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processus 


Journal Entre Nous, Mai-Juin 2011
Processus de deuil

Au cours d’une vie, chaque être humain vivra des deuils. Ils différeront selon leur degré d’intensité, leur durée ainsi que leur signification. Ces deuils peuvent être des moments de transition et d’adaptation, ou des moments d’inertie et de négation. Ces périodes ne peuvent pas être évitées et elles ont certains éléments en commun.

Dans tout processus de deuil, nous retrouvons trois stades :

  1. Le stade de la protestation et de négation. Ce stade sert d’amortisseur au choc dans la période où la personne ne peut pas croire ce qui lui arrive, il empêche la destruction de la personne et de la famille en leur donnant le temps d’intégrer la mauvaise nouvelle. Il permet aussi l’amorce de la recherche d’alternatives.
  2. Le stade de la reconnaissance de la perte et de la douleur. Les émotions, telles la colère, le désarroi, la culpabilité et la peine, se succèdent dans un tourbillon. C’est une période d’incertitude, d’errance, de flottement qui est caractérisée par une sensation de perte de contrôle de la situation. C’est le moment où la personne reconnaît la perte, tente de l’accepter et de lui donner un sens.
  3. Le stade de la réorganisation. La douleur devient moins intense et la personne reprend le contrôle de son quotidien. Le tourbillon des émotions est toujours présent, mais nous lui reconnaissons un état passager. Avons-nous accepté la situation ou sommes-nous en train d’apprendre à vivre avec cette nouvelle réalité?

Les étapes du processus de deuil sont similaires pour tous les individus. Par contre, elles comprennent des éléments émotionnels importants qu’il faut reconnaître chez les membres de l’entourage d’une personne atteinte d’une maladie mentale. Le déni, la colère, la peur, la honte, la culpabilité et l’impuissance sont des émotions souvent identifiées comme étant les plus souffrantes. En raison de la nature « tabou » de la maladie mentale et des difficultés éprouvées avant de connaître la nature du problème, les étapes du processus du deuil pour les familles évoluent souvent de la manière suivante :

  1. Au commencement, on nie. Même si la famille a de la difficulté à les constater, elle peut observer des symptômes inquiétants et des comportements étranges. Des prétextes sont invoqués comme une crise d’adolescence, une peine d’amour, un problème de consommation. On a de la difficulté à reconnaître la vraie raison.
  2. Suite à un épisode de crise ou une hospitalisation d’urgence, la famille vit de la reconnaissance : le problème est identifié par un professionnel de la santé. Le diagnostic mobilise la famille qui se met à la recherche de solutions sans avoir beaucoup d’information sur les effets à moyen et  à long termes de la maladie. Puisque l’on a maintenant un diagnostic, on croit avoir trouvé la solution miracle. La personne atteinte reçoit son congé de l’hôpital et quitte avec sa prescription en main. Pour la famille, le problème est identifié et tout va rentrer dans l’ordre.
  3. De retour à la maison, la tension s’installe. La crainte de voir réapparaître les symptômes mène à l’impasse. Le malaise fige les membres de la famille et l’incertitude s’installe. Les médicaments entraînent des effets secondaires difficiles à gérer comme la perte de motivation. Les effets à moyen et long termes de la maladie demeurent incompris. La famille a beaucoup misé sur la réponse médicale pour s’apercevoir que celle-ci a des limites. Le niveau de stress est très élevé face à la possibilité de faire ou dire la mauvaise chose. On commence à douter du diagnostic. On ne vit plus la crise mais plutôt l’inertie.
  4. La période de calme est très souvent suivie d’une nouvelle période de crise. La désorganisation s’installe et confirme la présence de la maladie. Le proche redevient à nouveau un patient et le professionnel traitant impose un traitement sans offrir de solutions pour les problèmes soulevés à l’intérieur du réseau familial. Cette rechute confirme le diagnostic aux yeux de l’équipe médicale et de la famille. La famille vit beaucoup d’émotions.
  5. La famille vit un moment difficile et il devient important d’éviter le blâme : on cherche des causes ou un coupable. Certains membres de la famille se culpabilisent, d’autres cherchent une réponse dans des traitements alternatifs. C’est le moment de respecter le rythme d’adaptation de chacun pour éviter des mésententes importantes.
  6. C’est aussi un moment où l’on vit une perte d’espoir. La famille constate la diminution du niveau de fonctionnement de son proche et perd espoir dans le traitement, elle reconnaît que la maladie ne sera pas temporaire. Des ajustements importants doivent être apportés aux rêves que l’on nourrit pour celle ou celui que l’on aime. La famille et la personne atteinte vivent des sentiments de perte; ils sont successivement tristes et découragés. Il devient difficile d’avoir recours à l’action. Chaque membre de la famille vit un moment de tristesse qu’elle ou qu’il devra gérer à son rythme et selon ses besoins. Cette phase exige de la maturité et du respect pour permettre à chacun de retrouver son équilibre. L’accès à l’information et le soutien de l’extérieur sont importants durant cette étape dont la durée varie selon les individus.
  7. Éventuellement, on recolle les morceaux et l’équilibre se rétablit. Il s’agit d’un équilibre fragile qu’on devra souvent rétablir mais qui se nourrit d’attentes plus réalistes. Des choix difficiles devront être faits pour maintenir cet équilibre, notamment en ce qui concerne l’hébergement de la personne atteinte de maladie mentale. Il faudra aussi définir clairement le rôle que nous comptons jouer auprès de notre proche. Heureusement, les familles ne sont plus seules face à ces choix. Elles peuvent faire appel à différentes ressources qui leur permettront de bien choisir, de concert avec leur proche, le traitement approprié, le milieu de vie et les limites à imposer. Ces choix aideront à retrouver le réseau familial, un réseau transformé et peut-être même enrichi par la maladie. La réorganisation et l’adaptation ne sont pas définies dans le temps, mais elles sont à la portée de tous.

