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Journal
Entre Nous, Novembre-Décembre 2010 Identifier
les signes d'épuisement et apprendre à y faire face
Qu’est-ce que
l’épuisement?
L’épuisement
est « un
affaissement et une usure
de l’énergie vitale
provoqués par des exigences excessives
qu’on s’impose ou qui sont imposées de l’extérieur (famille, travail, amis,
relation
amoureuse, système de valeurs ou société) qui minent nos forces, nos
mécanismes
de défense et nos ressources. C’est un état émotif qui
s’accompagne d’une
surcharge de stress et en vient à influencer notre motivation, nos
attitudes et
notre comportement. »
(LORD,
Catherine, « Les douze phases du burnout », dans La Gazette des femmes, nº de nov.-déc. 1988; cité dans Programme coup de main, 1991, p. 57)
Suis-je fatigué?
A.
Afin d’identifier l’ampleur de
mon
niveau d’épuisement, je coche dans le tableau ci-dessous les
affirmations qui
font fréquemment partie de ma vie. - Je
suis facilement irritable, je me mets en colère pour un rien.
- Il m'est arrivé d'être déprimé à cause de la
lourdeur de mes responsabilités.
- J'ai tellement de soucis que j'ai de la
difficulté à dormir; je me réveille la nuit.
- Je n'ai plus d'appétit.
- Je suis constamment fatigué.
- J'ai de la difficulté à me concentrer.
- J'ai la tête remplie de préoccupations dès
mon lever jusqu'au coucher.
- Je sens que je n'ai pas toutes les
connaissances pour m'occuper de l'aidé.
- Je me sens vulnérable.
- Je pleure facilement.
- J'ai de nouveaux problèmes de santé physique.
- Je veux tout prévoir et priorise souvent les
besoins des autres.
- Je n'ai plus de temps pour rendre visite à
mon entourage.
- Je n'ai plus de temps pour vaquer à mes
activités favorites.
- Je me préocuppe souvent de mon avenir et de
celui de l'aidé.
- Il m'arrive d'avoir de la difficulté à
réaliser mes tâches quotidiennes.
- Je crois être la seule personne capable de
bien prendre soin de l'aidé.
- Je crois parfois n'avoir personne avec qui
parler des choses qui me stressent.
- Je ne vois pas comment je pourrais cesser
d'assumer mon rôle d'aidant.
- Je ne ris presque plus, je me sens
régulièrement démotivé.
Si vous vous sentez interpellé
par certaines de ces affirmations, il est probable que vous soyez
épuisé. Si tel est le cas
ou si vous croyez être à risque de le devenir, nous vous suggérons de
poursuivre la lecture de la présente section.
Assumer le rôle
d'aidant au quotidien
Nous
savons tous que devenir
un aidant ne s’apprend pas du jour au lendemain et
que l’apprentissage des tâches que
cela implique peut occasionner un stress important. Sans avoir toutes
les
compétences et n’ayant pas assez de 24 heures dans une journée, les
aidants ont
l’impression d’assumer plusieurs rôles à la fois : infirmier,
psychologue,
cuisinier, conseiller, etc. À force de toujours prioriser les besoins
de
l’aidé, ils mettent les leurs de côté et ne peuvent ainsi préserver
leur santé
physique et psychologique. Au fil du temps, les tâches s’accumulent, les
moments pour soi
se font de plus en plus rares et, sournoisement, l’épuisement commence
à apparaître. Vous
avez le droit d'exprimer vos sentiments et vos opinions!
Pourquoi suis-je si
fatigué?
L’épuisement
s’installe lorsqu’une personne
en arrive à guider sa vie en fonction d’exigences excessives imposées
par son
entourage ou par elle-même.
En visant la
perfection dans chacune de leurs actions, plusieurs aidants ne
remarquent plus que ces idéaux sont souvent irréalistes et impossibles
à
respecter à la lettre. Par conséquent, ils ne prennent plus de temps
pour se
reposer et ce qui représentait autrefois une fatigue minime se
transforme
rapidement en un épuisement généralisé.
Le
tableau qui suit présente quelques-unes des exigences que s’imposent
les
proches-aidants ainsi que les fausses croyances qui y sont associées :
| Exigences
imposées |
Fausses
croyances
| |
Je
dois faire plaisir aux autres.
|
Les
autres sont plus importants que moi.
| |
Sois
toujours parfait.
|
La
perfection engendre l’approbation et l’amour de son entourage.
| Ne
demande pas d’aide. Sois fort.
| Demander
de l’aide est une preuve de
faiblesse
et d’échec. |
Ces exigences proviennent de
croyances réflétant une vision parfois erronée du monde qui l'entoure.
