ne passe plus son temps à se mettre dans tous ses états. Si malgré tout on n’arrive pas à trouver la solution, alors on apprend à vivre avec son problème – ou en dépit de lui. Et on essaie de vivre heureux, en gardant héroïquement à l’esprit ce qu’il y a de bon

dans sa vie actuelle. On comprend comme par magie qu’en profitant au maximum de ce qu’on a à sa disposition, on augmente son capital.

Le détachement implique de « vivre dans l’instant », dans l’« ici et maintenant ». On laisse les choses arriver d’elles-mêmes au lieu de forcer les événements et d’essayer de tout contrôler. On renonce aux regrets et aux craintes pour l’avenir. On tire le maximum de chaque jour qui passe. […]

Détachement ne signifie pas désintérêt. Se détacher, c’est au contraire apprendre à aimer les gens, à entretenir des rapports avec eux sans se rendre fou. On cesse de semer le chaos dans son esprit et dans son entourage. Et parce qu’on cesse de se débattre anxieusement, compulsivement, on devient capable de prendre des décisions saines quant à la meilleure façon d’aimer et de résoudre ses problèmes. On se retrouve libre de témoigner de l’affection aux autres sans se torturer et sans les faire souffrir.

Le jeu en vaut la chandelle : en récompense on trouve la sérénité, une profonde sensation de paix, la capacité de trouver de vraies solutions à ses problèmes. On reçoit le loisir de vivre sa vie sans culpabilité excessive envers les autres. Il arrive même que le détachement motive et libère les gens qui nous entourent, les rende capables de résoudre leurs propres problèmes. On cesse de s’en faire pour eux : ils prennent le relais et se mettent à s’en faire pour eux-mêmes. Quelle grandiose perspective! Chacun s’occupe enfin de ses propres affaires.

Quand faut-il se détacher? Quand on ne peut plus s’empêcher de penser à l’objet de son obsession, quant on en parle et s’en inquiète sans cesse; quand on sent ses émotions bouillonner continuellement; quand on a l’impression de devoir faire quelque chose pour untel parce qu’on ne peut plus supporter ça une minute de plus; quand on est suspendu à un fil et qu’on le sent s’effilocher; quand on ne croit plus pouvoir vivre longtemps avec le problème qu’on a essayé de supporter. Le moment est venu de se détacher! Vous saurez reconnaître les signes. Dans le doute, on peut toujours se dire : il est grand temps de se détacher lorsque la chose n’a jamais paru aussi improbable, aussi irréalisable. […]

[…] Je sais que vous avez des problèmes. Je comprends bien qu’un grand nombre d’entre vous souffrent profondément à cause de certains membres de leur entourage, et que vous vous faites beaucoup de souci pour eux. Ils sont peut-être en train de se détruire sous vos yeux, et de vous détruire, vous et votre famille, par la même occasion. Mais je ne peux rien faire pour remettre ces personnes dans le droit chemin, ni vous non plus, sans doute. Si c’était possible, vous l’auriez déjà fait.

Alors, détachez-vous. Dans l’amour ou dans la colère, mais luttez pour vous détacher. Je sais que c’est difficile, mais petit à petit les difficultés s’aplaniront. Si vous ne pouvez pas lâcher complètement prise, essayez de relâcher un peu votre emprise. […]

Source : BEATTIE, Melody, Vaincre la codépendance, Éditions Jean-Claude Lattès, p.80-87.

La paranoïa


Journal Entre Nous, Juillet-Août 2008
La paranoïa

La personnalité paranoïaque est composée de quatre traits principaux

  • l'hypertrophie du moi : cette surestimation de soi-même est au centre de la personnalité paranoïaque. Elle entraîne la mégalomanie, l'orgueil, le mépris des autres, la vanité parfois cachée derrière une fausse modestie superficielle.
  • la psychorigidité : le paranoïaque est incapable de se remettre en cause, de se plier à une discipline collective. Il a toujours raison et est autoritaire. Cette inadaptation sociale fait qu'il finit souvent par s'isoler et par privilégier les apprentissages autodidactes.
  • la méfiance et la suspicion :le paranoïaque pense que les autres cherchent à le tromper car ils sont jaloux de sa supériorité. Il se sent en permanence entouré de personnes envieuses et malintentionnées. Du coup, il est susceptible et toujours sur ses gardes.
  • la fausseté du jugement : le paranoïaque suit sa propre logique, laquelle est basée sur une série d'interprétations fausses mais dont il est absolument convaincu. Il cherche d'ailleurs souvent à imposer ses opinions de manière tyrannique et intolérante à ses proches.