Source : Campagne de sensibilisation 2010 de la FFAPAMM, De la détresse émotionnelle à l’actualisation du potentiel des membres de l’entourage : La résilience, Série 1, numéro 3.

  

codedeconduite 


Journal Entre Nous, Mars-Avril 2011
Code de conduite pour une bonne gestion des urgences

La maladie mentale n’est pas systématiquement associée à la crise, cependant pour éviter de vous retrouver démuni devant une telle situation, il vaut mieux faire de la prévention et prévoir les démarches que vous devrez effectuer dans une telle circonstance.

  1. Dressez une liste des numéros de téléphone utiles en cas de crise : service de police, médecin et/ou psychiatre, l’association-membre de la FFAPAMM de votre territoire et l’établissement de santé où votre proche pourrait être hospitalisé.
  2. Demandez à l’avance au médecin ou au psychiatre de votre proche vers quel hôpital vous devrez vous rendre en cas d’urgence.
  3. Déterminez qui, parmi les membres de la famille ou les amis, est le plus susceptible d’établir un lien de confiance avec votre proche.
  4. Établissez à qui vous pourriez téléphoner pour obtenir de l’aide, quelle que soit l’heure du jour ou de la nuit.
  5. Prévoyez qui s’occupera des enfants, s’il y a lieu.
  6. Jugez s’il convient d’expliquer à l’avance la situation au service de police de votre localité afin d’obtenir des conseils sur la conduite à tenir en cas d’urgence.
  7. Rappelez-vous que votre proche pourrait être moins effrayé en cas de crise si le plan d’urgence lui a été expliqué et s’il sait à quoi s’attendre.

Voici également quelques façons de faire qui sauront vous guider dans votre intervention :

  1. Demeurez le plus calme possible.
  2. Éliminez les sources de distraction (radio, télévision, etc.).
  3. Parlez une seule personne à la fois.
  4. Commentez les comportements que vous observez (ex. : tu as peur, tu es confus, etc.).
  5. Évitez le ton autoritaire et ne criez pas.
  6. Au besoin, répétez vos questions dans la même formulation.
  7. Laissez de l’espace à la personne. Il faut comprendre qu’une attitude trop émotive de votre part risque d’amplifier l’état d’excitation dans lequel elle est plongée. Il est important de vous rappeler que vous pouvez trouver soutien et conseils auprès d’une association-membre de la FFAPAMM.

Source: FFAPAMM, 2010. Texte accessible sur le site internet de la FFAPAMM : www.ffapamm.com
 

accumulation 


Journal Entre Nous, Janvier-février 2011
Accumulation compulsive, par KIERON O'CONNOR, PH.D., M.PHIL., C.PSYCHOL.