Ces croyances découlent d'une
peur de déplaire et d'être jugé par ses proches.
B.
Quelles sont les croyances qui
m’habitent et quelles sont les exigences que je m’impose ou qui me sont
imposées par les autres? J’inscris
3 exigences qui me poussent à dépasser mes limites, à m’épuiser et à en
faire
trop. 1.
_____________________________________________________________________
2. _____________________________________________________________________
3. _____________________________________________________________________
C.
Ces
exigences ont des répercussions dans ma vie à différents niveaux (relations
avec les autres,
comportements, attitudes, émotions ressenties, etc.) Quelles sont-elles?
Des actions simples au
quotidien
Certains
changements d’attitudes et de
comportements peuvent atténuer votre épuisement. Il est souhaitable que
vous acceptiez
que vos propres besoins soient tout aussi
importants que ceux de vos proches.
N’oubliez pas que vous êtes le maître absolu de ce
changement!
Chaque
petit pas en avant est une victoire pour vous-même et un bienfait pour
votre santé. Donnez-vous le droit de vous
féliciter à chaque fois!
D. En me référant aux exercices
précédents, y
a-t-il un changement particulier que j’aimerais apporter et qui me
permettrait
de réduire mon niveau d’épuisement?
Je choisis un objectif
orienté vers une
action positive.
Exemple : « M’offrir
une demi-heure de temps libre par jour. »
au
lieu de « Éviter de travailler sans
cesse. »
E.
Finalement, quels
sont les signes qui me permettront de reconnaître que j’ai atteint mon
objectif?
«
Avant de tomber
malade, je vivais à la course sans arrêt et sans me donner le droit
d’être
fatiguée, de me reposer. Maintenant, j’ai compris que je dois prendre
soin de
moi. J’ai plus d’énergie, car je prends des moments juste pour moi! »
Louise
Pour atténuer
l'épuisement
Les
aidants qui vivent avec un niveau
de fatigue élevé peuvent développer des problèmes graves de santé
physique ou
psychologique, faire preuve de négligence envers eux-mêmes ou la
personne
aidée, augmenter leur consommation d’alcool ou de médicaments de même
que
présenter un état dépressif. Dans le but de PRÉVENIR l’une
ou l’autre de ces situations et de réduire votre état d’épuisement,
nous vous
proposons quelques trucs qui pourraient vous aider.
✔ Nous ne le répéterons jamais
assez : prioriser une visite chez le médecin ou
tout autre spécialiste de la santé lorsqu’un nouveau problème de santé
physique
se fait sentir.✔
Bien
planifier votre temps en vous
faisant un horaire et une liste de choses à faire vous permettra d’être
mieux
organisé. Il est aussi important de garder des moments libres pour faire face aux
imprévus et,
surtout, pour relaxer!
✔ S’entourer
de gens avec qui l’on se sent capable d’exprimer nos
émotions,
nos pensées ainsi que nos questionnements. Cela permet de se ventiler
l’esprit
et de ne pas se sentir seul.
✔
Conserver une saine
alimentation et de
bonnes habitudes de
vie, telles que faire régulièrement de l’exercice et dormir
suffisamment (7 à 9
heures par nuit). Ainsi, il sera plus facile de préserver une bonne
santé et de
garder son énergie.
✔
S’accorder des moments de détente chaque
jour pour faire une
activité plaisante qui
permet de se changer les idées et de relaxer comme jardiner, bricoler,
lire un
bon livre ou encore se détendre tout simplement.
✔
Avant de prendre une nouvelle responsabilité
sur ses épaules,
se poser les questions suivantes afin de déterminer s’il est réaliste ou non de s’y investir :
-
ai-je
suffisamment de temps pour y parvenir?
-
puis-je m’y
consacrer tout en ayant assez d’énergie pour autre chose?
-
suis-je
réellement compétent pour ce type de
tâches?
-
y
a-t-il, pour moi, un aspect positif à assumer cette responsabilité?
Prenez soin de votre
santé dès
maintenant!
Source :
Guide
d’accompagnement et
d’information
pour les aidants naturels, Centre-Ressources pour la Vie Autonome
: Région Bas-Saint-Laurent, décembre 2006, pp. 19-23.

Journal
Entre Nous, Juillet-Août 2010 Toxicomanie
au Canada : Troubles concomitants Points saillants - avril 2010
Le présent
document souligne les conclusions du plus récent rapport Toxicomanie au Canada sur les troubles
concomitants. On y examine les troubles de toxicomanie
ainsi que les problèmes
suivants de santé mentale : le stress et le traumatisme, les
troubles
d’anxiété, l’impulsivité, les troubles de l’humeur et la psychose.
