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Journal Entre Nous, Novembre-Décembre 2010
Identifier les signes d'épuisement et apprendre à y faire face

Qu’est-ce que l’épuisement?

L’épuisement est « un affaissement et une usure de l’énergie vitale provoqués par des exigences excessives qu’on s’impose ou qui sont imposées de l’extérieur (famille, travail, amis, relation amoureuse, système de valeurs ou société) qui minent nos forces, nos mécanismes de défense et nos ressources. C’est un état émotif qui s’accompagne d’une surcharge de stress et en vient à influencer notre motivation, nos attitudes et notre comportement. »

(LORD, Catherine, « Les douze phases du burnout », dans La Gazette des femmes, nº de nov.-déc. 1988; cité dans Programme coup de main, 1991, p. 57)

Suis-je fatigué?

A. Afin d’identifier l’ampleur de mon niveau d’épuisement, je coche dans le tableau ci-dessous les affirmations qui font fréquemment partie de ma vie.

    1. Je suis facilement irritable, je me mets en colère pour un rien.
    2. Il m'est arrivé d'être déprimé à cause de la lourdeur de mes responsabilités.
    3. J'ai tellement de soucis que j'ai de la difficulté à dormir; je me réveille la nuit.
    4. Je n'ai plus d'appétit.
    5. Je suis constamment fatigué.
    6. J'ai de la difficulté à me concentrer.
    7. J'ai la tête remplie de préoccupations dès mon lever jusqu'au coucher.
    8. Je sens que je n'ai pas toutes les connaissances pour m'occuper de l'aidé.
    9. Je me sens vulnérable.
    10. Je pleure facilement.
    11. J'ai de nouveaux problèmes de santé physique.
    12. Je veux tout prévoir et priorise souvent les besoins des autres.
    13. Je n'ai plus de temps pour rendre visite à mon entourage.
    14. Je n'ai plus de temps pour vaquer à mes activités favorites.
    15. Je me préocuppe souvent de mon avenir et de celui de l'aidé.
    16. Il m'arrive d'avoir de la difficulté à réaliser mes tâches quotidiennes.
    17. Je crois être la seule personne capable de bien prendre soin de l'aidé.
    18. Je crois parfois n'avoir personne avec qui parler des choses qui me stressent.
    19. Je ne vois pas comment je pourrais cesser d'assumer mon rôle d'aidant.
    20. Je ne ris presque plus, je me sens régulièrement démotivé.

Si vous vous sentez interpellé par certaines de ces affirmations, il est probable que vous soyez épuisé. Si tel est le cas ou si vous croyez être à risque de le devenir, nous vous suggérons de poursuivre la lecture de la présente section.

Assumer le rôle d'aidant au quotidien

Nous savons tous que devenir un aidant ne s’apprend pas du jour au lendemain et que l’apprentissage des tâches que cela implique peut occasionner un stress important. Sans avoir toutes les compétences et n’ayant pas assez de 24 heures dans une journée, les aidants ont l’impression d’assumer plusieurs rôles à la fois : infirmier, psychologue, cuisinier, conseiller, etc. À force de toujours prioriser les besoins de l’aidé, ils mettent les leurs de côté et ne peuvent ainsi préserver leur santé physique et psychologique. Au fil du temps, les tâches s’accumulent, les moments pour soi se font de plus en plus rares et, sournoisement, l’épuisement commence à apparaître.  Vous avez le  droit d'exprimer vos sentiments et vos opinions!

Pourquoi suis-je si fatigué?

Lépuisement s’installe lorsqu’une personne en arrive à guider sa vie en fonction d’exigences excessives imposées par son entourage ou par elle-même. En visant la perfection dans chacune de leurs actions, plusieurs aidants ne remarquent plus que ces idéaux sont souvent irréalistes et impossibles à respecter à la lettre. Par conséquent, ils ne prennent plus de temps pour se reposer et ce qui représentait autrefois une fatigue minime se transforme rapidement en un épuisement généralisé.

Le tableau qui suit présente quelques-unes des exigences que s’imposent les proches-aidants ainsi que les fausses croyances qui y sont associées :


Exigences imposées

Fausses croyances

Je dois faire plaisir aux autres.
 

Les autres sont plus importants que moi.

Sois toujours parfait. 

La perfection engendre l’approbation et l’amour de son entourage.

Ne demande pas d’aide. Sois fort.

Demander de l’aide est une preuve de
faiblesse et d’échec.