 
Les délires paranoïaques

Les délires paranoïaques sont très construits et peuvent parfois être convaincants. En dehors des thèmes sur lesquels il délire, le paranoïaque peut tenir des propos tout à fait cohérents. Mais les moments délirants sont bien du registre des psychoses, c’est-à-dire de troubles où l’individu a perdu tout contact avec la réalité et n’a donc pas conscience de souffrir d’un trouble mental. Le grand risque de ces délires est alors le passage à l'acte sur la personne qui est présumée par le paranoïaque être au centre du complot.

Il y a trois types de délires paranoïaques :

  1. Les délires passionnels
Ils sont centrés autour d'une idée de base qui est fausse. En dehors du thème sur lequel il délire, le paranoïaque peut tenir des propos tout à fait cohérents.

         On distingue:

         - les délires de revendication :

procès multiples pour demande de réparation de préjudices que le paranoïaque est convaincu d'avoir subis (ex: inventeur dépossédé de son invention, revendication d'une filiation).

- les délires érotomaniaques :

conviction délirante d'être aimé(e) par une personne, en général de statut social plus élevé. Ce délire est plus fréquent chez la femme et débute vers la trentaine. Il évolue en 3 phases : espoir d'être aimé, dépit lorsque la personne s'aperçoit qu'elle ne l'est pas et enfin rancune. Lors de cette dernière phase, il faut se méfier d'un risque de passage à l’acte agressif sur l'être qui a été aimé.

- les délires de jalousie :

conviction délirante d’être trompé dans sa relation de couple. Les hommes seraient plus souvent atteints que les femmes. Là aussi il y a un grand risque de passage à l'acte agressif sur le conjoint et le présumé amant.2. Le délire d'interprétation

  1. Ce délire n'est pas centré qu'autour d'une seule idée mais de plusieurs. En effet, il s’enrichit progressivement et le sujet se sent de plus en plus persécuté. Les complots présumés sont d'abord professionnels puis également familiaux. Finalement, tout fait nouveau est interprété comme ayant une signification dans ce délier de persécution.
  1. Le délire de relation des sensitifs
Il survient chez des personnes ayant une personnalité dite sensitive, c'est- à-dire marquée par la méfiance, la susceptibilité, la scrupulosité, la tendance à la culpabilité et à l'hyperémotivité.

Ce délire comporte aussi des idées de persécution. Le sujet, souvent une femme, a l'impression que ses collègues ou ses proches se moquent d'elle, la critiquent. Mais, au lieu d'être revendicative et agressive, la personne sensitive va développer des sentiments de honte et d'infériorité par rapport aux accusations dont elle se croit victime.

Évolution

L'évolution de ces délires est émaillée de moments paranoïaques très aigus où la possibilité d'un passage à l'acte contre autrui est à craindre.

On observe également des phases d'effondrement avec des dépressions qui peuvent être accompagnées d'idées suicidaires.

Un isolement social et affectif, plus ou moins important, est souvent la conséquence de ces interprétations délirantes.

Traitement

Le traitement de ces délires est difficile et repose sur l'association de médicaments (neuroleptiques) et d'une action psychothérapeutique. Celle-ci est extrêmement délicate car le thérapeute doit éviter de trop critiquer le délire car sinon il risque d'être mis dans le rang des persécuteurs. D'un autre côté, il ne doit pas non plus approuver le délire car cela risquerait de l'aggraver et de favoriser un éventuel passage à l’acte.