Que sont les troubles concomitants? Le terme troubles concomitants
décrit l’état d’une personne souffrant à la fois de problèmes
de toxicomanie et de santé mentale. Ces troubles constituent un grave
problème
de santé au Canada.
Combien
de personnes souffrent de troubles concomitants?
Plus
de 50% des personnes cherchant de l’aide pour une toxicomanie ont aussi
un
problème de santé mentale et de 15 à 20% des personnes s’adressant à
des
services en santé mentale vivent aussi avec une toxicomanie.
Pourquoi
les troubles concomitants sont-ils importants?
Le
traitement des personnes souffrant à la fois de problèmes de
toxicomanie et de
santé mentale est complexe et difficile, les rechutes fréquentes et les
crises
récurrentes semblent être la norme. Il n’est donc pas surprenant
qu’elles
utilisent une part importante des ressources en santé et, de ce fait,
représentent une proportion élevée des coûts en soins.
On
ne peut fermer les yeux sur les difficultés particulières auxquelles
ces
personnes vulnérables sont confrontées. Étant donné leur capacité
limitée à
faire face aux défis du quotidien et la stigmatisation accompagnant
leurs
maladies et leur état de santé général, elles présentent un taux élevé
de
chômage, de problèmes relationnels, d’anxiété sociale et, à l’extrême,
risquent
de devenir sans-abri et socialement marginalisées ou de prendre part à
des
activités criminelles. […]
Les
troubles de l’humeur et les troubles de toxicomanie
Définition
: Les troubles de l’humeur sont
le plus vaste groupe de troubles mentaux
caractérisés par des changements inhabituels de l’humeur. Les quatre
troubles
de l’humeur les plus communs sont le trouble dépressif majeur, le
trouble
bipolaire, la dysthymie et la cyclothymie.
Principales
conclusions
- Les
personnes atteintes de troubles de l’humeur sont plus susceptibles de
prendre
des substances psychotropes et celles qui consomment des psychotropes
ont plus
de risques de souffrir de troubles de l’humeur.
- L’utilisation
de substances psychotropes est plus
fréquente chez les personnes atteintes de trouble bipolaire.
- D’une
manière générale, les études ont révélé que les
troubles de l’humeur sont davantage liés à la dépendance qu'à l'abus ou la
consommation de substances.
Tableau
clinique
- Le
fait d’être atteint à la fois d’un trouble de toxicomanie et d’un
trouble de
l’humeur a des répercussions sur l’évolution clinique des deux troubles
(implication dans le traitement, pensées suicidaires, itinérance,
risque accru
de victimisation) et sur le résultat clinique (espérance de vie,
suicide,
résultat thérapeutique).
Origine
de la concomitance des troubles de l’humeur et de toxicomanie
- La
concomitance des troubles de l’humeur et de
toxicomanie pourrait s’expliquer par un chevauchement de
prédispositions
(susceptibilité ou vulnérabilité
commune due à des facteurs génétiques ou environnementaux) ou par le déclenchement d’un trouble par l’autre.
Soins
et traitement
- Afin
d'améliorer les soins et le traitement pour les patients atteints de
troubles de l’humeur et de toxicomanie, certains changements sont
nécessaires dans le système thérapeutique actuel :
- Améliorer
la détection et le diagnostic des troubles concomitants.
La
psychose et les troubles de toxicomanie
Définition :
La psychose ou les troubles psychotiques regroupent de graves troubles
mentaux
qui font perdre la notion de la réalité et empêchent de fonctionner
normalement
dans la société. Ces troubles se caractérisent souvent par des
hallucinations
et des délires. La forme de psychose la plus fréquente est la
schizophrénie.
Principales
conclusions
- Le
taux de troubles de toxicomanie est beaucoup plus élevé chez les
personnes
souffrant de troubles psychotiques que dans la population générale au
Canada.
- Les
personnes schizophrènes courent un risque cinq fois
plus grand de développer des troubles de toxicomanie que les personnes
ne
souffrant pas d’une maladie mentale (trois fois plus pour l’alcool et
six fois
plus pour les drogues illicites).
Effets
de la toxicomanie sur les troubles psychotiques
- L’abus
de substances psychotropes peut accélérer
l’apparition des troubles psychotiques, aggraver les symptômes et
l’évolution
de la maladie et entraîner un taux d’hospitalisations psychiatriques
élevé et
des dépenses de soins de santé accrues.