QU’EST-CE QUE L’ACCUMULATION ?

L’accumulation est maintenant reconnue comme un sous-type du trouble obsessionnel-compulsif, mais elle peut également se présenter sous d’autres formes de troubles mentaux. L’accumulation est caractérisée par le fait d’amasser et d’entreposer des quantités inhabituelles d’objets qui ne possèdent pas de valeur perceptible. La plupart des objets peuvent devenirsujets à l’accumulation, mais les plus communs sont les journaux, les revues, les dépliants, les reçus, les comptes, les déchets domestiques, les cartons vides, les aliments en conserve, la correspondance ou les courriels, les meubles et également les ordures. Certains accumulent des animaux, tels que des chats égarés.  La composante clé de l’accumulation est l’« encombrement » et, fréquem-ment, cet encombrement prend une proportion tellement importante que la personne ne peut entrer que difficilement dans sa propre maison ou appartement et peut être confinée à vivre dans un espace souvent restreint et inconfortable. J’ai même connu des personnes qui louaient des espaces d’entreposage lorsque leur appartement devenait inhabitable.

QUELLE EST LA DIFFÉRENCE ENTRE L’ACCUMULATION ET LES COLLECTIONS ?

Il existe une énorme différence entre les collectionneurs et les accumulateurs. Les collectionneurs peuvent collectionner plusieurs objets étranges, comme des épinglettes, des insignes, des bouchons de bouteille, etc. Cependant, le véritable collection-neur éprouve un sentiment de fierté face à sa collection. Il s’agit là d’une activité très sociale et il peut participer à des rencontres ou être membre d’un club avec d’autres collectionneurs qui partagent le même intérêt. Par ailleurs, certaines collections peuvent exiger un grand espace physique mais cela ne veut pas dire qu’elles empiètent sur l’espace vital.

QUELLES SONT LES CAUSES DE L’ACCUMULATION ?
 
Deux motivations importantes semblent inciter à l’accumulation : utilitaire et sentimentale. Dans la première catégorie, les personnes se disent :  « J’en aurai besoin un jour » ou « Et si j’avais (ou quelqu’un a) besoin d’information, d’une recette, d’un reçu, d’une boîte vide, etc… plus tard ? ». Bien sûr « un jour » ou « plus tard », n’arrive jamais et pendant ce temps, la pile d’objets qui « peut être utile un jour ou l’autre » continue de s’accumuler et d’encombrer. Les accumulateurs sentimentaux sont généralement des personnes dont l’attachement pour des objets grandit anormalement jusqu’au point où elles les considéreront comme de petites personnalités ou comme étant une partie de leur personnalité. Donc, elles ne peuvent tolérer d’être séparées d’eux. Selon mon expérience, les accumulateurs ont souvent à la fois des motivations d’accumulation sentimentales et utilitaires.

LES ACCUMULATEURS NE SONT-ILS PAS SIMPLEMENT DES PERSONNES EN DÉSORDRE ?

Les maisons des accumulateurs semblent souvent en désordre et désorganisées mais, étonnamment, ces personnes ne manquent pas de compétences organisationnelles ou d’un sens des responsabilités. Pour un accumulateur, les piles pêle-mêle sont toujours là de façon « temporaire »; il a simplement besoin de temps pour s’organiser adéqua-tement, pour intégrer l’information ou faire le tri des objets. Évidemment, la situation n’est jamais temporaire car ce n’est jamais le bon moment pour y faire face. De fait, généralement, le seul moment où la personne se décide à régler l’encombrement, c’est lorsqu’elle doit s’y confronter en thérapie. Paradoxalement, les personnes qui accumulent sont souvent bien organisées et responsables dans d’autres facettes de leur vie; elles peuvent même être très préoccupées par le fait de commettre une erreur qui pourrait les mener à l’accumulation.

QUELS SONT LES IMPACTS DE L’ACCUMULATION À LONG TERME ?