Source: Docteur F. Duncuing-Butlen, site web:
                        www.sante-az.aufeminin.com

Le silence du lien


Journal Entre Nous, Mai-Juin 2008
Le silence du lien

Si je suis fou comme je pense

Reste là, à mes côtés

En silence, sans rien dire

                                  Daniel Bélanger

 
Ces trois vers de la chanson de Daniel Bélanger laissent émerger la notion de la présence.  Cette présence dans le silence n’est pas une absence de parole.  La présence silencieuse parle.  Elle évoque la disponibilité.  Or, ce silence qui dit la disponibilité, qui dit la constance du lien
malgré tout, affirme aussi la faillite d’un type conventionnel de conversation.  Il dit l’incapacité des mots à nommer l’essentiel.  C’est ainsi que l’image de deux amoureux qui se regardent avec tendresse et complicité ou encore celle de vieux amants qui marchent main dans la main en dit plus sur l’amour que n’importe quel savant traité de philosophie ou de psychologie des relations.  Elle en dit plus car elle évoque l’expérience vécue du lien amoureux. Or, cette expérience vécue est si riche et si dense qu’elle se laisse difficilement saisir.  Elle ne peut qu’être évoquée.  Écouter, serait donc se rendre disponible à l’expérience de ce lien silencieux.  Écouter serait l’action d’évoquer la manifestation de ce lien silencieux par un certain type de présence à l’autre.  En silence, sans rien dire.  Nous parlons ici d’un silence plein et non d’un silence vide, d’un silence qui est ouverture, plutôt que fermeture et retrait.  Nous parlons d’un silence qui affirme le lien au lieu de le nier et ce malgré tout.  Être là, être présent et disponible, c’est encore faire quelque chose mais dans un registre différent.  C’est un faire qui n’est pas façonnement, qui n’est pas contrôle ni saisissement.  C’est un faire qui se contente d’affirmer ce qui est déjà, d’affirmer le lien et, ce faisant, de le maintenir.

Texte de Philippe Blouin, M.Ps.
Psychologue

L'épuisement professionnel


Journal Entre Nous, Mars-Avril 2008
L'épuisement professionnel


Qu'est-ce que l'épuisement professionnel?

L’épuisement professionnel ou « burnout » est l’aboutissement d’un très haut niveau de stress relié au travail maintenu trop longtemps. Il se traduit par un épuisement physique, émotionnel et mental, une attitude cynique et détachée envers son travail et une diminution importante du sentiment d’accomplissement personnel.

De récentes études indiquent que l’épuisement professionnel touche 20 % de la population active. C’est donc loin d’être un problème isolé. Soyez attentifs à vous et à votre entourage et souvenez-vous qu’une intervention précoce permet de limiter les dommages et de s’en remettre plus rapidement.

Les causes de l’épuisement professionnel

Les facteurs individuels expliqueraient 40 % des causes de l’épuisement professionnel, tandis que les facteurs organisationnels en expliqueraient 60 %. Ainsi, parmi les facteurs individuels on retrouve : le perfectionnisme dysfonctionnel, l’introversion, la faible estime de soi, la rigidité cognitive, une instabilité émotionnelle élevée et l’attribution de ce qui nous arrive à des causes externes.

En ce qui concerne les facteurs organisationnels, c’est le déséquilibre entre les demandes faites à l’individu et les ressources dont il dispose dans l’organisation qui détermine les risques. Plus il y a de demandes par rapport aux ressources, plus les employés sont à risque de développer un syndrome d’épuisement professionnel. Du côté des ressources, nous retrouvons : le contrôle sur son travail, les récompenses (financières, sociales ou institutionnelles), le soutien social et la justice et l’équité dans le traitement des employés et des équipes de travail. Pour les demandes, on retrouve essentiellement la charge de travail quantitative ou qualitative, ainsi que le manque de congruence entre les valeurs de l’individu et celles de l’organisation.

Les symptômes de l’épuisement professionnel

Les symptômes de l’épuisement professionnel sont de trois ordres : physique, émotionnel et mental.