- Une
consommation abusive de substances psychotropes peut
rendre difficile le diagnostic d’un trouble psychotique. Par exemple,
des
études montrent que plus de 50% des adolescents traités dans les
cliniques
psychiatriques consomment des psychotropes.
- Des
données probantes suggèrent que le risque de
schizophrénie ou de psychose est plus élevé chez les personnes qui
consomment
de la drogue que chez les personnes qui n’en consomment pas, parce que
les deux
troubles auraient des gènes ou anomalies cérébrales en commun.
Tabac,
cannabis et alcool
- Le tabac est la substance la
plus utilisée par les
personnes atteintes de troubles psychotiques, suivie du cannabis. La
prévalence
du tabagisme est de deux à trois fois plus élevée chez les
schizophrènes
(58-88%) que dans la population générale.
- Des
études montrent que le risque de développer une
schizophrénie chez les grands consommateurs de cannabis est six fois
plus élevé
que chez les personnes qui n’en consomment pas, même en tenant compte
des
antécédents psychiatriques et sociaux.
- Les
patients atteints d’un trouble psychotique qui
consomment de l’alcool sont le plus souvent diagnostiqués comme ayant
un
problème d’abus et non de dépendance et ils ont tendance à se soûler au
lieu de
boire beaucoup de façon quotidienne.
Soins
et traitement
- Le
traitement idéal des troubles concomitants de psychose et de
toxicomanie est une combinaison de traitements pharmacologiques et de
thérapies cognitivo-comportementales.
Source:
Ces points saillants sont tirés du rapport Toxicomanie au Canada: Troubles concomitants, Centre canadien de lutte contre
l’alcoolisme et les toxicomanies (CCLAT), 2010.

Journal
Entre Nous, Mai-Juin 2010 Dépression :
comment en faire une expérience positive?
Sensation
d’être anéantie, fatigue et tristesse intense… Les épisodes
dépressifs sont des périodes difficiles à passer. Mais elles peuvent
être
l'occasion de se prendre en main pour mieux rebondir.
Tristesse
et manque d'intérêt « Alors que la
déprime est passagère et souvent conjoncturelle, due à un événement
particulier, comme une séparation, un licenciement, la dépression,
elle,
s’installe dans la durée, explique le psychanalyste Moussa Nabati. Elle
se
définit comme une période d’au moins quinze jours marquée par une
tristesse et
un manque d’intérêt. »
Tout ce qui faisait plaisir
auparavant n’intéresse plus, on n’a plus goût à
rien. On se dévalorise et son estime de soi est à zéro. « Le changement
est
radical, précise le psy. La personne déprimée présente tout à coup
plusieurs
blocages. Socialement, elle désinvestit brutalement sa relation,
s’isole. Sa
capacité à aimer, à travailler, en est bouleversée. Psychologiquement,
elle est
au ralenti: sa volonté et sa combativité ont disparu. Elle a conscience
de cet
état et elle en souffre, se dénigre et se sent inférieure aux autres. »
Bien
sûr, tout
cela se traite par les médicaments. « Mais pour prévenir la rechute,
mieux vaut
associer au traitement une psychothérapie, rajoute le psychiatre Charly
Cungi.
Celle-ci favorisera la reprise d’activité et modifiera la perception
que la
personne a d’elle-même, en désamorçant ses pensées négatives. » Une
psycho-thérapie de quelques mois qui permettra de comprendre les causes
de sa
tristesse et en se connaissant mieux, de faire le point sur sa vie pour
pouvoir enfin l'affronter.
« Ce qui ne tue pas nous rend plus fort… »
« Comme la fièvre qui
nous indique que notre organisme subit une attaque, la dépression est
un signal
d’alarme qui montre que quelque chose ne va pas et qu’il va falloir
s’en
occuper », souligne Moussa Nabati. «
Tout ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort », disait le philosophe
Nieztsche. « Plutôt que de considérer la dépression comme un frein, on
peut
l’appréhender comme une façon de réaiguiller sa vie dans le
bon sens », estime Charly Cungi.
Qu’il s’agisse d’un
petit coup de déprime ou d’une dépression, elle met l’accent sur un
mal-être. «
Elle nous dit: «Attention, jusque-là tu n’as pas été toi-même, tu ne
t’es pas
respecté ou bien tu t’es interdit le bonheur, tu te condamnes à la
spirale de
l’échec. Tu as réussi à tenir mais maintenant tu as atteint tes limites
et tu
dois arrêter» », traduit Moussa Nabati. Bref, c’est l’occasion de se
prendre en
main pour s’aimer un peu plus, cesser de se maltraiter pour mieux
rebondir.