Ces exigences proviennent de croyances réflétant une vision parfois erronée du monde qui l'entoure.

Ces croyances découlent d'une peur de déplaire et d'être jugé par ses proches.

B.  Quelles sont les croyances qui m’habitent et quelles sont les exigences que je m’impose ou qui me sont imposées par les autres? J’inscris 3 exigences qui me poussent à dépasser mes limites, à m’épuiser et à en faire trop.


1. _____________________________________________________________________

2. _____________________________________________________________________

3. _____________________________________________________________________

C. Ces exigences ont des répercussions dans ma vie à différents niveaux (relations avec les autres, comportements, attitudes, émotions ressenties, etc.) Quelles sont-elles?









Des actions simples au quotidien

Certains changements d’attitudes et de comportements peuvent atténuer votre épuisement. Il est souhaitable que vous acceptiez que vos propres besoins soient tout aussi importants que ceux de vos proches. N’oubliez pas que vous êtes le maître absolu de ce changement!

Chaque petit pas en avant est une victoire pour vous-même et un bienfait pour votre santé.  Donnez-vous le droit de vous féliciter à chaque fois!


D.  En me référant aux exercices précédents, y a-t-il un changement particulier que j’aimerais apporter et qui me permettrait de réduire mon niveau d’épuisement?

Je choisis un objectif orienté vers une action positive.

Exemple : « M’offrir une demi-heure de temps libre par jour. »
au lieu de « Éviter de travailler sans cesse. »










E. Finalement, quels sont les signes qui me permettront de reconnaître que j’ai atteint mon objectif?








« Avant de tomber malade, je vivais à la course sans arrêt et sans me donner le droit d’être fatiguée, de me reposer. Maintenant, j’ai compris que je dois prendre soin de moi. J’ai plus d’énergie, car je prends des moments juste pour moi! »

Louise

Pour atténuer l'épuisement

Les aidants qui vivent avec un niveau de fatigue élevé peuvent développer des problèmes graves de santé physique ou psychologique, faire preuve de négligence envers eux-mêmes ou la personne aidée, augmenter leur consommation d’alcool ou de médicaments de même que présenter un état dépressif. Dans le but de PRÉVENIR l’une ou l’autre de ces situations et de réduire votre état d’épuisement, nous vous proposons quelques trucs qui pourraient vous aider.

 Nous ne le répéterons jamais assez : prioriser une visite chez le médecin ou tout autre spécialiste de la santé lorsqu’un nouveau problème de santé physique se fait sentir.

  Bien planifier votre temps en vous faisant un horaire et une liste de choses à faire vous permettra d’être mieux organisé. Il est aussi important de garder des moments libres pour faire face aux imprévus et, surtout, pour relaxer!

 S’entourer de gens avec qui l’on se sent capable d’exprimer nos émotions, nos pensées ainsi que nos questionnements. Cela permet de se ventiler l’esprit et de ne pas se sentir seul.

Conserver une saine alimentation et de bonnes habitudes de vie, telles que faire régulièrement de l’exercice et dormir suffisamment (7 à 9 heures par nuit). Ainsi, il sera plus facile de préserver une bonne santé et de garder son énergie.

  S’accorder des moments de détente chaque jour pour faire une activité plaisante qui permet de se changer les idées et de relaxer comme jardiner, bricoler, lire un bon livre ou encore se détendre tout simplement.

  Avant de prendre une nouvelle responsabilité sur ses épaules, se poser les questions suivantes afin de déterminer s’il est réaliste ou non de s’y investir :
- ai-je suffisamment de temps pour y parvenir?
- puis-je m’y consacrer tout en ayant assez d’énergie pour autre chose?
- suis-je réellement compétent pour ce type de tâches?
- y a-t-il, pour moi, un aspect positif à assumer cette responsabilité? Prenez soin de votre santé dès maintenant!

Source : Guide d’accompagnement et d’information pour les aidants naturels, Centre-Ressources pour la Vie Autonome : Région Bas-Saint-Laurent, décembre 2006, pp. 19-23.

 

toxicomanie 


Journal Entre Nous, Juillet-Août 2010
Toxicomanie au Canada : Troubles concomitants
Points saillants - avril 2010


Le présent document souligne les conclusions du plus récent rapport Toxicomanie au Canada
sur les troubles concomitants. On y examine les troubles de toxicomanie ainsi que les problèmes suivants de santé mentale : le stress et le traumatisme, les troubles d’anxiété, l’impulsivité, les troubles de l’humeur et la psychose.