 

1.    Symptômes physiques
Fatigue généralisée
Troubles digestifs
Affaiblissement
Nausées
Maux de tête
Maux de dos
Tensions musculaires
Problèmes de peau
Rhumes persistants et fréquents
 
2.    Symptômes émotionnels
Sentiment d’impuissance
Perte de confiance en soi
Perte d’intérêt pour le travail et pour la vie
Sensation d'être pris au piège
Excès de larmes
Attitude négative envers soi : sentiment d’incompétence, d’incapacité et d’infériorité
Attitude négative envers les autres : irritabilité, cynisme et impatience
Désespoir

 

3.    Symptômes mentaux
Pertes de mémoire
Diminution de la vigilance
Difficultés de jugement
Indécision
Incapacité d’exécuter des opérations simples, comme le calcul mental par exemple
 

Quelques symptômes suffisent comme signaux d’alarme. Les premiers signes consistent généralement en une perte d’énergie et un sentiment d’abattement, suivis par l’ennui, la désillusion et le cynisme, ou même l’agressivité envers les proches et les collègues de travail.

Certains troubles physiques persistants, comme un rhume ou un mal de dos, peuvent également constituer des signaux d’alarme. Il est alors temps pour vous de demander de l’aide d’un professionnel de la santé ou d’un psychologue, de réévaluer vos priorités personnelles et professionnelles et d’agir en conséquence.

 

Les phases de l’épuisement professionnel

L’épuisement professionnel est un processus de désillusion qui se déroule en quatre phases. Il est cependant très difficile de définir clairement le passage d’une phase à l’autre.

 

Phase 1. L’enthousiasme idéaliste
Énergie débordante
Forte ambition et désir de s’affirmer
Attentes et objectifs très élevés ou irréalistes
Surinvestissement au travail qui va jusqu’à l’oubli de soi
Dépense d’énergie excessive et inefficace

 Phase 2. La stagnation
Perte ou absence de motivation
Indifférence et désintéressement
Absence de perspectives et sentiment que sa carrière est dans une impasse
Réactions émotionnelles et psychosomatiques
Le travail n’apporte plus de compensation pour les besoins personnels insatisfaits : avoir un salaire décent, être reconnu pour son travail, avoir des relations familiales et sociales satisfaisantes et avoir suffisamment de temps libre pour en profiter

 

Phase 3. La frustration
Fatigue
Déception
Sentiments négatifs à l’égard des collègues et de la clientèle
Distanciation avec les collègues et les clients
Rejet de la faute sur les autres en cas de problème
Cynisme, irritabilité et impatience
Consommation accrue d’alcool, de drogue et/ou de médicaments sans prescription médicale
Troubles physiques tels que maux de tête et douleurs d’estomac
Pertes de mémoire et difficultés de concentration
Anxiété
Troubles du sommeil

 

Phase 4. L’apathie
Vide intérieur et fort sentiment de découragement
Perte de tout intérêt envers le travail et son entourage
Très faible estime de soi et sentiment de culpabilité
Tendance à travailler le moins possible tout en conservant son emploi
Très forte préoccupation envers la sécurité d’emploi
Dépression
Agressivité

 

Que faire face à l’épuisement professionnel?

 

Quand on est soi-même en danger
Il est impératif de parler et de demander de l’aide. Parlez-en à votre famille, à vos amis, à vos collègues ou à votre supérieur. Allez consulter un professionnel de la santé ou de la relation d’aide. Plus vite vous acceptez d’aller chercher et de recevoir de l’aide, moins vous risquez de dommages. N’oubliez surtout pas que plus le temps passe, plus il est difficile de s’ouvrir à demander et à recevoir de l’aide. Dans le même temps, vous pouvez vous initier à des stratégies et des techniques de gestion de stress plus bénéfiques que celles que vous utilisez.

Ne vous étonnez pas si votre médecin ne pose pas un diagnostic d’épuisement professionnel mais plutôt un trouble de l’adaptation, c’est parce que le syndrome d’épuisement professionnel ne fait pas encore partie des pathologies officiellement répertoriées par l’American Psychiatric Association.

 

Quand un ou une collègue est en danger
Tout d'abord, il est important d’établir ou de maintenir une relation de confiance et une meilleure intimité. Ensuite, selon son état, on peut aider la personne de plusieurs façons : en lui permettant de se changer les idées, en lui rappelant ses succès et ce qu’on apprécie chez elle, en diminuant sa charge de travail si cela est en notre pouvoir, en l'amenant à prendre conscience de son état et en l’aidant à aller demander de l’aide à une ou un professionnel.