Source : www.topsante.com. Corinne Soulay, 7 Mai
2009.

Journal
Entre Nous, Mars-Avril 2010 Quand
le phare fait lumière sur l'autostigmatisation
Par
Richard Langlois, agent de liaison de l’Alliance des groupes
d’intervention pour le rétablissement en santé mentale au Québec,
conférencier et auteur
Ça
ne devait pas arriver. C’était trop beau! Après dix ans de « stabilité
» quant à ma santé, je me retrouve plongé en pleine psychose dans un
moment bien particulier. En effet, j’effectuais mes premiers pas à
titre d’agent de liaison pour l’Alliance des groupes d’intervention
pour le rétablissement en santé mentale de la région de Québec (AGIR).
De plus, le lancement de mon deuxième volume était imminent. Pendant
qu’une centaine de personnes réunies dans une salle de réception
s’apprêtaient à fêter l’arrivée du « nouveau-né », l’auteur se trouvait
dans un état semi-psychotique à l’unité psychiatrique de l’hôpital
Saint Sacrement de Québec. Frustré, je tentais de ne pas laisser
entrevoir mon sentiment de rage mêlée de désarroi. Il était hors de
question d’annuler cet événement. J’aurait pu m’«écraser », mais je
pensais davantage au prochain salon du
livre qu’à mes difficultés présentes.
Chacun
de nous vit son expérience de la maladie de manière unique. Tous, nous
nous interrogeons sur ce qui nous arrive, sur ce que nous sommes
devenus, sur ce que nous devenons. Qui suis-je maintenant? Suis-je une
maladie? Suis-je une maladie mentale? Suis-je un diagnostic? Suis-je
encore une personne, un être entier? Les réponses varient d’une
personne à l’autre et apparaissent souvent teintées par ce que l’on
appelle les préjugés, la stigmatisation et l’autostigmatisation qui en
découle. Je porterai une attention particulière, dans ce court texte, à
ce dernier élément.
Dans
un texte tiré du site Web de la Semaine de sensibilisation aux maladies
mentales 2008, l’autostigmatisation est présentée de la façon suivante:
« L’autostigmatisation se produit lorsque les
personnes atteintes de maladie mentale et leurs familles intériorisent
les attitudes négatives de la société à leur égard, ce qui les amène à
se blâmer et à avoir une faible estime de soi ». Sur le site
de la Société pour les troubles de l’humeur du Canada, on nous donne
l’information suivante: « L’autostigmatisation se produit
lorsque vous commencez à croire en ces opinions négatives à votre sujet
et que vous commencez à penser que vous méritez de vous faire injurier
et de vous faire bloquer l’accès à des possibilités ».
L’autostigmatisation peut ainsi être vécue en l’absence de symptômes ou
de diagnostic et cela, dès l’enfance. En effet, chacun de nous traverse
des étapes de vie où il est susceptible de développer une estime de soi
positive ou encore une confiance altérée, structurée par les préjugés
et des facteurs divers tels que les compétences (ou incompétences)
parentales ou encore un système scolaire ne tenant pas toujours compte
des styles s’apprentissage […]
Quand
la maladie survient, elle entraîne une inquiétude qui, parfois, devient
une embûche au développement de l’être dit « normal ». Lorsqu’une
rechute surgit après un certain nombre
d’années, nos « fondations » risquent à nouveau d’être ébranlées.
Lorsque la maladie mentale se manifeste brusquement, la personne
atteinte ainsi que ses proches ont déjà accumulé de nombreuses
expériences quant aux préjugés, à la stigmatisation et à
l’autostigmatisation. L’arrivée de ce type de maladie perturbe nos
perceptions et, dans un bon nombre de cas, vient même raviver chez la
personne atteinte et ses proches certains préjugés antérieurs à
l’apparition de la maladie. Lors d’une conférence que je donnais à
Donnacona […], je lançais à l’auditoire que nous étions peu nombreux à
ne pas entretenir de préjugés dans ce monde (la religion, la race, la
sexualité…) et je lui demandais comment nous pouvions exiger de la
population qu’elle élimine ses préjugés vis-à-vis de la maladie
mentale, alors que nous entretenions tous et chacun une panoplie
d’opinions préconçues de toutes sortes. En tant que personne atteinte
comme pour les proches, j’ai la conviction que nous avons avantage à
travailler cet aspect afin de se prédisposer à contrer les préjugés et
l’autostigmatisation potentielle. À tout le moins, je me sentirai plus
confortable pour revendiquer.