Que sont les troubles concomitants?
Le terme troubles concomitants décrit l’état d’une personne souffrant à la fois de problèmes de toxicomanie et de santé mentale. Ces troubles constituent un grave problème de santé au Canada.

Combien de personnes souffrent de troubles concomitants?
Plus de 50% des personnes cherchant de l’aide pour une toxicomanie ont aussi un problème de santé mentale et de 15 à 20% des personnes s’adressant à des services en santé mentale vivent aussi avec une toxicomanie.

Pourquoi les troubles concomitants sont-ils importants?
Le traitement des personnes souffrant à la fois de problèmes de toxicomanie et de santé mentale est complexe et difficile, les rechutes fréquentes et les crises récurrentes semblent être la norme. Il n’est donc pas surprenant qu’elles utilisent une part importante des ressources en santé et, de ce fait, représentent une proportion élevée des coûts en soins.

On ne peut fermer les yeux sur les difficultés particulières auxquelles ces personnes vulnérables sont confrontées. Étant donné leur capacité limitée à faire face aux défis du quotidien et la stigmatisation accompagnant leurs maladies et leur état de santé général, elles présentent un taux élevé de chômage, de problèmes relationnels, d’anxiété sociale et, à l’extrême, risquent de devenir sans-abri et socialement marginalisées ou de prendre part à des activités criminelles. […]


Les troubles de l’humeur et les troubles de toxicomanie


Définition Les troubles de l’humeur sont le plus vaste groupe de troubles mentaux caractérisés par des changements inhabituels de l’humeur. Les quatre troubles de l’humeur les plus communs sont le trouble dépressif majeur, le trouble bipolaire, la dysthymie et la cyclothymie.

Principales conclusions
  • Les personnes atteintes de troubles de l’humeur sont plus susceptibles de prendre des substances psychotropes et celles qui consomment des psychotropes ont plus de risques de souffrir de troubles de l’humeur.
  • L’utilisation de substances psychotropes est plus fréquente chez les personnes atteintes de trouble bipolaire.
  • D’une manière générale, les études ont révélé que les troubles de l’humeur sont davantage liés à la dépendance qu'à l'abus ou la consommation de substances.
Tableau clinique
  • Le fait d’être atteint à la fois d’un trouble de toxicomanie et d’un trouble de l’humeur a des répercussions sur l’évolution clinique des deux troubles (implication dans le traitement, pensées suicidaires, itinérance, risque accru de victimisation) et sur le résultat clinique (espérance de vie, suicide, résultat thérapeutique). 
Origine de la concomitance des troubles de l’humeur et de toxicomanie
  • La concomitance des troubles de l’humeur et de toxicomanie pourrait s’expliquer par un chevauchement de prédispositions (susceptibilité ou vulnérabilité commune due à des facteurs génétiques ou environnementaux) ou par le déclenchement d’un trouble par l’autre.

 Soins et traitement

  • Afin d'améliorer les soins et le traitement pour les patients atteints de troubles de l’humeur et de toxicomanie, certains changements sont nécessaires dans le système thérapeutique actuel :
    • Améliorer la détection et le diagnostic des troubles concomitants.
    • Accroître la connaissance et l’acceptation du besoin de traiter les deux troubles simultanément.

    • Mettre davantage l’accent sur la mise au point de traitements pour les troubles concomitants.

    • Améliorer la gamme des options de traitements pour ces patients.

La psychose et les troubles de toxicomanie

 
Définition : La psychose ou les troubles psychotiques regroupent de graves troubles mentaux qui font perdre la notion de la réalité et empêchent de fonctionner normalement dans la société. Ces troubles se caractérisent souvent par des hallucinations et des délires. La forme de psychose la plus fréquente est la schizophrénie.

Principales conclusions
  • Le taux de troubles de toxicomanie est beaucoup plus élevé chez les personnes souffrant de troubles psychotiques que dans la population générale au Canada.
  • Les personnes schizophrènes courent un risque cinq fois plus grand de développer des troubles de toxicomanie que les personnes ne souffrant pas d’une maladie mentale (trois fois plus pour l’alcool et six fois plus pour les drogues illicites).