 

Suggestions de lectures

FREUDENBERGER, H.J. L’épuisement professionnel : la brûlure interne, Chicoutimi : Gaëtan Morin Éditeur, 1987.

LAFLEUR, J. Le burnout : questions et réponses : choisir sa vie!, Éditions Logiques, 1999.

Source: Programme Universanté, Université de Sherbrooke

Bibliographie

ASSOCIATION ALAPHOBIE. Le stress… http://www.alaphobie.com/stress.php, 2005.

CHEVRIER, N. et S. RENON-CHEVRIER. L’épuisement professionnel : vers des interventions organisationnelles, Psychologie Québec, vol. 21, n° 6, p. 39-40.

FREUDENBERGER, H.J. L’épuisement professionnel : la brûlure interne, Chicoutimi : Gaëtan Morin Éditeur, 1987.

TRASHEL, Helena. Burn-out : Power out? Repower!
http://www.bgf-tagung.ch/PDF/Symposium_12_presentation.pdf, 2005.


Dossier : Les questions légales reliées à la la maladie mentale


Journal Entre Nous, Janvier-Février 2008
Dossier : Les questions légales reliées à la maladie mentale

Le 4 décembre dernier, avait lieu la vingt-quatrième clinique offerte aux membres de l’APPAMM-ESTRIE.

 

Lors de cette soirée, Me Élisabeth Brière, notaire, nous a communiqué de l’information au sujet des différents régimes de protection et des démarches en vue de leur mise en place, elle nous a parlé des procurations et des mandats en cas d’inaptitude, de même que des testaments.

 

Les régimes de protection

Si une personne adulte n’a pas signé de mandat en cas d’inaptitude et qu’elle devient inapte à prendre soin d’elle-même et/ou à administrer ses biens, il est possible de demander l’ouverture d’un régime de protection pour elle.

 

Le choix du type de régime est fait selon le degré d’inaptitude de la personne, tel que défini par les conclusions des rapports médical (médecin généraliste ou psychiatre) et psychosocial (réalisé par un travailleur social de l’hôpital, du CSSS ou en pratique privée). Il existe trois régimes de protection:

1)  Conseiller au majeur
C’est le régime le plus «léger». Cette mesure s’applique à une personne habituellement apte à prendre soin d’elle-même et à faire la gestion courante de ses finances, mais qui a besoin d’être conseillée pour des actes d’administration plus complexes. Le conseiller joue un rôle «d’accompagnateur».
2)   La tutelle au majeur
Cette mesure s’applique lorsqu’une personne est jugée inapte, de façon temporaire et partielle (par ex.: accident, coma, rechute, etc.). La tutelle peut porter sur les biens et/ou sur la personne.

 

3)   La curatelle au majeur
Cette mesure s’applique dans le cas d'une personne qui est inapte totalement et de façon permanente.

La demande d’ouverture d’un régime de protection peut être présentée à un notaire qui effectuera les démarches requises pour sa mise en place. Il prendra en considération les évaluations médicale et psychosociale, qui précisent la nature et le degré d’inaptitude de la personne, il procédera à l’interrogatoire de la personne visée et au procès-verbal de l’interrogatoire. La procédure comprend également une assemblée de parents, d’alliés et d’amis, à laquelle doivent être convoqués les père et mère du majeur, son conjoint, ses enfants, ses frères et sœurs. Les oncles, tantes et amispeuvent être convoqués. Au moins cinq personnes doivent assister à cette assemblée. Au cours de celle-ci, l’administrateur (tuteur ou curateur) et les personnes formant le conseil de tutelle seront désignés. Le notaire dressera un procès-verbal des opérations et des conclusions et déposera le document à la cour. Le greffier rendra son jugement par la suite.

 

Les procurations et mandats en cas d’inaptitude

Une procuration est un document par lequel le mandant désigne une personne (le mandataire) pour effectuer une tâche spécifique (procuration spéciale ou spécifique) ou pour l’ensemble de ses droits (procuration générale). La procuration peut être rédigée en forme notariée ou devant témoins. Elle est utilisée alors que le mandant a toutes ses facultés mentales, mais est simplement dans l’impossibilité d’agir au moment requis (voyage, hospitalisation, etc.).