Se
sentir différent
L’autostigmatisation
apparaît chez certaines personnes atteintes comme un trou dans la
chaussée (on sait à quoi ça ressemble au Québec!). Chez d’autres, c’est
un sabot de Denver qui les paralyse complètement. L’attitude des
proches, des parents et des intervenants des divers milieux y sera pour
beaucoup dans cette façon de percevoir. Souvenons-nous que cette
attitude est tout aussi déterminante, maladie ou pas. Le vécu de la
maladie entraîne aussi son lot d’expérience contribuant potentiellement
à l’autostigmatisation. Passer par le département de psychiatrie, être
suivi par un spécialiste (psychiatre), faire l’expérience d’une
médication en conséquence, se faire identifier par des mots tels:
maladie mentale (et l’on peut toutes les nommer), usager, utilisateur
de services, bénéficiaire… et même le mot « client » (que je commence à
apprivoiser malgré mes réticences). Je me questionne… Je me sens mal
lorsque j’entends ces mêmes mots dans un cadre médiatique et qu’ils
sont associés à des événements liés à la dangerosité ou, à tout le
moins, à un comportement dit «anormal».
C’est souvent là que ça fait le plus mal, qu’on nous
rappelle que la maladie que nous vivons et la maladie mentale dans son
ensemble sont méconnues dans leur sens global et que l’éducation des
personnes qui ont le « pouvoir » d’utiliser un micro ou de faire
balader une plume dans un journal (je pense particulièrement aux
titreurs) s’avère clairement déficiente. Je rêve du jour où je pourrai
faire de la formation auprès de ces gens en communication, afin qu’ils
sachent combien chaque mot est important dans la tête des personnes
atteintes et dans celle de leurs proches. J’aimerais que l’on comprenne
que ces paroles qui jugent et généralisent contribuent fortement à
l’entretien des préjugés et, ultimement, à l’autostigmatisation des
personnes pouvant se sentir visées.
De
nombreux phares sur la route
J’ai
eu le plaisir, pendant les dernières années, de rencontrer un peu
partout au Québec un grand nombre de groupes de parents et de proches
de personnes atteintes de maladies mentales. On m’a souvent dit que ces
personnes étaient aussi souffrantes que les gens dits « atteints ».
J’ai aussi tendance à croire qu’il ne faut pas généraliser et que
chacun et chacune vit les situations quotidiennes de manière différente
en fonction de son expérience, de son éducation, de son enfance, de sa
spiritualité et, bien sûr, de sa capacité à faire preuve de résilience.
Par
un beau soir de février, je me retrouve dans les locaux de l’organisme
Le Phare de Saint-Hyacinthe pour partager avec un groupe de parents, de
proches et de quelques personnes vivant avec un diagnostic. Une
trentaine de personnes se sont déplacées à quelques heures de l’arrivée
d’une tempête de neige. Je
ne suis pas dans ma meilleure forme, mais l’énergie est très bonne.
Déjà, dans mon esprit, ce sera une merveilleuse soirée. Ma conjointe
Fabienne est là, qui discute avec des participants. Un père et son fils
vivant avec un diagnostic de trouble bipolaire sont installés tout près
de moi. Je note aussi la présence d’un jeune couple plutôt discret dont
la jeune femme subit visiblement les effets secondaires de sa
médication. Nous passerons de beaux moments ensemble à se dire les
vrais mots, à rire de situations qui pourraient, en d’autres temps,
nous faire pleurer. J’utiliserai l’image d’un ouragan pour dépeindre la
pensée de l’un de mes auteurs préférés, Anthony DeMello, cet homme qui
m’a enseigné à m’éloigner des mille et une étiquettes qui, bien
souvent, faussent mon jugement. Cette pensée nous ramène à l’essentiel,
cet essentiel que l’on appelle: « L’être ». Il se trouve dans l’œil de
cet ouragan, dans cette zone de quiétude de la « personne ».
Je parle à mon auditoire de l’importance de s’y ressourcer pour faire
face à cette zone de turbulence, tout autour, où s’empilent les
étiquettes, même celles qui semblent les plus positives et qui
entraînent beaucoup de stress. Mais comment arriver à ne pas
s’autostigmatiser quand je passe l’essentiel de mon temps dans cette
turbulence de la vie à recevoir des
messages qui m’identifient à la maladie mentale? Autour de moi, je sens
cette autostigmatisation chez certaines personnes de mon auditoire.
Elle est forte chez les uns et beaucoup plus faible chez les autres.
Chez une dame qui m’exprime ses états d’âme, on sent qu’elle est même
devenue, en quelque sorte, la maladie de son proche. Elle dit ne pas
avoir de temps à elle pour se faire plaisir, pour « être ».