Effets de la toxicomanie sur les troubles psychotiques
  • L’abus de substances psychotropes peut accélérer l’apparition des troubles psychotiques, aggraver les symptômes et l’évolution de la maladie et entraîner un taux d’hospitalisations psychiatriques élevé et des dépenses de soins de santé accrues.
  • Une consommation abusive de substances psychotropes peut rendre difficile le diagnostic d’un trouble psychotique. Par exemple, des études montrent que plus de 50% des adolescents traités dans les cliniques psychiatriques consomment des psychotropes.
  • Des données probantes suggèrent que le risque de schizophrénie ou de psychose est plus élevé chez les personnes qui consomment de la drogue que chez les personnes qui n’en consomment pas, parce que les deux troubles auraient des gènes ou anomalies cérébrales en commun. 

Tabac, cannabis et alcool
  • Le tabac est la substance la plus utilisée par les personnes atteintes de troubles psychotiques, suivie du cannabis. La prévalence du tabagisme est de deux à trois fois plus élevée chez les schizophrènes (58-88%) que dans la population générale.
  • Des études montrent que le risque de développer une schizophrénie chez les grands consommateurs de cannabis est six fois plus élevé que chez les personnes qui n’en consomment pas, même en tenant compte des antécédents psychiatriques et sociaux.
  • Les patients atteints d’un trouble psychotique qui consomment de l’alcool sont le plus souvent diagnostiqués comme ayant un problème d’abus et non de dépendance et ils ont tendance à se soûler au lieu de boire beaucoup de façon quotidienne.

Soins et traitement
  • Le traitement idéal des troubles concomitants de psychose et de toxicomanie est une combinaison de traitements pharmacologiques et de thérapies cognitivo-comportementales.

Source: Ces points saillants sont tirés du rapport  Toxicomanie au Canada: Troubles concomitants, Centre canadien de lutte contre l’alcoolisme et les toxicomanies (CCLAT), 2010.

 

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Journal Entre Nous, Mai-Juin 2010
Dépression : comment en faire une expérience positive?


Sensation d’être anéantie, fatigue et tristesse intense… Les épisodes dépressifs sont des périodes difficiles à passer. Mais elles peuvent être l'occasion de se prendre en main pour mieux rebondir.

Tristesse et manque d'intérêt
« Alors que la déprime est passagère et souvent conjoncturelle, due à un événement particulier, comme une séparation, un licenciement, la dépression, elle, s’installe dans la durée, explique le psychanalyste Moussa Nabati. Elle se définit comme une période d’au moins quinze jours marquée par une tristesse et un manque d’intérêt. »

Tout ce qui faisait plaisir auparavant n’intéresse plus, on n’a plus goût à rien. On se dévalorise et son estime de soi est à zéro. « Le changement est radical, précise le psy. La personne déprimée présente tout à coup plusieurs blocages. Socialement, elle désinvestit brutalement sa relation, s’isole. Sa capacité à aimer, à travailler, en est bouleversée. Psychologiquement, elle est au ralenti: sa volonté et sa combativité ont disparu. Elle a conscience de cet état et elle en souffre, se dénigre et se sent inférieure aux autres. »

Bien sûr, tout cela se traite par les médicaments. « Mais pour prévenir la rechute, mieux vaut associer au traitement une psychothérapie, rajoute le psychiatre Charly Cungi. Celle-ci favorisera la reprise d’activité et modifiera la perception que la personne a d’elle-même, en désamorçant ses pensées négatives. » Une psycho-thérapie de quelques mois qui permettra de comprendre les causes de sa tristesse et en se connaissant mieux, de faire le point sur sa vie pour pouvoir enfin l'affronter.

«
Ce qui ne tue pas nous rend plus fort… »

« Comme la fièvre qui nous indique que notre organisme subit une attaque, la dépression est un signal d’alarme qui montre que quelque chose ne va pas et qu’il va falloir s’en occuper », souligne Moussa Nabati.   « Tout ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort », disait le philosophe Nieztsche. « Plutôt que de considérer la dépression comme un frein, on peut l’appréhender comme une façon de réaiguiller sa vie dans le bon   sens », estime Charly Cungi.


Qu’il s’agisse d’un petit coup de déprime ou d’une dépression, elle met l’accent sur un mal-être. « Elle nous dit: «Attention, jusque-là tu n’as pas été toi-même, tu ne t’es pas respecté ou bien tu t’es interdit le bonheur, tu te condamnes à la spirale de l’échec. Tu as réussi à tenir mais maintenant tu as atteint tes limites et tu dois arrêter» », traduit Moussa Nabati. Bref, c’est l’occasion de se prendre en main pour s’aimer un peu plus, cesser de se maltraiter pour mieux rebondir.