Le mandat en cas d’inaptitude, quant à lui, sera utilisé au moment où les facultés mentales du mandant sont atteintes.  Le mandat en cas d'inaptitude nous permet de choisir, alors que nous sommes aptes à le faire, une personne en qui nous avons confiance pour veiller à notre bien-être et à l'administration de nos biens, advenant le cas où nous deviendrions inaptes (i.e. incapables de prendre des décisions, suite à un accident, à une maladie, etc.).  Cette personne de confiance est appelée un mandataire.

Le mandat peut également être signé en forme notariée ou devant témoins.  Le mandat notarié a l’avantage d’être plus difficilement contestable. Pour mettre en vigueur un mandat en cas d’inaptitude, il faut procéder à son homologation. La procédure à la cour nécessite l’obtention d’un rapport médical et d’un rapport psychosocial. Le notaire exécute un certain nombre de tâches et dépose le dossier complet à la cour, en vue d’obtenir un jugement.

 

Les testaments

 

Le Code civil du Québec reconnaît trois formes de testaments:

 

1)  Testament olographe: il doit être écrit de la main du testateur, signé et daté par lui.

 

    2)  Testament devant témoins: il peut être écrit par le testateur, par un tiers ou par un moyen technique. Il doit être signé en présence de deux témoins. Toutes les pages du testament doivent être paraphées.

 

Ces deux premières formes de testament nécessitent une procédure de vérification du testament suite au décès. Le notaire doit retracer soit une personne qui peut reconnaître l’écriture du testateur (dans le cas d’un testament olographe), soit un des témoins (dans le cas d’un testament devant témoins). Cela peut représenter un obstacle.

 

    3)  Testament notarié: il est rédigé par le notaire et signé par le testateur en présence d’un témoin et du notaire. Il peut contenir différents types de clauses. Ce testament est conservé à perpétuité dans le greffe du notaire, il n’y a donc aucun risque de perte ou de falsification.

 

À l’intérieur d’un testament notarié, différentes clauses peuvent être précisées pour répondre à vos objectifs.

 

Actuellement, le Ministère du revenu accepte le testament fiduciaire, par lequel je vais, lors de mon décès, constituer une nouvelle personne, nommée la « fiducie ». Tous mes biens seront acheminés dans la fiducie. Des fiduciaires, qui sont des personnes que j’ai préalablement choisies, seront mandatés pour gérer mes avoirs à mon décès et en faire bénéficier les gens que j’ai désigné  (les « bénéficiaires »). Le Ministère du revenu précise que le fiduciaire doit avoir entière discrétion pour accepter une telle planification. Si je dis, par exemple, à mon fiduciaire de remettre 1000.00$ / mois à Luc, atteint d’une maladie mentale, ses prestations d’aide sociale seront coupées, car c’est trop rigide. Il faut que les fiduciaires aient entière discrétion, i.e. que la personne ait écrit dans son testament que, selon le besoin et selon leurs choix, les fiduciaires pourront verser des sommes d’argent à Luc. Il ne faut pas préciser dans le testament que l’argent est pour subvenir aux besoins de Luc, ni préciser le montant qui lui sera remis. Il ne faut pas non plus que ce soit explicite que le montant d’argent est réservé à la personne atteinte. Deux conditions sont donc nécessaires pour éviter que les prestations d’aide sociale soient coupées et faire en sorte que le gouvernement respecte la planification : 1)  il doit y avoir plus d’un bénéficiaire; 2) le fiduciaire doit avoir entière discrétion.

 

La personne nommée fiduciaire peut être seule si elle n’est pas aussi bénéficiaire. Advenant qu’elle soit bénéficiaire, une autre personne, celle-ci non bénéficiaire, doit aussi être nommée.

 

Source: Document « Aspects juridiques », Me Élisabeth Brière, notaire. Rédaction: Annie Goudreau.


Dossier : Les questions légales reliées à la la maladie mentale