Pour d’autres, il y a peu d’autostigmatisation, car ils ont une
expérience de vie qui diffère. Et puis, les situations évoluent,
s’améliorent, se détériorent et, il y a l’espoir et le rétablissement.
Et comment réagirais-je si j’apprenais que mon fils de 21 ans venait
d’être diagnostiqué à son tour?
Je
désire simplement
Je
désire être une personne à part entière sans étiquettes. Me débarrasser
de mes étiquettes me permet de limiter l’autostigmatisation. Je suis
simplement Richard, une personne formidable qui doit certes composer
avec le trouble bipolaire, mais qui se reconnaît bien plus dans un «
être » global en évolution. De nombreuses étiquettes peuvent apparaître
en cours de route: auteur, agent de liaison, bipolaire, conférencier,
récréologue, enseignant de formation, malade psychiatrique à mes
heures, père, amant irrésistible. Je n’ai pas besoin de ces étiquettes
pour « être », pour aimer, pour vivre pleinement dans la nature, pour
parler aux oiseaux ou aux étoiles (ne racontez pas cela à tout le
monde, on va me retourner à l’hôpital!), pour socialiser avec des amis
ou avec des harfangs des neiges à l’Isle-aux-Grues ou au Saguenay, pour
faire l’amour toujours aussi passionnément avec la femme qui j’aime. Je
désire « être ». Puis-je? La réponse m’appartient et elle se trouve au
plus profond de mon coeur, dans l'oeil de mon ouragan.
Source: Le
partenaire, vol. 18, no 1, printemps 2009.
 Journal
Entre Nous, Janvier-février 2010 Noël
quand on a le coeur à la flotte
En
cette période de
l’année, la plupart d’entre nous s’activons avec les nôtres à préparer
la
période des Fêtes dans la joie, l’excitation et même la fébrilité.
Malheureusement, certaines personnes trouvent cette période
particulièrement
difficile et souhaiteraient s’endormir jusqu’au 6 janvier. Qui n’a pas
entendu
un de ses proches dire une de ces phrases et ne pas savoir quoi lui
répondre
pour lui redonner l’esprit des Fêtes :
«
Cette année, ça va
être difficile le temps des Fêtes. »
«
Le temps des Fêtes,
je passerais bien par-dessus. »
«
Je vais encore
passer les Fêtes à le surveiller pour ne pas qu’il boive trop et que
les
enfants ne le voient pas ainsi. »
«
Cette année, je
n’ai même pas assez d’argent pour recevoir mes grands enfants et leurs
familles
à un souper des Fêtes. »
«
Moi, je déteste le
temps des Fêtes. »
«
À Noël, ce n’est
plus pareil depuis que maman nous a quittés, même si ça fait déjà dix
ans. »
«
C’est mon premier
Noël depuis notre séparation et je n’ai pas les enfants. Je ne sais pas
comment je vais
passer à travers. »
«
Noël, je
l’appréhende depuis la mort de mon enfant. »
«
Noël, ça me stresse
tellement que je n’arrive pas à en profiter. »
«
Je n’ai plus
d’espoir que ça se règle avant les Fêtes. Ça va faire dur chez nous. »
Sens
de la fête de
Noël
Mais
quel est donc le
sens de cette fête pour que certains d’entre nous trouvent si difficile
de
traverser cette période de l’année? Les éléments qui s’y greffent sont
les
suivants : des réjouissances en famille, une nostalgie de l’enfance,
une fête
pour les enfants avec des tonnes de cadeaux, être en congé tout le
monde en
même temps, visiter ses vieux parents ou ses grands-parents. Il y a
aussi, bien
sûr, les retrouvailles familiales et amicales et souvent, un retour aux
sources
dans son lieu d’origine. Inconsciemment, nous cherchons à revivre les
traditions personnelles, amicales, familiales ou sociales, à redevenir
un peu
un enfant, à s’émerveiller devant les maisons illuminées. Bref, à
s’imprégner
de la magie des Fêtes tout en installant les décorations de Noël, en
chantonnant et en popotant.
Difficultés
à
surmonter
Noël
peut aussi être
une source de sentiments négatifs, étant donné les espoirs que cette
période
suscite et les déceptions que cela peut engendrer. Il y a les pertes et
les
deuils récents ou ceux vécus antérieurement pendant cette période, mais
aussi
la nostalgie des joies anciennes disparues ou de notre innocence
d’enfant
envolée. S’ajoutent des difficultés bien réelles : difficultés de
donner des
cadeaux et de participer aux réjouissances à cause du manque d’argent;
pauvreté
des liens affectifs, conflits dans la famille ou au travail, grève ou
chômage,
consommation abusive d’alcool et de drogue, souvenirs de fêtes ratées,
incapacité physique ou financière de recevoir les siens, se retrouver
seul(e) à
Noël ou au Nouvel An, problèmes de santé physique ou mentale ou encore,
désarroi devant les difficultés personnelles d’un proche à qui on ne
peut
fournir de l’aide.