Les accumulateurs vivent souvent très isolés et mènent une vie remplie de contraintes. Premièrement, ils sont réticents à laisser entrer des personnes dans leur maison, parce qu’ils pourraient avoir honte de l’état d’encombrement dans laquelle elle se trouve. Leur problème peut égale-ment les faire se sentir coupables et ils peuvent souffrir de dépression. Cela devient aussi difficile de débuter ou de maintenir une relation avec les accumulateurs étant donné que le niveau de compréhension de la problématique par l’autre partenaire est généralement faible. De plus, l’accumulateur peut éprouver de véritables difficultés pour fonctionner normalement dans la vie. Par exemple, il peut avoir difficilement accès à la cuisine ou à la salle de bain à cause de l’encombrement; il peut ne pas retrouver des lettres ou des documents importants perdus quelque part dans les piles; il peut faire face à des menaces constantes d’éviction de la part des propriétaires ou des autorités.

EST-CE TRAITABLE ?

Oui. Cependant, l’accumulation est reconnue comme une condition du trouble obsessionnel-compulsif diffi-cile à traiter par médication ou par thérapie cognitive et comportementale et ce, pour différentes raisons. Premièrement, les accumulateurs ont fréquemment d’autres problèmes qui accompagnent le problème d’accumu-lation. Ils peuvent présenter d’autres formes du trouble obsessionnel-compulsif, comme par exemple des obsessions de vérification et de rumination. Or, fréquemment, la dépression et l’anxiété sont une conséquence du problème. La personne qui accumule peut aussi être un accumulateur passif, entassant les objets qui lui tombent sous la main. Mais elle peut aussi être un accumulateur actif, en fréquentant les ventes de garage ou en se procurant en grande quantité des aubaines dans un supermarché, de façon à ne rien laisser passer. Cette personne peut même collectionner certains objets trouvés dans les dépotoirs, les bennes de déchets, ou dans les poubelles. Cette personne peut aussi avoir des problèmes de personnalité accompagnés d’une pensée rigide et avoir de la difficulté à gérer ses émotions adéquatement et à tolérer toute douleur. On nie souvent le problème ou on évite de le voir comme un besoin qui doit être traité en priorité. Cela peut sembler étrange, mais souvent l’accumu-lateur s’est habitué à vivre dans l’encombrement et il ne le remarque plus. Par ailleurs, l’accumulateur peut avoir fortement l’impression qu’il est absolument justifié de conserver un article car « il pourrait être vraiment utile » même si, dans les faits, il ne sera jamais utilisé.

COMMENT L’ACCUMULATION EST-ELLE TRAITÉE ?

La première chose à faire est d’éduquer la personne en ce qui a trait au trouble et de la motiver à traiter son problème MAINTENANT (non pas quand elle sentira qu’elle en aura le temps). Une thérapie cognitive intensive est alors généralement requise, afin que la personne se rende compte que sa pensée « peut-être qu’un jour, j’en aurai besoin » n’est pas réaliste. Il est alors important d’élaborer une hiérarchie de l’encombrement à éliminer, de façon graduelle. La première étape est l’organisation de l’encombrement en catégories gérables. Ce tri ne doit pas signifier  « changer les objets de place » dans l’encombrement, ce qui signifierait de déplacer simplement les articles vers de nouvelles piles accumulées ailleurs dans l’environnement. L’organisation est suivie par une deuxième étape, soit le fait de jeter des objets. L’action de jeter devrait être entreprise immédiatement après celle du tri, étant donné que tout délai peut mener à la procrastination.

Tout en négociant avec l’encom-brement, toute autre habitude d’accu-mulation problématique nécessite d’être traitée. Il est important que la personne adopte et conserve des moyens non obsessifs de vivre au quotidien avec les dépliants, les déchets et l’information. Par exemple, décider quel coupon conserver de la circulaire du supermarché le jour même qu’il est déposé dans la boîte aux lettres, plutôt que de le garder jusqu’au « bon moment » pour y jeter un coup d’oeil, car évidemment cela ne se produira jamais.

Proposer à l’accumulateur de se tourner vers le camion à rebuts ou simplement mettre à la rue tout ce qui l’encombre sans égard à ses désirs est une stratégie absolument non recommandable. Pour les membres de la famille frustrés par l’encombrement, cela peut sembler une option évidente pour en finir avec le trouble. Cependant, cette façon d’agir causera à coup sûr un traumatisme chez l’accumulateur et renforcera son trouble obsesssionnel-compulsif. Une telle stratégie peut évidemment être justifiée dans le cas où l’encombrement implique des risques importants pour la santé ou pour le feu; néanmoins, cela est toujours dévastateur pour l’accumulateur.

Source : http://fqtoc.mtl.rtss.qc.ca


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