Source : www.topsante.com.  Corinne Soulay, 7 Mai 2009.

 

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Journal Entre Nous, Mars-Avril 2010
Quand le phare fait lumière sur l'autostigmatisation

Par Richard Langlois, agent de liaison de l’Alliance des groupes d’intervention pour le rétablissement en santé mentale au Québec, conférencier et auteur

Ça ne devait pas arriver. C’était trop beau! Après dix ans de « stabilité » quant à ma santé, je me retrouve plongé en pleine psychose dans un moment bien particulier. En effet, j’effectuais mes premiers pas à titre d’agent de liaison pour l’Alliance des groupes d’intervention pour le rétablissement en santé mentale de la région de Québec (AGIR). De plus, le lancement de mon deuxième volume était imminent. Pendant qu’une centaine de personnes réunies dans une salle de réception s’apprêtaient à fêter l’arrivée du « nouveau-né », l’auteur se trouvait dans un état semi-psychotique à l’unité psychiatrique de l’hôpital Saint Sacrement de Québec. Frustré, je tentais de ne pas laisser entrevoir mon sentiment de rage mêlée de désarroi. Il était hors de question d’annuler cet événement. J’aurait pu m’«écraser », mais je pensais davantage au prochain salon du  livre qu’à mes difficultés présentes.

Chacun de nous vit son expérience de la maladie de manière unique. Tous, nous nous interrogeons sur ce qui nous arrive, sur ce que nous sommes devenus, sur ce que nous devenons. Qui suis-je maintenant? Suis-je une maladie? Suis-je une maladie mentale? Suis-je un diagnostic? Suis-je encore une personne, un être entier? Les réponses varient d’une personne à l’autre et apparaissent souvent teintées par ce que l’on appelle les préjugés, la stigmatisation et l’autostigmatisation qui en découle. Je porterai une attention particulière, dans ce court texte, à ce dernier élément.

Dans un texte tiré du site Web de la Semaine de sensibilisation aux maladies mentales 2008, l’autostigmatisation est présentée de la façon suivante: « L’autostigmatisation se produit lorsque les personnes atteintes de maladie mentale et leurs familles intériorisent les attitudes négatives de la société à leur égard, ce qui les amène à se blâmer et à avoir une faible estime de soi ». Sur le site de la Société pour les troubles de l’humeur du Canada, on nous donne l’information suivante: « L’autostigmatisation se produit lorsque vous commencez à croire en ces opinions négatives à votre sujet et que vous commencez à penser que vous méritez de vous faire injurier et de vous faire bloquer l’accès à des possibilités ». L’autostigmatisation peut ainsi être vécue en l’absence de symptômes ou de diagnostic et cela, dès l’enfance. En effet, chacun de nous traverse des étapes de vie où il est susceptible de développer une estime de soi positive ou encore une confiance altérée, structurée par les préjugés et des facteurs divers tels que les compétences (ou incompétences) parentales ou encore un système scolaire ne tenant pas toujours compte des styles s’apprentissage […]

Quand la maladie survient, elle entraîne une inquiétude qui, parfois, devient une embûche au développement de l’être dit « normal ». Lorsqu’une rechute surgit après un certain  nombre d’années, nos « fondations » risquent à nouveau d’être ébranlées. Lorsque la maladie mentale se manifeste brusquement, la personne atteinte ainsi que ses proches ont déjà accumulé de nombreuses expériences quant aux préjugés, à la stigmatisation et à l’autostigmatisation. L’arrivée de ce type de maladie perturbe nos perceptions et, dans un bon nombre de cas, vient même raviver chez la personne atteinte et ses proches certains préjugés antérieurs à l’apparition de la maladie. Lors d’une conférence que je donnais à Donnacona […], je lançais à l’auditoire que nous étions peu nombreux à ne pas entretenir de préjugés dans ce monde (la religion, la race, la sexualité…) et je lui demandais comment nous pouvions exiger de la population qu’elle élimine ses préjugés vis-à-vis de la maladie mentale, alors que nous entretenions tous et chacun une panoplie d’opinions préconçues de toutes sortes. En tant que personne atteinte comme pour les proches, j’ai la conviction que nous avons avantage à travailler cet aspect afin de se prédisposer à contrer les préjugés et l’autostigmatisation potentielle. À tout le moins, je me sentirai plus confortable pour revendiquer.