Les
symptômes
Si
vous êtes
actuellement affecté par l’une ou l’autre de ces situations, il est
possible
que vous ayez observé l’un ou l’autre des symptômes suivants. C’est
normal de
les éprouver quand on vit une situation stressante.
Au
plan physique :
· Troubles
de sommeil, fatigue importante et inhabituelle.
·
Maux
de tête, palpitations, douleurs musculaires.
·
Perte
ou augmentation de l’appétit.
· Consommation
plus importante d’alcool, de drogue ou de médicaments.
Au
plan psychologique
:
·
Sentiment
de peur, inquiétude, anxiété.
·
Isolement,
tristesse et même colère.
·
Confusion
et sentiment de perte de contrôle : « Je suis tout mêlé. »
·
Patience
limitée.
· Conflits
plus fréquents avec les gens.
Les
enfants, quant à
eux, nous parlent à leur façon de la tension qui se vit dans la maison.
Ils
pleurent pour des riens, font des cauchemars, ont mal au ventre, sont
plus
peureux ou agressifs.
Moyens
de faire face
Que
cela soit votre
premier Noël difficile à traverser ou le quinzième, ces quelques
conseils pourront
peut-être vous aider à mieux vivre cette période particulière :
- Tout
d’abord, se rappeler le sens premier de cette fête qui est celle des
retrouvailles, des réjouissances entre les membres de la famille.
L’essentiel
est donc de prendre le temps d’être vraiment avec les siens et de
tenter de
retrouver son cœur d’enfant.
- Modérer
sa consommation d’alcool ou de drogue et rechercher plutôt un grand bol
d’air.
Parler
directement aux membres de la famille qu’on sait en difficulté. Faire
appel à sa créativité, à son ingéniosité. Décréter
une trêve entre les membres de la famille qui pourraient ne pas être du
« même bord de la clôture ». - Éviter
les sujets chauds de l’heure et les sources habituelles de conflits.
Faire
des efforts
pour organiser et prendre part à des activités qui ne coûtent pas cher,
mais
qui favorisent le plaisir de s’amuser tous ensemble. […]
Les
ressources à
votre disposition
Il
peut arriver que
ces moyens soient insuffisants pour faire face à une détresse qui
s’installe en
vous dans les jours précédant la période des Fêtes. Il faut alors se
reporter
sur ses ressources personnelles, familiales, de même que celles de
notre
communauté.
Au
plan personnel :
Cultiver
sa croyance en ses capacités pour faire face aux difficultés. Revoir
sa conception de la vie, se ressourcer spirituellement et miser sur les
valeurs
fondamentales comme l’entraide, la compassion, la générosité,
l’ouverture, la
souplesse, la créativité, la famille.
Se
rappeler comment on s’est déjà sorti d’une situation difficile dans le
passé. Mettre
l’accent sur ce que l’on a plutôt que ce que l’on a perdu et qui va
nous
manquer cette année. Repenser
son rôle dans la famille.
Être
un parent, ce n’est pas juste donner des
cadeaux; c’est être parmi les siens et organiser la vie familiale comme
un
guide. C’est susciter la réflexion chez les petits comme les grands
enfants sur
les difficultés inhérentes à certaines situations de vie.
Au
plan familial :
- Se
rappeler que « le rire nous rapproche et les larmes se partagent. »
- Changer
nos façons de faire tout en préservant l’esprit des Fêtes afin de
permettre à
chacun de s’intégrer sans gêne.
Les
ressources de
notre environnement sont disponibles même durant cette période. Il y a
toujours
les ami-e-s pour aider à se comprendre et à se remonter le moral. C’est
la
seule période de l’année où presque tout le monde est en vacances en
même
temps. Profitez-en!
Si
vous avez besoin
de soutien supplémentaire, n’hésitez pas à faire appel aux ressources
de la
communauté :
- La
ligne de prévention du suicide : 1-866-277-3553 […]
- Votre
Centre de Santé et de services sociaux : 819 780-2222 (région de
Sherbrooke)
Que
cette période des
Fêtes vous permette d’expérimenter de nouvelles façons d’être en paix
avec
vous-même et avec les autres.
Source:
http://www.csssrn.qc.ca/chroniques/0009.html

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