Se sentir différent

L’autostigmatisation apparaît chez certaines personnes atteintes comme un trou dans la chaussée (on sait à quoi ça ressemble au Québec!). Chez d’autres, c’est un sabot de Denver qui les paralyse complètement. L’attitude des proches, des parents et des intervenants des divers milieux y sera pour beaucoup dans cette façon de percevoir. Souvenons-nous que cette attitude est tout aussi déterminante, maladie ou pas. Le vécu de la maladie entraîne aussi son lot d’expérience contribuant potentiellement à l’autostigmatisation. Passer par le département de psychiatrie, être suivi par un spécialiste (psychiatre), faire l’expérience d’une médication en conséquence, se faire identifier par des mots tels: maladie mentale (et l’on peut toutes les nommer), usager, utilisateur de services, bénéficiaire… et même le mot « client » (que je commence à apprivoiser malgré mes réticences). Je me questionne… Je me sens mal lorsque j’entends ces mêmes mots dans un cadre médiatique et qu’ils sont associés à des événements liés à la dangerosité ou, à tout le moins, à un comportement dit «anormal». C’est souvent là que ça fait le plus mal, qu’on nous rappelle que la maladie que nous vivons et la maladie mentale dans son ensemble sont méconnues dans leur sens global et que l’éducation des personnes qui ont le « pouvoir » d’utiliser un micro ou de faire balader une plume dans un journal (je pense particulièrement aux titreurs) s’avère clairement déficiente. Je rêve du jour où je pourrai faire de la formation auprès de ces gens en communication, afin qu’ils sachent combien chaque mot est important dans la tête des personnes atteintes et dans celle de leurs proches. J’aimerais que l’on comprenne que ces paroles qui jugent et généralisent contribuent fortement à l’entretien des préjugés et, ultimement, à l’autostigmatisation des personnes pouvant se sentir visées.

De nombreux phares sur la route

J’ai eu le plaisir, pendant les dernières années, de rencontrer un peu partout au Québec un grand nombre de groupes de parents et de proches de personnes atteintes de maladies mentales. On m’a souvent dit que ces personnes étaient aussi souffrantes que les gens dits « atteints ». J’ai aussi tendance à croire qu’il ne faut pas généraliser et que chacun et chacune vit les situations quotidiennes de manière différente en fonction de son expérience, de son éducation, de son enfance, de sa spiritualité et, bien sûr, de sa capacité à faire preuve de résilience.

Par un beau soir de février, je me retrouve dans les locaux de l’organisme Le Phare de Saint-Hyacinthe pour partager avec un groupe de parents, de proches et de quelques personnes vivant avec un diagnostic. Une trentaine de personnes se sont déplacées à quelques heures de l’arrivée d’une tempête de neige.  Je ne suis pas dans ma meilleure forme, mais l’énergie est très bonne. Déjà, dans mon esprit, ce sera une merveilleuse soirée. Ma conjointe Fabienne est là, qui discute avec des participants. Un père et son fils vivant avec un diagnostic de trouble bipolaire sont installés tout près de moi. Je note aussi la présence d’un jeune couple plutôt discret dont la jeune femme subit visiblement les effets secondaires de sa médication. Nous passerons de beaux moments ensemble à se dire les vrais mots, à rire de situations qui pourraient, en d’autres temps, nous faire pleurer. J’utiliserai l’image d’un ouragan pour dépeindre la pensée de l’un de mes auteurs préférés, Anthony DeMello, cet homme qui m’a enseigné à m’éloigner des mille et une étiquettes qui, bien souvent, faussent mon jugement. Cette pensée nous ramène à l’essentiel, cet essentiel que l’on appelle: « L’être ». Il se trouve dans l’œil de cet ouragan, dans cette zone de quiétude de la « personne ». Je parle à mon auditoire de l’importance de s’y ressourcer pour faire face à cette zone de turbulence, tout autour, où s’empilent les étiquettes, même celles qui semblent les plus positives et qui entraînent beaucoup de stress. Mais comment arriver à ne pas s’autostigmatiser quand je passe l’essentiel de mon temps dans cette turbulence de la vie à recevoir des messages qui m’identifient à la maladie mentale? Autour de moi, je sens cette autostigmatisation chez certaines personnes de mon auditoire. Elle est forte chez les uns et beaucoup plus faible chez les autres. Chez une dame qui m’exprime ses états d’âme, on sent qu’elle est même devenue, en quelque sorte, la maladie de son proche. Elle dit ne pas avoir de temps à elle pour se faire plaisir, pour « être ». Pour d’autres, il y a peu d’autostigmatisation, car ils ont une expérience de vie qui diffère. Et puis, les situations évoluent, s’améliorent, se détériorent et, il y a l’espoir et le rétablissement. Et comment réagirais-je si j’apprenais que mon fils de 21 ans venait d’être diagnostiqué à son tour?

Je désire simplement

Je désire être une personne à part entière sans étiquettes. Me débarrasser de mes étiquettes me permet de limiter l’autostigmatisation. Je suis simplement Richard, une personne formidable qui doit certes composer avec le trouble bipolaire, mais qui se reconnaît bien plus dans un « être » global en évolution. De nombreuses étiquettes peuvent apparaître en cours de route: auteur, agent de liaison, bipolaire, conférencier, récréologue, enseignant de formation, malade psychiatrique à mes heures, père, amant irrésistible. Je n’ai pas besoin de ces étiquettes pour « être », pour aimer, pour vivre pleinement dans la nature, pour parler aux oiseaux ou aux étoiles (ne racontez pas cela à tout le monde, on va me retourner à l’hôpital!), pour socialiser avec des amis ou avec des harfangs des neiges à l’Isle-aux-Grues ou au Saguenay, pour faire l’amour toujours aussi passionnément avec la femme qui j’aime. Je désire « être ». Puis-je? La réponse m’appartient et elle se trouve au plus profond de mon coeur, dans l'oeil de mon ouragan.

Source: Le partenaire, vol. 18, no 1, printemps 2009.

 

noelquandonale 


Journal Entre Nous, Janvier-février 2010
Noël quand on a le coeur à la flotte

En cette période de l’année, la plupart d’entre nous s’activons avec les nôtres à préparer la période des Fêtes dans la joie, l’excitation et même la fébrilité. Malheureusement, certaines personnes trouvent cette période particulièrement difficile et souhaiteraient s’endormir jusqu’au 6 janvier. Qui n’a pas entendu un de ses proches dire une de ces phrases et ne pas savoir quoi lui répondre pour lui redonner l’esprit des Fêtes :

« Cette année, ça va être difficile le temps des Fêtes. »
« Le temps des Fêtes, je passerais bien par-dessus. »
« Je vais encore passer les Fêtes à le surveiller pour ne pas qu’il boive trop et que les enfants ne le voient pas ainsi. »
« Cette année, je n’ai même pas assez d’argent pour recevoir mes grands enfants et leurs familles à un souper des Fêtes. »
« Moi, je déteste le temps des Fêtes. »
« À Noël, ce n’est plus pareil depuis que maman nous a quittés, même si ça fait déjà dix ans. »
« C’est mon premier Noël depuis notre séparation et je n’ai pas les enfants. Je ne sais  pas  comment je  vais passer à  travers. »
« Noël, je l’appréhende depuis la mort de mon enfant. »
« Noël, ça me stresse tellement que je n’arrive pas à en profiter. »
« Je n’ai plus d’espoir que ça se règle avant les Fêtes. Ça va faire dur chez nous. »

Sens de la fête de Noël

Mais quel est donc le sens de cette fête pour que certains d’entre nous trouvent si difficile de traverser cette période de l’année? Les éléments qui s’y greffent sont les suivants : des réjouissances en famille, une nostalgie de l’enfance, une fête pour les enfants avec des tonnes de cadeaux, être en congé tout le monde en même temps, visiter ses vieux parents ou ses grands-parents. Il y a aussi, bien sûr, les retrouvailles familiales et amicales et souvent, un retour aux sources dans son lieu d’origine. Inconsciemment, nous cherchons à revivre les traditions personnelles, amicales, familiales ou sociales, à redevenir un peu un enfant, à s’émerveiller devant les maisons illuminées. Bref, à s’imprégner de la magie des Fêtes tout en installant les décorations de Noël, en chantonnant et en popotant.

Difficultés à surmonter

Noël peut aussi être une source de sentiments négatifs, étant donné les espoirs que cette période suscite et les déceptions que cela peut engendrer. Il y a les pertes et les deuils récents ou ceux vécus antérieurement pendant cette période, mais aussi la nostalgie des joies anciennes disparues ou de notre innocence d’enfant envolée. S’ajoutent des difficultés bien réelles : difficultés de donner des cadeaux et de participer aux réjouissances à cause du manque d’argent; pauvreté des liens affectifs, conflits dans la famille ou au travail, grève ou chômage, consommation abusive d’alcool et de drogue, souvenirs de fêtes ratées, incapacité physique ou financière de recevoir les siens, se retrouver seul(e) à Noël ou au Nouvel An, problèmes de santé physique ou mentale ou encore, désarroi devant les difficultés personnelles d’un proche à qui on ne peut fournir de l’aide.

Les symptômes

Si vous êtes actuellement affecté par l’une ou l’autre de ces situations, il est possible que vous ayez observé l’un ou l’autre des symptômes suivants. C’est normal de les éprouver quand on vit une situation stressante.

 Au plan physique :

·         Troubles de sommeil, fatigue importante et inhabituelle.
·         Maux de tête, palpitations, douleurs musculaires.
·         Perte ou augmentation de l’appétit.
·         Consommation plus importante d’alcool, de drogue ou de médicaments.

 Au plan psychologique :

·         Sentiment de peur, inquiétude, anxiété.
·         Isolement, tristesse et même colère.
·         Confusion et sentiment de perte de contrôle : « Je suis tout mêlé. »
·         Patience limitée.
·         Conflits plus fréquents avec les gens.

Les enfants, quant à eux, nous parlent à leur façon de la tension qui se vit dans la maison. Ils pleurent pour des riens, font des cauchemars, ont mal au ventre, sont plus peureux ou agressifs.

Moyens de faire face

Que cela soit votre premier Noël difficile à traverser ou le quinzième, ces quelques conseils pourront peut-être vous aider à mieux vivre cette période particulière :

  • Tout d’abord, se rappeler le sens premier de cette fête qui est celle des retrouvailles, des réjouissances entre les membres de la famille. L’essentiel est donc de prendre le temps d’être vraiment avec les siens et de tenter de retrouver son cœur d’enfant.
  • Modérer sa consommation d’alcool ou de drogue et rechercher plutôt un grand bol d’air.
  • Parler directement aux membres de la famille qu’on sait en difficulté.

  • Faire appel à sa créativité, à son ingéniosité.

  • Décréter une trêve entre les membres de la famille qui pourraient ne pas être du « même bord de la clôture ».

  • Éviter les sujets chauds de l’heure et les sources habituelles de conflits.

Faire des efforts pour organiser et prendre part à des activités qui ne coûtent pas cher, mais qui favorisent le plaisir de s’amuser tous ensemble. […]

Les ressources à votre disposition

Il peut arriver que ces moyens soient insuffisants pour faire face à une détresse qui s’installe en vous dans les jours précédant la période des Fêtes. Il faut alors se reporter sur ses ressources personnelles, familiales, de même que celles de notre communauté.

Au plan personnel :

  • Cultiver sa croyance en ses capacités pour faire face aux difficultés.

  • Revoir sa conception de la vie, se ressourcer spirituellement et miser sur les valeurs fondamentales comme l’entraide, la compassion, la générosité, l’ouverture, la souplesse, la créativité, la famille.

  • Se rappeler comment on s’est déjà sorti d’une situation difficile dans le passé. 

  • Mettre l’accent sur ce que l’on a plutôt que ce que l’on a perdu et qui va nous manquer cette année.

  • Repenser son rôle dans la famille.

Être un parent, ce n’est pas juste donner des cadeaux; c’est être parmi les siens et organiser la vie familiale comme un guide. C’est susciter la réflexion chez les petits comme les grands enfants sur les difficultés inhérentes à certaines situations de vie.

Au plan familial :

  • Se rappeler que « le rire nous rapproche et les larmes se partagent. »
  • Favoriser l’entraide entre les membres de la famille.

  • Aller au-devant des gens qui sont en difficulté et leur en parler directement.

  • Changer nos façons de faire tout en préservant l’esprit des Fêtes afin de permettre à chacun de s’intégrer sans gêne.
Les ressources de notre environnement sont disponibles même durant cette période. Il y a toujours les ami-e-s pour aider à se comprendre et à se remonter le moral. C’est la seule période de l’année où presque tout le monde est en vacances en même temps. Profitez-en!

Si vous avez besoin de soutien supplémentaire, n’hésitez pas à faire appel aux ressources de la communauté :

  •  La ligne de prévention du suicide : 1-866-277-3553 […]
  • Votre Centre de Santé et de services sociaux : 819 780-2222 (région de Sherbrooke)

Que cette période des Fêtes vous permette d’expérimenter de nouvelles façons d’être en paix avec vous-même et avec les autres.

Source:
http://www.csssrn.qc.ca/chroniques/0009.html

 

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